Pascal Couchepin, Nicolas G. Hayek. Nicolas G. Hayek, Pascal Couchepin. Près d’une heure et demie de débat entre deux titans. Captivants. Facétieux. Heureux d’en découdre. Toutes les télévisions du pays en rêvent, la Foire du Valais l’a organisé, en collaboration avec L’Hebdo, lors de sa Journée de l’économie.
Le titre de la rencontre, animée par Alain Jeannet, rédacteur en chef de L’Hebdo, annonçait déjà la couleur: «Vision de l’avenir de l’économie réelle». Le qualificatif de «réelle», le patron de Swatch Group y tient particulièrement, une manière de se positionner face à l’économie financière et aux énormes dégâts que ses errances ont causés sur l’industrie et les services qui, eux, «produisent des richesses et ne les détruisent pas».
Ancien ministre de l’Economie, le conseiller fédéral a souhaité nuancer: «J’admire les colères de M. Hayek, je discute après. Il n’y a pas d’opposition de fond entre l’économie réelle et l’économie financière, mais des intérêts différents. Oui, il y a eu des excès, mais d’où venaient-ils? Les dérivés servent à protéger des risques pris par l’économie réelle. A un certain moment, on a perdu le contrôle des dérivés. Ce qui importe maintenant, c’est de sortir de l’économie soutenue par l’Etat et de revenir à une économie soutenue par la croissance.»
Comment? Le retour à une croissance solide et durable passe par le respect de nouvelles règles. Nicolas Hayek a ainsi expliqué dans quel but il a organisé une conférence de presse, le 11 septembre dernier à Berne, avec Christoph Blocher et Christian Levrat. Il s’agissait d’apporter au directoire de la Banque nationale suisse (BNS) un soutien citoyen de «démocrate». Pour prévenir de nouveaux excès, éviter le risque systémique que la faillite d’un grand établissement pourrait faire courir à la Suisse, la BNS demande notamment aux banques une hausse supplémentaire des fonds propres, et de pouvoir ordonner la faillite d’un établissement bancaire au bord de la faillite, ou du moins de certaines unités de celui-ci en Suisse ou à l’étranger.
Initiative populaire.
Des demandes accueillies fraîchement par les banques, a dénoncé M. Hayek. D’où sa démarche à laquelle il a tenté d’associer tous les partis. S’il a reçu beaucoup d’encouragement, le patron de Swatch Group n’a pu toutefois compter que sur la participation de Christoph Blocher, viceprésident de l’UDC, et de Christian Levrat, président du Parti socialiste, «les seuls qui ont osé», a-t-il commenté et qui représentent plus de la moitié des électeurs de Suisse. Avant d’ajouter: «C’est cela la vraie Suisse, ces deux ne sont d’accord sur rien, sauf sur le bien national.»
Les banques accepteront-elles ces exigences de régulation? «Si nous lançons une initiative populaire, les banques savent que nous pouvons exiger encore plus», a prévenu Nicolas G. Hayek.
Quel sera le prochain secteur qui alimentera demain la croissance? «Ce n’est pas à l’Etat de le dire, a souligné Pascal Couchepin. Son rôle doit se limiter à offrir de bonnes conditionscadres et à laisser la liberté aux entrepreneurs.»
«En Suisse, a noté M. Hayek, l’esprit d’innovation est très fort. A 6 ans, chacun rêve, mais, ensuite, l’armée, les universités ou les voisins enlèvent cette fantaisie. Il faut faire en sorte d’encourager les chercheurs et les développeurs.» La croissance viendra de l’énergie propre, parie Nicolas G. Hayek, mais pas besoin que le politique intervienne. En Allemagne, a rappelé Pascal Couchepin, le secteur solaire, où la création de 50 000 emplois a été subventionnée par l’Etat, s’effondre sous le poids de la concurrence chinoise. L’initiateur du projet Belenos (pile à combustible fonctionnant à l’hydrogène) promet de créer «10 000 places de travail d’ici à cinq ans».
Un engagement qui soulève l’enthousiasme de la salle. «On ne peut pas tous être Hayek, mais on peut tous innover, se demander comment être meilleur», conclut Pascal Couchepin.
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