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MEETING CHAMPÊTRE Candidat aux primaires socialistes, François Hollande s’est rendu à Barbaira près de Carcassonne, le 2 juillet, à la rencontre de ses électeurs.
Eric Cabanis / AFP

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François Hollande
Le bonheur est dans le pré

Par Antoine Menusier - Mis en ligne le 06.07.2011 à 14:47

Le candidat favori aux primaires socialistes d’octobre prochain tenait un meeting champêtre samedi dernier, sous un beau soleil, à Barbaira, dans le département viticole de l’Aude. Certains le comparent à François Mitterrand et lui prédisent d’ores et déjà l’Elysée.

On voudrait que tous les jours de l’année ressemblent à ce samedi 2 juillet. A l’ombre des grands arbres, au bord d’une rivière d’un vert épais.

«DEPUIS 2007, NOUS AVONS EU UNE PRÉSIDENCE ANORMALE. ALORS VOUS VERREZ BIEN LA DIFFÉRENCE.» François Hollande, candidat aux primaires socialistes

C’est dans ce paysage bucolique, au lieu-dit du Tonkin, à petite distance de Barbaira, gros village érigé telle une écluse dans la vallée viticole de l’Aude, que François Hollande, candidat aux primaires du Parti socialiste, est venu lancer sa campagne.

Il répondait à l’invitation d’une cohorte de responsables politiques, conseillers généraux, députés-maires et sénateur du département.

Un coin de Sud-Ouest qui produit «du vin, des joueurs de rugby et des élus socialistes», se plaît à résumer l’un d’eux face à «François», qui sera peut-être «leur» prochain président de la République.

Barbaira, chanté par Trenet avec sa voisine Carcassonne, n’est pas une halte de hasard sur la route hollandiste. Alors que, le lendemain, Ségolène Royal et Martine Aubry, deux adversaires, arpenteraient le bitume de la banlieue parisienne, lui s’arrêtait très loin de la capitale, façon le bonheur est dans le pré.

La France rurale, une carte à jouer, pas la seule bien sûr, mais pas la plus mauvaise non plus, doit-il penser. Aubry maire de Lille, agglomération du Nord, et puis Sarkozy, si peu crédible bottes aux pieds.

Sans même parler de Dominique Strauss-Kahn, qui s’était vite détourné de la Haute-Savoie, dont il avait été élu député en 1986, grâce aux facilités qu’offre la proportionnelle. Seule Ségolène Royal, l’ancienne compagne, présidente de la région Poitou-Charentes, a des bribes de terroir à ses chaussures.

Les grandes villes n’ont plus la cote, si elles l’ont jamais eue. Elles apparaissent comme des nids à problèmes. Les classes moyennes, touchées à leur tour par le déclassement, fuient les banlieues surpeuplées, les centres au mètre carré prohibitif, pour des communes périurbaines, plus calmes, plus abordables.

Cet électorat des néocampagnes, qu’on suppose déçu par Nicolas Sarkozy, s’est mis en recherche d’un candidat «normal». Fatigué des Madame Bovary aux rêves inaccessibles, il se contenterait d’un Charles Bovary, l’antihéros.

Enarque, François Hollande, certes, mais Corrézien d’abord – en réalité Rouennais de naissance. On s’abstiendra de contrôler l’origine du produit.

France rurale. Alfred Vismara, 52 ans, éleveur de veaux et de cochons gascons à Cailla, dans les Pyrénées audoises, maire de sa commune, le martèle: «Il est corrézien, j’ai eu l’occasion de le rencontrer au Salon de l’agriculture, à Paris. Quand on est, comme lui, président d’un Conseil général, on s’imprègne. Il est le seul qui représente vraiment la France rurale. En ville, ils sont beaucoup plus solitaires.»

Le sénateur de l’Aude, Roland Courteau, musculeux sous sa rondeur taurine, sort les violons: «Il est élu de la Corrèze. Oui, ça nous parle, à nous, les viticulteurs.» Si, après ça, on doute encore du pedigree du candidat Hollande, c’est qu’on n’a rien compris au film.

