Vous êtes économiste ou ingénieur(e), entré(e) sur le marché du travail en 2009? Si vous n’êtes titulaire que d’un bachelor, votre premier salaire est en moyenne de 5% inférieur à celui que vous auriez obtenu en 2008. C’est ce qui ressort d’une enquête effectuée au printemps dernier par le Centre d’études de projets économiques (Cepec), entreprise de consulting et de benchmarking salarial, auprès de plus de 300 entreprises moyennes et multinationales dans toute la Suisse (voir ci-contre).
La crise, encore? On pouvait s’y attendre, les baisses affectent fortement le secteur des machines, durement touché par la crise. Pour Urs Suter, consultant au Cepec, une telle mesure peut être contre-productive. «Je trouve dangereux de trop profiter de la situation économique actuelle pour fixer des salaires plus bas. Que faites- vous si les nouveaux employés de cette année sont meilleurs que ceux de l’an passé? Il n’y a jamais assez d’argent à la fin de l’année pour compenser, et le risque existe que les employés échangent des informations sur leurs salaires respectifs.» Responsable des questions liées au marché du travail à l’Union patronale suisse, Ruth Derrer Balladore tempère: «Les différences sont de moins de 5000 francs par année dans la plupart des cas: on peut les rattraper en un ou deux ans.»
Un diplôme flou. Mais la crise n’explique de loin pas tout. Dans le secteur florissant de la chimie/pharma, les salaires des titulaires de bachelor sont inférieurs de 5, 7, parfois 9% à ceux proposés l’an passé. Urs Suter risque une explication: «Nous observons qu’il y a des secteurs qui augmentent leurs exigences envers leurs employés, surtout les jeunes, à cause d’une compétition plus dure sur le marché. En conséquence, ils préfèrent les masters avec une formation théorique plus large que les bachelors.»
Pour les partenaires sociaux, le principal problème vient du caractère flou du bachelor. Ruth Derrer Balladore: «On ne sait pas encore ce que ça veut dire. Avant, avec la licence, vous saviez ce que vous achetiez.» Selon elle, l’apparition de ce diplôme intermédiaire réduit le nombre de gradués master, par rapport à l’époque où la licence (officiellement équivalente) était l’unique voie. La demande des entreprises pour ce niveau de formation est donc plus forte, et les salaires augmentent.
«Cela montre que le bachelor est un diplôme au rabais», pense quant à lui Jean Christophe Schwaab, de l’Union syndicale suisse (USS). «Les milieux économiques l’ont transformé en sésame d’entrée sur le marché du travail, ce qui n’était pas le but.»
Engager des jeunes à la sortie du bachelor, une aubaine économique pour les patrons? Pas sûr, répond Ruth Derrer Balladore. «Peut-être que la valeur des bachelors a été surestimée par les entreprises: il faut les former nettement plus que les masters, ce qui a aussi un coût. Il faudra se demander dans cinq ans si cela en vaut la peine: c’est trop tôt pour le dire.»
Cobayes de la réforme de Bologne dans les auditoires, les jeunes diplômés qui ont décidé d’arrêter leurs études avant le master le sont donc à nouveau sur le marché du travail. Ruth Derrer Balladore conclut: «Le bachelor est quelque chose de nouveau et le patronat doit pouvoir faire des essais: offrir un certain salaire, puis changer d’avis l’année suivante, mais en expliquant pourquoi.»
«LE BACHELOR EST UN DIPLÔME AU RABAIS.» Jean Christophe Schwaab, syndicaliste à l’USS
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