De quelles qualités doit disposer un bon politicien? La vision du monde, le savoir-faire, le courage, l’indépendance d’esprit, la capacité d’endurer les coups – et d’en donner. Deux ans après son élection au Conseil fédéral, force est de constater que Johann Schneider-Ammann n’affiche guère de tels talents. L’ancien patron a certes une vision du monde, mais il est singulièrement dépourvu de savoir-faire, et son absence de pugnacité est inquiétant. Comment les Chambres fédérales ont-elles pu à ce point manquer de clairvoyance? Dans une longue enquête (lire en page 40), Catherine Bellini revient sur l’histoire d’une tocade qui nous a valu en un quart de siècle l’élection de trois entrepreneurs au gouvernement. Lors du choix de Kaspar Villiger, de Christoph Blocher et de Johann Schneider-Ammann, s’est imposée comme une sorte d’évidence incontestable l’idée que quelqu’un qui sait bien gérer son business saura bien gérer l’Etat. Les parlementaires se sont inféodés avec docilité aux recommandations d’Economiesuisse. Cruelle illusion. Depuis, le grounding de Swissair, la recapitalisation d’UBS et la crise financière ont démontré, ici et ailleurs, qu’en matière de bonne gestion, les politiciens n’ont aucune leçon à recevoir des managers. Un bon patron ne fait pas forcément un bon ministre. Le radical bernois maladroit a encore quelque chance de rédemption: rompu au partenariat social, il a la possibilité de se refaire une crédibilité et de gagner ses galons d’homme d’Etat, s’il parvient à doper les mesures d’accompagnement de la libre circulation des personnes. Christian Varone a-t-il l’étoffe d’un bon politicien? Assurément. Personne n’en doutait d’ailleurs jusqu’au 27 juillet dernier. Exemplaire face au drame de Sierre, le commandant de la police valaisanne a même donné un cours en juin à Genève sur la gestion de crise. Pourtant, sa gestion de l’affaire de la pierre turque agit comme un terrible révélateur. Sa manière, caricaturale, de ne pas répondre à des questions légitimes ruine son crédit. Et que dire de Marc Vuilleumier abandonnant la police lausannoise en pleine tourmente (lire en page 34). Un nouvel avatar de Schettino, du nom de ce capitaine qui abandonna son paquebot en perdition? La valeur d’un politicien tient aussi à sa capacité à ne pas se dérober face aux épreuves et aux responsabilités. N’en déplaise à ceux qui l’ont hué, Pascal Couchepin a maintes fois prouvé qu’il était de cette trempe-là. |