Tant d’honneurs le gêneraient presque. «Il n’y a pas de candidat des villes, pas de candidat des champs», rectifie-t-il. Pas de pacte républicain renouvelé sans rassemblement préalable. Au national, comme au local.

Des demi-sous-entendus rappellent que vivait en Languedoc-Roussillon un personnage hors du commun, Georges Frêche, exclu du PS par les instances nationales à force de «pagnolades» xénophobes, et objet de castagne entre socialistes de la région.

Mais la providence s’en est mêlée. «Il n’est plus, rappelle, poliment solennel, François Hollande. Le seul message est celui de vous retrouver tous ensemble.»

Costume bleu marine, cravate bleu clair sur chemise blanche, le candidat respire le frais sous le soleil. Il a en fait très peu d’un Charles Bovary tel qu’on se le figure: rougeaud et gauche. «Fraise des Bois», comme le surnommait férocement Laurent Fabius, est devenu, quelque part, un bel homme.

Il n’a pas seulement maigri, il a changé de lunettes, verres sans montures et branches noires. Son teint hâlé lui donne un côté sain. Pas bien grand, aux alentours d’un mètre septante-trois, il lève souvent les pupilles pour s’adresser à ses interlocuteurs. Il prend tour à tour des airs doctes et rieurs, qui invitent au respect ou à la complicité d’un instant.

Une foule estimée à 1500 personnes, venue en voiture, a pris place sur des chaises installées à même le pré du Tonkin, face à une grande scène. L’ambiance est festivalière. Des fumets alléchants s’échappent des marmites. Un veau entier d’Alfred Vismara tourne sur une broche. «Ça sera cuit vers 7 heures (du soir).» On repassera plus tard.

Des élus locaux se relaient au micro, dressent l’éloge de leur invité de marque, le pressent aussi de répondre aux défis du moment. Etape départ ement ale oblige, ces défis sont plutôt liés à des considérations géographiquement proches.

«Mes chers amis, je suis sensible à votre accueil, ici dans l’Aude…» Le discours de François Hollande durera trois bons quarts d’heure. La proximité pour commencer. «Ces conseillers territoriaux qui ne verront jamais le jour!», promet-il haut et fort pour rassurer tous ces gens qui occupent des postes, paniqués à l’idée d’une fusion entre conseillers régionaux et généraux.

L’Aude a «trois vertus», enchaîne-t-il: elle est socialiste, Léon Blum est venu ici se faire élire et Georges Guille fut l’un des plus grands orateurs de la IVe République.

François Hollande instille du global dans le local, de l’autre dans l’entre-soi. Il pose les limites: rural, d’accord, replié, craintif, haineux, pas d’accord. Il rappelle implicitement que Blum était bien plus qu’un juif quand le peuple de l’Aude l’a élu député dans les années d’avant-guerre.

Et alors que rien ne l’y oblige et ne le justifie vraiment, il place dans ses propos les «réfugiés tunisiens», si mal accueillis en France quand leur pays se libère bravement du joug d’un dictateur.

Une dame ayant écouté l’allocution du candidat dira avoir entendu d’une autre personne, à ce moment précis: «Ah non, pas les Tunisiens, on en a déjà assez.» La direction du PS ne pourra pas dire que François Hollande se «marinise».

Le fameux «normal» du «candidat normal». C’est lui, il assume, il revendique. «Une présidence normale?» lance-t-il pour rallier à cet adjectif ceux qui pourraient trouver ça nunuche. «Eh bien, depuis 2007, nous avons eu une présidence anormale, reprend-il. Alors vous verrez bien la différence.»

Le député de la Corrèze se voit déjà à l’Elysée. L’affichage des ambitions renforce le sérieux d’une candidature. Ses soutiens se chargent d’appeler à voter pour lui aux primaires socialistes d’octobre prochain. Il prend de la hauteur tactique: «Un seul critère doit faire la différence: qui peut gagner en 2012? Qui peut présider la France?»

Plus tôt dans la journée, lors d’une conférence de presse organisée dans une ancienne cave à vin de Barbaira, il a eu, sur quelques questions économiques, une approche se voulant pragmatique.

