Entre ses deux passions, son cœur balance depuis plus de vingt ans. Entre le droit et la musique. Jean-Christophe Geiser a toujours refusé de choisir. A Berne, il est le juriste qui rédige les rapports sur lesquels se basera la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga pour rendre le financement des partis moins opaque. A Lausanne, il est l’organiste de la cathédrale.
Difficile à croire, et pourtant! A la fin des années 80, Jean-Christophe Geiser a mené parallèlement des études de droit d’une part, de piano et d’orgue d’autre part. Il en ressort avec un brevet d’avocat bernois, un diplôme de soliste à l’orgue et enfin un diplôme d’enseignement du piano.
Deux planètes bien à part que celles de la musique et du droit? «Oui», sourit-il en précisant: «Attention aux préjugés! Il y a probablement plus de rigueur dans l’interprétation d’une fugue de Bach que dans celle du droit, qui n’est pas une science exacte.»
A titre de délégué suisse au GRECO (le Groupe d’Etats contre la corruption, un organisme du Conseil de l’Europe), Jean-Christophe Geiser travaille notamment dans l’évaluation des 49 pays membres dans le dossier du financement des partis. En tant qu’expert, il a déjà participé à trois visites à l’étranger: au Royaume-Uni, en Pologne et en Ukraine.
Mention bien pour le premier, correcte pour la deuxième et insatisfaisante pour la troisième. La corruption reste omniprésente en Ukraine. «Ce qui nous y a frappés, c’est l’imbrication entre hommes d’affaires et politiciens, de manière à décrocher les grands contrats publics», témoigne-t-il.
Pas d’exception. Et en Suisse? Celle-ci n’a pas de leçons à donner, ainsi que le révèle un tout récent avis de droit que devrait confirmer le GRECO, dont une délégation vient de passer dans notre pays. Sur trois points clés – la transparence des comptes des partis, leur contrôle et d’éventuelles sanctions –, la Suisse ne connaît pas la moindre prescription en la matière.
Certes, tout le monde reconnaît que la Suisse reste un «Sonderfall» en Europe avec sa démocratie directe, son parlement de milice et son gouvernement collégial. Mais il est fort probable que le GRECO n’en tiendra que peu compte. «Ses délégués feront preuve de compréhension, mais ils ne toléreront jamais une exception suisse», estime Simon Gemperli, un rédacteur de la NZZ auditionné par le GRECO.
Eviter la surenchère. Certains partis risquent d’être déçus. «Attention, le rôle du GRECO consiste à lutter contre la corruption, mais pas à garantir l’égalité des moyens financiers dans le débat démocratique», prévient Jean-Christophe Geiser. Ainsi, le GRECO n’a jamais proposé des mesures de plafonnement des moyens financiers des partis, ce qui permettrait en Suisse de rééquilibrer le rapport de force entre l’UDC et les autres formations.
Il se concentrera plutôt sur une limitation du budget des candidats à une élection, de manière à éviter une surenchère des dépenses profitant soit aux candidats fortunés, soit à ceux qui disposent d’importants bailleurs de fonds. Il exigera aussi la publication des comptes des partis, leur contrôle par un organe indépendant et des sanctions en cas de violation de ces nouvelles prescriptions.
En attendant, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga veut poursuivre son état des lieux dans ce dossier. D’ici à fin août, elle devrait confier un mandat à un institut indépendant de manière à établir le montant des dépenses de tous les partis lors des élections 2011. Une première en forme de signal politique: elle a envie de bases solides pour proposer des mesures l’an prochain.
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