L'Hebdo;
1996-07-11 Le CICR perd sa locomotive
Ralentissement? Peter Fuchs, directeur général, s'en va. L'existence même de son poste est en jeu.
Pluie à l'extérieur, douche froide à l'intérieur. A la fin de la semaine passée, les collaborateurs du CICR ont été avertis, via un message laconique, que le directeur général ne solliciterait pas un nouveau mandat en fin d'année. Agé de 50 ans, médecin à l'origine, Peter Fuchs avait été élu il y a quatre ans, au moment où la pax americana allait s'évanouir sur les côtes de Somalie. L'adaptation de l'institution au nouvel environnement international figurait au coeur de son programme. Mission accomplie. Peut-être trop bien.
Il ne faut pas aller dans le bureau directorial, situé au deuxième étage d'une annexe de l'avenue Henri-Dunant, pour dresser un bilan. L'intéressé est encore tout occupé à sa tâche: «Je vais m'engager à fond durant ces six prochains mois. Nous sommes notamment au coeur d'un débat stratégique qui doit déterminer l'orientation du CICR pour les cinq prochaines années. Il s'agit autant de déterminer la place de l'humanitaire dans les nouvelles formes de conflit que de parvenir à réellement dissocier l'humanitaire du politicomilitaire.»
Au coeur de la réflexion, sur fond de multiplication et de miniaturisation des conflits, le pouvoir qui tend à échapper en grande partie aux hommes politiques «et qui dérive vers deux systèmes globaux principaux: l'économie et l'information». Du constat, Peter Fuchs a tiré les conséquences en déchirant le voile opaque qui recouvrait les activités de l'institution et en tissant un réseau avec les acteurs de l'économie privée en vue de les sensibiliser à leurs nouvelles responsabilités. «Leur intérêt n'est-il pas à terme de contribuer à stabiliser les sociétés dans lesquelles ils oeuvrent?»
Résolument moderne
L'approfondissement de ces contacts a permis, de surcroît, de favoriser le reclassement des anciens délégués du CICR qui, sur le marché du travail, ont perdu leur image de super-boy-scouts au profit de celle de managers mobiles et expérimentés. Tout simplement vital pour une organisation qui doit attirer constamment des individus performants. Plus généralement, les doutes et les craintes qui ont surgi lors des premiers changements ont fait place à une appréciation largement positive à l'intérieur comme à l'extérieur du CICR: en matière de motivation des collaborateurs, de communication, d'administration, de récolte de fonds, l'anticipation prime dorénavant sur la réaction à chaud.
Résolument moderne et adepte de la mobilité des responsables, Peter Fuchs a beau jeu d'expliquer son départ par l'exemple à donner. Mais lui qui recommandait à tout cadre de préparer sa succession est plus embarrassé sur ce point. «J'ai bien sûr appliqué cette règle et j'espère qu'on me consultera», avance-t-il sans en être certain.
D'autant moins qu'entre les murs du CICR, où bruissent les noms de papables, beaucoup imaginent que le poste même pourrait disparaître. A côté du directeur des Opérations et du directeur Doctrine et Droit pourrait être élu un simple directeur administratif. Ce qui assoirait logiquement la prédominance du président, Cornelio Sommaruga, au charisme reconnu, mais à la faculté d'entraînement moindre. La désignation du successeur devrait avoir lieu en août. D'ici là, ce n'est pas un déraillement qui est redouté au sein de l'institution, mais la crainte de retrouver une locomotive traditionnelle à l'heure du TGV. ·
D. E.
Peter Fuchs: «J'espère qu'on me consultera»
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