La passion. L’opiniâtreté. Et un brin de folie. Voilà ce qui permet à Lise Luka, fringante quadra scientifique égarée dans la communication, de lancer à Genève le premier Salon international des chocolatiers et du chocolat qui tiendra ses assises les 15 et 16 octobre.
Chaque mot vaut son pesant de bonbons, ces petites bouchées cacaotées dont on pourra acheter une boîte en édition limitée à 300, garnies des plus délicats joyaux des participants. Mais n’anticipons pas.
Une première, donc, et même une première suisse. Elle s’en étonne: «Je ne comprends pas pourquoi il n’y en a jamais eu auparavant.» Elle visait 2010, mais seule aux commandes, elle a dû reporter son projet d’une année. Un salon «haut de gamme, visant l’excellence» pour «mettre en avant les artisans, ces créateurs du chocolat de demain».
Pas une foire «multiculti» où les fabricants de saucisson et ceux de l’électroménager troubleraient cette grand-messe de la divine fève, ni un festival grand public où des gogos viendraient en bande «piller» les stands de dégustation. International parce qu’à Genève, normal, on déguste toutes frontières ouvertes.
Sans vouloir chipoter, sur les vingt-quatre exposants, seuls quatre Français se sont glissés entre une bonne dizaine de Genevois, quelques Vaudois, deux Valaisans et trois Alémaniques. Quand on aime…
Mais il faut bien compter: à 3000 francs le stand pour deux jours sans être certain que le public sera prêt à débourser 22 francs pour y croquer délicatement leurs créations, y écouter de doctes conférences (notamment «La place du chocolat au XXIe siècle», par l’étourdissant créateur belge Pierre Marcolini, parrain de cette première édition), suivre les habiles démonstrations des artisans dans le beau Bâtiment des forces motrices, il y avait de quoi hésiter. Mais pour un début, le compte est bon.
Plus de cinquante exposants. Et pendant ce temps… Sylvie Douce, grande prêtresse des Salons du chocolat, marque déposée, a lancé la version helvétique de ses grands rendezvous cacaotés. Il aura lieu à Zurich du 30 mars au 1er avril prochains.
Là, on change de ligne: 5000 m2 (contre 1000 m2 au BFM) à la Messe Zürich, la foire d’expositions implantée à OErlikon, cinquante exposants au minimum (c’est le seuil de rentabilité) et un programme calqué sur la vingtaine de clones du Salon de Paris disséminés à travers trois continents.
Programme (presque) immuable: l’incontournable défilé de mode – un essaim de belles sapées de fringues en chocolat, des ateliers de pâtisserie, des pointures européennes et, si possible, des pays producteurs. Plus les grands groupes suisses (Barry Callebaut, Felchlin, Lindt & Sprüngli, Chocolat Villars, etc.).
Sylvie Douce et son mari, François Jeantet, sont eux aussi (tiens donc!) des passionnés. Après Paris, qui en sera à sa 17e édition (20-24 octobre prochains), ils ont, dit-elle, les premiers «anticipé dès 1995 une tendance», cette folie pour le chocolat qui s’est emparée du monde entier, ou presque. Et «starisés les chefs».
Ils n’ont d’ailleurs pas dû prendre leur bâton de pèlerin pour prêcher la bonne bouchée, non, les chocolatiers eux-mêmes les ont hélés. Encore fallait-il que les conditions s’y prêtent (gros bassin de population pour assurer une bonne fréquentation, situation économique, qualité des artisans).
Le bilan est impertinent: cette année, Lille, Bologne, New York en novembre, Lyon en décembre, janvier prochain à Shanghai, Marseille en février, sept villes au Japon entre le 25 janvier et le 14 février, Cannes, Salvador de Bahia et Moscou en décembre 2012. Le Caire, pour des raisons évidentes, et Madrid, en raison de la morosité ambiante, disparaissent momentanément du calendrier.
Car la passion n’empêche pas le réalisme. Si elle «ne gagne pas à tous les coups», Sylvie Douce doit quand même trouver un sain équilibre entre son enthousiasme entrepreneurial et une bonne assise financière.
Et Genève dans tout ça? Un jour, peut-être. Le Salon de Lise Luka a encore de beaux jours devant lui.
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