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Par Elisabeth Gordon - Mis en ligne le 10.07.2008 à 00:00 |
Associé aux vacances et à la plage, le bronzage est une pratique récente en Occident. Professeur d’épistémologie du corps et des pratiques corporelles à Nancy-Université, Bernard Andrieu s’est intéressé à ce comportement qui s’intègre dans «l’histoire de l’interaction entre l’homme et la nature». A quand remonte la pratique du bronzage? En France n’est-ce pas Coco Chanel qui l’a mis à la mode? Cela a marqué un tournant: aux XVIIIe et XIXe siècles, la peau blanche était prisée, car elle était le signe de l’aristocratie. Avec la démocratisation du bronzage, la blancheur est ensuite devenue signe de mauvaise santé. Derrière ces thérapies, n’y a-t-il pas l’idée que se mettre au soleil, c’est retrouver le contact avec la nature? Aujourd’hui, le bronzage est au contraire associé au risque de cancer de la peau. Au cours des siècles passés, il y a eu d’incessants aller et retour dans la conception de la peau blanche ou de la peau brune. Est-ce pour cela que vous considérez que le bronzage est une pratique culturelle?
Aujourd’hui, il s’agit en effet d’une pratique culturelle et sociale, qui a d’ailleurs changé depuis une trentaine d’années. Dans les années 70, on était dans une phase de libération du corps, et la nudité se pratiquait comme une forme de bien-être. Aujourd’hui, le bronzage est devenu une surface sociale, un moyen d’attirer le regard et d’adresser des signes à autrui. A ce sujet, vous écrivez, dans votre livre, que le bronzage est l’équivalent symbolique de la marque corporelle utilisée dans certaines civilisations. Pouvez-vous développer cette idée? C’est une hypothèse. En Occident, on a tendance à lutter contre les marques corporelles définitives qui portent atteinte à l’intégrité du corps; on préfère les marques éphémères – comme le tatouage qui s’efface ou le piercing. Le bronzage, lui aussi, s’efface. En outre, suivant les vêtements qu’on porte, il préserve des parties blanches qui n’ont pas été exposées aux autres, car elles relèvent de l’intimité. En ce sens, il est érotique. Pensez-vous que, avec la généralisation des conseils de prévention, le bronzage est amené à disparaître bientôt? Je crois qu’on se dirige vers l’écobronzage. On a pris conscience que le soleil est une source d’énergie qu’on peut exploiter. On va donc continuer à exposer sa peau (pas trop), mais aussi de nombreux objets, comme les toits, qui vont eux aussi se bronzer dans le sens où ils vont récupérer de l’énergie solaire. L’exposition de la peau n’a peut-être été qu’une anticipation de cet écobronzage. ![]() Bronzage. Une petite histoire du soleil
et de la peau. CNRS Editions, 128 p.
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