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Le Che était brutal: écoutez-le!

Mis en ligne le 16.09.2004 à 00:00

L'Hebdo; 2004-09-16

Le Che était brutal: écoutez-le!

IDOLÂTRIE Deux nouveaux films présentent le Che sous un jour romantique. Comme le prouve l'interview posthume réalisée parMichel Audétat, il y a erreur sur la personne.

Comme il est brave et sympathique ce jeune Ernesto Guevara de 21 ans qui lâche sa bien-aimée et ses études de médecine, enfourche une Norton 500 et file chercher l'aventure à travers le continent latino-américain en compagnie de son ami Alberto Granado. Le film Carnets de Voyage du Brésilien Walter Salles reconstitue cette équipée de 1952 sur des routes caillouteuses. Ils découvrent le Chili, la Bolivie, le Pérou... et l'injustice sociale à chaque tour de roue. Car cette épopée picaresque est aussi un voyage initiatique. L'épreuve de la misère transforme le rejeton de la bourgeoisie argentine qui deviendra un jour le commandante Che Guevara. Le héros est beau, séduisant, noble, courageux, romantique, déjà prêt à défier la mort. C'est un film tendrement hagiographique. Une légende dorée.

Le même constat vaut pour le documentaire qui sort simultanément: Travelling with Che Guevara de Gianni Minà. On y voit Alberto Granado, le compagnon de voyage aujourd'hui âgé de 82 ans, qui parcourt à la fois ses souvenirs et les routes de sa jeunesse pour accompagner le tournage de Carnets de Voyage. Une atmosphère de célébration émue flotte là-dessus. On est même frappé par le fétichisme avec lequel est traitée la réplique de cette Norton 500 qui emporta Alberto et Ernesto.

La rentrée est donc guévariste, y compris la rentrée scolaire. On n'est même plus étonné de trouver dans les grands magasins de nos villes des cahiers ou des trousses à l'effigie du Che. Son portrait, répandu sous forme de poster dans les chambres d'étudiant du monde entier, a d'abord représenté l'icône d'un révolutionnaire. On n'en est plus là. L'image s'est émancipée de son référent. Elle n'est plus qu'un signe de reconnaissance nébuleux. Une marque de révolte. Un logo. Dans le coeur des adolescents, le Che est aujourd'hui en concurrence avec Super Mario et Harry Potter. Et le «Che-business» prospère.

Dans Loués soient nos Seigneurs, Régis Debray rappelle que c'est le Che, et non Fidel, qui a conçu le premier «camp de travail correctif» (doux euphémisme) de Cuba. Le sirop sentimental dans lequel baigne aujourd'hui son image n'a rien à voir avec le personnage historique qui fut autoritaire, inflexible, implacable, souvent cruel, tout le contraire d'un libertaire. C'est ce qu'illustre notre interview posthume où les réponses du Che sont empruntées à ses Textes politiques. |

Carnets de voyage De Walter Salles. Avec Gael Garcia Bernal et Rodrigo de la Cerna, 2 h 06.

Travelling with Che Guevara De Gianni Minà. Sortie le 15 septembre à Genève et Lausanne.

FILMS La fiction de Walter Salles (à gauche) et le documentaire de Gianni Minà retracent une équipée à moto du jeune Guevara.

ICÔNE Dans le coeur des adolescents, Che Guevara rivalise désormais avec Harry Potter.




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