Il y a quelque chose de féerique chez Moni Wespi. Son corps frêle, sa voix angélique dissimulent des biceps fortement bombés pour une danseuse. C’est que l’artiste zurichoise est aussi menuisière de formation. Elle conçoit et installe elle-même l’objet phare de ses spectacles: une scène de bois et d’acier, haute de 3 mètres, sur laquelle des danseurs-acrobates se meuvent tendrement. Début août, le fabuleux engin fera une halte à La Chaux-de-Fonds, pour le plus grand festival helvétique des arts de la rue: La Plage des Six Pompes. «La Plage ne rapporte pas beaucoup d’argent. Les artistes sont payés au chapeau. Mais le festival est complètement ancré dans la ville. Tout le monde s’y rend. J’aime cet accès direct aux gens», explique Moni Wespi. Cette particularité du festival chaux-de-fonnier colle parfaitement à la façon dont Moni conçoit la danse contemporaine.
Lorsqu’elle en parle, une force mystérieuse jaillit de son phrasé. «Cet art est un monde de fantaisie qui doit être accessible au plus grand nombre.» C’est pour concrétiser cette idée que la Zurichoise crée la compagnie de danse Loutop en 2006. La troupe se produit dans la rue. Elle vise un public large. Six mois par année, Moni Wespi et sa clique se baladent ainsi dans leur caravane, d’un festival européen à l’autre.
La composition de la compagnie est mouvante, elle aussi. «Les danseurs ne sont pas habitués au style de vie nomade. C’est pourquoi les membres de Loutop changent souvent.» Mais ce tournus n’effraie pas Moni. Il lui permet de se renouveler et de nourrir son univers.
Menuiserie. C’est cette même ouverture qui aurait mené la danseuse à la menuiserie. «Lorsque j’ai achevé ma formation de danse pro, à 24 ans, je ne pouvais pas imaginer m’insérer dans une compagnie. Je manquais de contacts dans le milieu et redoutais le formatage. J’ai donc voulu apprendre un “vrai métier”.»
Elle se lance corps et âme dans ce nouvel apprentissage. La danseuse de cœur s’ennuie pourtant vite de son art. Au bout de trois ans, elle se résout à renouer avec les compagnies. Mais sa peur de la doctrine ne s’estompe pas. Pendant que Moni danse pour d’autres, sa propre conception du spectacle se consolide, nourrie par de multiples influences: danse contemporaine, techniques de cirque, menuiserie. Désireuse de communiquer ses idées farfelues, la trentenaire s’entoure d’artistes qui partagent sa vision.
Tout y est. Le premier spectacle de Loutop naît en 2006. A l’air libre, les danseurs vont et viennent langoureusement sur une scène en bois. Ils déploient des techniques de danse et des acrobaties au rythme d’une musique expérimentale. Ce cirque contemporain trouve rapidement son public dans les festivals de rue. Le projet prend de l’ampleur, attire les sponsors.
Après quatre ans d’existence, la compagnie Loutop est aussi vigoureuse que sa fondatrice. Attache, le spectacle présenté à La Plage des Six Pompes, est la troisième création de la danseuse. Elle est accompagnée de Pierre Bertrand et Benjamin Chaval, deux artistes français.
Attache parle de l’impossibilité de la rencontre. Une heure d’ambiance surréaliste, où les corps des danseurs, tantôt enveloppés de tissus majestueux, tantôt habillés de juste-au-corps minimalistes, tentent de se rapprocher. De se délier de leurs chaînes. Y parviennent-ils au final? Moni reste évasive. «C’est une question d’interprétation. Le spectateur est libre d’y voir un happy end ou pas.»
La Chaux-de-Fonds. Ve 6 août, 22 h 45. Sa 7 août, 23 h 15. www.laplage.ch. www.loutop.com
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