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Par Isabelle Falconnier - Mis en ligne le 17.10.2012 à 14:14 |
Il y a six mois, son cinquième enfant est né. Une fille. Sortant de la maternité boire un café, exalté, Alexandre Jardin annonce à la cantonade qu’il vient d’avoir un bébé. Une femme lui demande quel prénom il lui a donné. – «Liberté!» – «Et comment vous allez la tenir?» demande la femme. – «Ce n’est pas au programme!» rétorque l’auteur de Mademoiselle Liberté. Amateurs de minauderies littéraires, passez votre chemin. Après avoir livré ses secrets de famille à la terre entière dans Des gens très bien l’an dernier, provoquant un big bang qui tenait autant du suicide littéraire, du sabordage identitaire et du saut dans le vide en révélant le passé de collabo de son aïeul Jean, Alexandre Jardin offre un mode d’emploi ès vérités à ses lecteurs. Joyeux Noël est le livre de l’après-Des gens très bien. Car en se confessant, c’est une déferlante d’aveux qu’il a suscitée. Les lecteurs par milliers lui ouvrent leurs placards familiaux bien garnis, le plongeant dans une authenticité qui lui donne le goût de vivre autrement: sans filtre. Blonde, solaire, «morceau de pure vitalité», Norma l’aborde lors d’une séance de signature à Nantes et lui avoue tout de go qu’en temps normal elle coucherait avec lui mais qu’elle se trouve être follement amoureuse, qu’elle a été violée à l’âge de 6 ans et qu’elle a sept ans d’avance sur lui en matière de secrets de famille éventés. Elle lui tend un dossier intitulé: Histoire secrète de ma famille. Le manuscrit de Norma. Cette histoire, celle des Diskredapl, famille bretonne foldingue composée de marins suicidaires, banquiers genevois cachottiers, promoteurs immobiliers enrichis après les rafles de Juifs à Marseille et autres maris violents, violeurs et trompeurs, Alexandre Jardin va la raconter lui-même en s’inspirant du manuscrit de Norma, qui enseigne à Alexandre Jardin la différence entre «angle mort» et «secret»: les secrets nous construisent, les angles morts, ces vérités que nous refusons de voir, nous détruisent. «Un baromètre efficace est de penser au mot joie et de se demander: ce secret m’enlève- t-il de la joie ou pas? L’angle mort Jean Jardin m’empêchait de vivre.» Depuis, Alexandre Jardin a décidé de voir en face la réalité de sa propre vie, de parler franc et de tenir un journal en miroir – page de droite, la version officielle; page de gauche, sa vérité, l’être nu. Il évite autant que possible les pages de droite. Du coup, Joyeux Noël est suivi d’un cahier d’extraits de son «journal en partie double»: sa feuille d’impôt et ses «vraies dépenses», une photo de lui en tenue d’Adam face à une photo en jeans et chemise ample, son CV d’écrivain complété des livres brûlés, honteux ou introuvables. Il rêve que nous tous nous mettions en chasse de nos angles morts. «Je suis effaré de vivre dans une époque qui vit de dénis, tant politiques, sociaux que privés. Cela au prix de grandes dépressions collectives. Je préfère un Churchill qui promet du sang et des larmes à un Hollande qui nie les problèmes. Il n’y a pas assez de moments à la Festen dans la famille, et surtout il faut savoir passer du drame à la joie de la vérité, sinon cela n’a aucun sens.» Sa femme n’apprécie pas le coup de la feuille d’impôt ni de la nudité. Alexandre a passé outre. «Je savais que j’allais au-devant de semaines difficiles. Mais notre dialogue a été intéressant, profond. Elle sait qui je suis.» «Joyeux Noël». D’Alexandre Jardin. Grasset, 290 p. En librairie dès le 25 octobre. |









