L’arrivée de main-d’œuvre étrangère permet de maintenir les comptes de l’AVS à flot. Mais dès 2025, l’assurance vieillesse devrait basculer dans le rouge. Pas de quoi rassurer des Suisses déjà sceptiques: à l’horizon 2014, seuls 43% de la population sont optimistes vis-à-vis de l’évolution des retraites, selon l’enquête Sophia.
Alors que l’épisode 3 de la 12e révision de l’AVS se fait attendre, les citoyens sont donc prêts à envisager de nouveaux modes de prise en charge des aînés.
D’après le sondage, 54% de la population serait ainsi favorable à l’instauration d’une assurance destinée à financer le séjour en EMS. Un principe sur lequel planche très concrètement le Conseil d’Etat genevois.
En 2009, le député Patrick Saudan a en effet déposé une motion allant dans ce sens. Le radical y demande que soit étudiée la possibilité d’une prise en charge partielle des frais de séjours par le biais d’une assurance. Avec des cotisations obligatoires dès 65 ans.
Plus équitable. «Il s’agit d’offrir une prise en charge des coûts plus équitable, explique Patrick Saudan. Pour le moment, la classe moyenne – qui a souvent constitué des économies au fil de sa vie – est pénalisée car une grande partie de ce pécule est absorbée par le financement du séjour.» Celui qui a tout dépensé (au même titre que celui qui n’a pas eu les moyens d’économiser) sera en revanche pris en charge par la collectivité.
Selon les premières projections, une prime de 60 à 70 francs par mois permettrait de couvrir grosso modo 20% du prix de pension. Une piste intéressante, juge Stéphane Rossini (PS/VS).
Même si le conseiller national émet des réserves. «L’acceptabilité d’une telle mesure dépend largement de si elle est supportable ou non. Or, pour une personne qui n’a que l’AVS, sortir ne serait-ce que 60 francs par mois peut être un effort très important.»
Présidente de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national, Thérèse Meyer-Kaelin (PDC/FR) juge en revanche pareille mesure inutile, dans la mesure où la prise en charge des frais est en principe déjà garantie.
L’âge de la retraite divise. Du côté des décideurs toutefois, la réponse proposée au déséquilibre entre actifs et pensionnés est nettement celle d’un recul de l’âge de la retraite. Ou, plus précisément, de l’âge d’accès à la rente AVS, actuellement fixé à 65 ans pour les hommes et 64 ans pour les femmes.
Dans le cadre du sondage Sophia, 70% des leaders interrogés se sont ainsi dits favorables à un report de cette limite. Une position pourtant peu défendue politiquement (à l’exception de l’idée d’aligner l’âge de la retraite des femmes sur celui des hommes, très disputée).
«Si quelqu’un veut travailler au-delà de 65 ans, il peut le faire. Mais il n’est pour l’heure pas question d’aller au-delà», tranche ainsi le démocrate du centre schwytzois Alex Kuprecht. Venu parler des perspectives de l’AVS devant la presse début mai, le conseiller fédéral en charge de l’Intérieur Didier Burkhalter (PLR) a pour sa part esquivé les questions sur le sujet.
Prudence électorale. En année électorale, rares sont les politiciens qui oseraient s’aventurer sur ce terrain où l’ex-ministre Pascal Couchepin avait failli se casser le nez. C’est que l’idée est, sans surprise, hautement impopulaire. Selon l’enquête Sophia, la population la rejette en bloc, à hauteur de 70%. Les positions de l’élite et des citoyens semblent dès lors difficilement conciliables…
La question, pourtant, devra inexorablement être reposée. Car malgré l’arrivée de forces vives étrangères, le renouvellement des générations ne se fait plus. Alors qu’on comptait 3,7 actifs pour 1 retraité en 2007, le rapport sera de 2,1 à 3 cotisants pour 1 pensionné en 2035.
Une évolution que le taux de fécondité actuelle n’est pas à même d’endiguer. Celui-ci plafonne à 1,5 enfant par femme, alors qu’il devrait atteindre 2,1 pour assurer le renouvellement. Un déficit de naissances dont 42% de la population n’a tout simplement pas conscience.
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