Les mauvais indicateurs sur le chômage, la consommation et l’immobilier aux Etats-Unis ont ravivé les craintes d’une reprise très faible de la première économie mondiale.
LA SUISSE N’A PAS ÉCHAPPÉ À CE MOUVEMENT GÉNÉRAL.
D’où un regain d’aversion au risque et une fuite des investisseurs vers les obligations, surtout souveraines. Cette forte demande, combinée aux interventions des banques centrales sur les marchés obligataires, a provoqué un effondrement brutal des taux longs en août.
«Sur les marchés européens, ils ont atteint des nouveaux plus bas historiques, alors que, sur les marchés américains et japonais, les rendements à 10 ans demeurent encore supérieurs aux niveaux qu’ils avaient atteint en 2003», notent les auteurs de l’édition de septembre de "La lettre obligataire de Pictet & Cie".
La Suisse n’a pas échappé à ce mouvement général: «Le rendement des emprunts de la Confédération à 10 ans a chuté de 1,50 à 1,03% au cours du mois, atteignant un niveau jamais visité et se rapprochant ainsi de celui offert par les bons du Trésor japonais (9 points de base).»
La baisse surprise des taux – en tout cas pour les stratégistes qui tablaient sur une croissance économique modeste, accompagnée d’un début de hausse du prix de l’argent – a offert un confortable bonus aux détenteurs d’obligations d’obligations de bonne qualité, à échéance longue, non indexées sur l’inflation: celles qui prennent le plus de valeur quand les taux longs piquent du nez.
Les investisseurs susceptibles d’avoir le plus bénéficié de cette plus-value sont les pessimistes qui anticipaient ces derniers mois une rechute de l’économie mondiale, voire une entrée en déflation de plusieurs pays. Ils n’étaient pas légion.
«Les gaz à effet de serre sont un sujet de préoccupation pour l’Inde.» Matthias Fawer, Sustainability Research, Banque Sarasin & Cie
D’autant qu’une erreur de pronostic pouvait se révéler très coûteuse: un rebond conjoncturel marqué et un retour de la hausse des prix auraient laminé la valeur de ces titres à revenu fixe. Les épargnants qui avaient boudé les obligations n’ont pas pu bénéficier de leur rallye estival.
Et pour cause: les cours des obligations s’ajustant très rapidement; celles qui garderaient de la valeur tout en servant le coupon convenu – dans une période prolongée de taux très bas – ou dont le prix monterait encore – en cas de nouvelles baisses de taux – sont désormais difficiles à acheter et chères.
«Marché attractif mais risqué» Chères – voire surévaluées pour des épargnants qui n’en posséderaient pas encore – si l’embellie sur les placements obligataires n’était pas durable.
Pour l’heure, la recherche de rendement, dans un environnement de taux courts très bas et de sécurité, dans un contexte de fortes incertitudes sur le scénario macroéconomique le plus probable, maintiennent les taux longs au plancher.
Peuvent-ils y rester durablement, sécurisant la valeur des titres à revenu fixe? Si tel était le cas, un environnement économique déprimé n’augmenterait-il pas le risque de défaut d’emprunteurs obligataires, tant publics que privés?
Aux yeux des experts de Pictet & Cie, le marché du crédit reste «attractif», mais il est «risqué». Et de pointer les risques.
Il est possible que de très faibles taux à long terme «soient devenus un facteur de risque pour le marché des crédits en permettant un éventuel réendettement à faible coût des entreprises».
Par ailleurs, les sociétés désireuses de se financer par des émissions obligataires vont se trouver en concurrence avec «les Etats périphériques européens dont les besoins de financement sont encore importants».
Autant de facteurs susceptibles de faire remonter les taux d’intérêt exigés par les acheteurs de nouvelles émissions, érodant alors la valeur des titres plus anciens qui viennent de prendre de si belles couleurs.
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