Les conseillers fédéraux jouissent du privilège facétieux et solennel de décider du jour de leur départ et d’influencer massivement l’agenda politique des mois à venir, une succession au Conseil fédéral engloutissant tel un typhon toute autre échéance. En la matière, Micheline Calmy-Rey s’est livrée à une bizarre pesée d’intérêts.
LE PRAGMATISME EST L’ALIBI DE CEUX QUI N’ONT PAS DE VISION.
La ministre a tiré sa révérence au lendemain de la décision historique de lier le sort du franc suisse à l’euro. Pour quelqu’un qui se voulait l’incarnation farouche de la défense de l’indépendance de la Confédération face à l’Union européenne, et qui a fait preuve ces dernières années d’une inflexibilité grandissante dans les relations bilatérales avec Bruxelles, cela ressemble à un acte manqué ou à un aveu d’impuissance.
Formellement, Micheline Calmy-Rey n’a pas démissionné, elle ne se représente pas à sa réélection. Mais politiquement, c’est bien le cas.
La décision de la BNS est un abandon massif de souveraineté et pas un banal acte technique de politique monétaire. Le sort de l’économie suisse, de nos entreprises comme de notre épargne, est désormais dépendant de celui de l’euro.
Garder notre autonomie et de larges marges de manœuvre face à l’UE, bénéficier du grand marché intérieur en pratiquant la solidarité à la carte avec les pays membres, tels ont été les principes qui ont guidé notre politique européenne. Le Conseil fédéral a choisi ces options et vendu au peuple cette illusion de souveraineté préservée avec une légèreté qui frise l’irresponsabilité.
Micheline Calmy-Rey s’était dite favorable à l’adhésion à l’UE du temps où elle était conseillère d’Etat à Genève. Très vite, on n’a plus très bien su quelle était la conviction profonde de la conseillère fédérale. Qu’importe.
Poussée ou non par ses collègues, elle s’est réfugiée dans un pragmatisme de plus en plus miteux: la voie bilatérale avec l’UE est celle du consensus, répétait- elle, l’adhésion est une alternative possible mais pas réaliste. Donc inutile de l’évoquer. Le pragmatisme est l’alibi des gouvernants qui n’ont ni vision ni courage.
Il appartiendra douloureusement à son successeur de nous sortir de l’impasse dans laquelle Micheline Calmy-Rey a laissé s’enfermer notre polique européenne.
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