Aux élus du département qui s’enquièrent du sort de la viticulture, il dit: «Je ne promets pas qu’il sera possible de distribuer des aides que l’Etat n’a pas», et s’en remet à l’Europe. Sur un plan général, il précise que le projet socialiste prévoit 5 milliards d’euros de dépenses en plus au budget de 2012.

Chacun comprend en France que la marge de manœuvre budgétaire des socialistes, s’ils se hissent au pouvoir l’année prochaine, sera des plus réduites. Leur principale force de proposition et de changement en la matière a trait à la redistribution des richesses par une réforme de la fiscalité et, notamment, la suppression déjà annoncée de la quasi-totalité des niches fiscales.

L’idée-force de François Hollande pour l’élection présidentielle est «un nouveau contrat de travail de cinq ans qui organisera un partenariat entre un jeune et un senior, un entrant et un futur sortant», expliquait-il dans une interview au Monde, en avril.

Rap consensuel. La jeunesse socialiste de l’Aude, vêtue de T-shirts rouges, entoure le candidat sur scène, discours terminé et chaleureusement applaudi. Un rap entraînant et consensuel de Rost, "L’avenir c’est nous", accompagne les claps de fin.

«Choisi par François Hollande pour tous ses meetings», affirme une communicante. «C’est bien, hein? C’est parce que Rost nous soutient», se félicite l’élu corrézien, un minimum «banlieues», quand même.

Et Martine, et Dominique, et Ségolène, dans tout ça? On veut savoir à Barbaira ce que l’ex-premier secrétaire du Parti socialiste pense de l’avenir de DSK dans la campagne des primaires. Réponse sans surprise, répétée à l’envi: la porte lui est ouverte.

A supposer que Dominique Strauss-Kahn ne participe pas à la compétition interne, ce même s’il devait être innocenté à New York, il y a de grandes chances qu’il accorde son soutien à «Martine». Mais en voudra-t-elle?

La Porsche, l’addition à plusieurs centaines d’euros dans un restaurant italien, sitôt remis en liberté… Les électeurs ferment volontiers les yeux sur les galipettes extraconjugales des politiques, ils sont en revanche intraitables avec l’usage qu’ils font du «pognon».

Restent François et Ségolène, le vieux couple séparé, qui chasse souvent sur les mêmes terres, mais pas avec les mêmes accents. Au premier, il manque encore un peu la niaque du vrai tribun, note un socialiste de l’Aude.

«Aux primaires, je voterai pour Ségolène Royal, c’est une femme, je trouve qu’elle a du cran», confie une dame assise avec des amis autour d’une longue table de banquet champêtre, garnie de plats d’escargots cuisinés à la catalane.

Mais qu’on ne se méprenne pas, la vedette, c’était bien, samedi dernier, François Hollande. Embrassé comme du bon pain en fin de meeting par toutes les épouses présentes.

Il est une ressemblance, évidente, qu’on a peu soulignée: François, comme François Mitterrand. Qui «vend» toujours autant de livres après sa mort. Une femme croit fermement, presque religieusement en celui qui, dit-elle, est son ami: «Il a la même approche du pays, des Français, qu’avait François Mitterrand. Il connaît la France par cœur. Il connaît toute la France.»


Profil

FRANÇOIS HOLLANDE

Né le 12 août 1954 à Rouen. Il a fait l’ENA, promotion Voltaire, comme son ancienne compagne et mère de ses quatre enfants, Ségolène Royal. Premier secrétaire du Parti socialiste de 1997 à 2008, maire de Tulle de 2001 à 2008, il est député de la première circonscription de la Corrèze et préside le Conseil général de la Corrèze depuis 2008. Candidat à la primaire présidentielle socialiste de 2011. Il n’a jamais été ministre, mais a été chef de cabinet.


Sondage

Intentions de vote des sympathisants socialistes.

43% François Hollande

34% Martine Aubry

9% Ségolène Royal




Tags: François Hollande, primaires socialistes, Barbaira,

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