Grâce et Disgrâce
Le champ de mines pour Nicolas Bideau
Nicolas Bideau retournera en 2011 à la diplomatie. Les critiques qu’il a endurées à la tête de la Section cinéma témoignent plus de l’égotisme du milieu, invariablement chagriné par l’intervention des politiques quels qu’ils soient, que de ses qualités personnelles.
La direction de Présence Suisse n’est pas un cadeau. L’entité poursuit de nobles missions: s’assurer du rayonnement de la Suisse dans le monde, mais aussi alerter sur les dégâts d’image et tenter d’y remédier par des actions préventives. Sur le papier, un job de rêve: super-ambassadeur et super-analyste au service d’un pays aux particularismes intrigants.
Nicolas Bideau va se heurter à de robustes obstacles qui relégueront les jérémiades des cinéastes au rang de sympathiques murmures. Une bonne partie de la classe politique n’a toujours pas rompu avec le préjugé séculaire qui veut que tout activisme ostentatoire à l’étranger relève du gaspillage. Dans cette conception zéro des affaires extérieures, il faut limiter l’activité diplomatique de la neutre Helvétie au strict minimum. Micheline Calmy-Rey doit ainsi justifier chaque centime dépensé. La taille du réseau diplomatique est régulièrement discutée, tout comme l’opportunité d’installer plus ou moins d’ambassades au-delà du Vieux-Continent. Faire des contacts avec l’UE une priorité ou au contraire miser sur le reste de la planète? A Berne, la tension entre ces deux nécessités est permanente. Dans son récent rapport de politique extérieure, la cheffe du DFAE a prévenu: une plus grande efficacité passe aussi par un accroissement des ressources.
Les milieux économiques réclament désormais un meilleur lobbying de la Confédération. Ils cultivent la conviction que le Conseil fédéral n’a pas su prendre la mesure des ennuis qui ont déferlé sur la Suisse. Pas faux, mais l’histoire dira peutêtre un jour si les membres du gouvernement n’ont réellement rien vu venir, ou s’ils n’ont pas écouté ceux qui tiraient la sonnette d’alarme…
Cultiver les réseaux, disent donc les patrons, oubliant que le meilleur de ces réseaux se trouve à Bruxelles où un conseiller fédéral peut s’adresser et converser avec 27 autres ministres en une seule séance. Viser les pays émergents, ajoutent-ils avides de voir le Conseil fédéral leur décrocher des accords de libre-échange sur mesure. Sinologue, ayant été basé en Inde, conseiller diplomatique de Pascal Couchepin lorsque celui-ci fut accueilli au G8 d’Evian, Nicolas Bideau ne manque pas de qualités pour relever le défi. Mais il n’a pas fini de prendre des coups, tant la politique étrangère est en Suisse un champ de batailles intérieures.
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