Le Conseil fédéral affaibli par le Tinnergate
Par Patrick Vallélian - Mis en ligne le 15.07.2009 à 15:34
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SCANDALE. Les parlementaires ne décolèrent pas. La gestion de l’affaire Tinner par le gouvernement, c’est «de l’amateurisme complet», juge le conseiller national UDC Jean-François Rime. Pour lui, des têtes doivent tomber.
Que cache le «Tinnergate»? Pourquoi le Conseil fédéral veut-il à tout prix détruire les documents saisis chez les frères Tinner et leur père, accusés de contrebande nucléaire? Le gouvernement veut-il cacher que les Tinner, agents de la CIA, étaient aussi des espions suisses? Faut-il y voir une énorme bavure? Autant de questions qui auraient dû trouver des réponses dans les ordinateurs, les disques durs ou autres classeurs que le Conseil fédéral a fait détruire en 2008 et dont des copies papier sont réapparues «comme par enchantement» en mars dans les placards dorés du Ministère public de la Confédération. Mais voilà, les sept Sages en ont décidé autrement alors que le juge d’instruction fédéral exige d’avoir accès à ces documents classés «secret défense» pour boucler son instruction contre les Tinner et pour aboutir à un procès digne d’une démocratie. Brandissant la raison d’Etat, le gouvernement lui a répondu poliment «nein». Les preuves «survivantes» de l’affaire, qui a éclaté en 2004, iront-elles aussi au broyeur. La raison en est simple. Officiellement, il s’agit de plans décrivant par le menu la construction d’une bombe nucléaire classique. «Des plans chinois», précise un homme du renseignement suisse. Des documents que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a demandé de détruire dans sa lutte contre la prolifération de technologies nucléaires.
Double langage américain. Or la vérité serait autre, selon plusieurs sources. En éliminant les preuves Tinner, le Gouvernement suisse obéirait aveuglément aux Américains qui ne veulent pas que les noms de leurs agents soient évoqués dans un procès public. «Les Américains cherchent aussi à effacer les preuves de leur double langage», confie un bon connaisseur du dossier. «Comment pourront-ils défendre une politique du non-nucléaire pour les Iraniens alors qu’ils ont poussé les Pakistanais à avoir la bombe?» D’où ce bras de fer inédit avec le juge d’instruction fédéral, qui possède désormais la clé donnant accès aux documents que le gouvernement veut détruire. Une vraie histoire belge qui fait rire jusqu’à l’AIEA. «Nous espérons juste que c’est la seule copie en circulation», ironise une de ses fonctionnaires avant de nous demander si les secrets d’Etat se traitent toujours ainsi en Suisse.
Ridicule face à l’étranger. Reste que les dégâts politiques du «Tinnergate» sont monstrueux pour le Conseil fédéral, estiment de nombreux parlementaires fédéraux. Des voix s’élèvent pour réclamer un coup de sac. «Pascal Couchepin ne devrait pas être le seul à quitter le navire, tonne le conseiller national fribourgeois UDC Jean-François Rime. Au moins quatre de ses collègues devraient donner leur démission sur-le-champ. Leur gestion de l’affaire Tinner, c’est de l’amateurisme complet.» Un parlementaire de gauche donne le coup de grâce: «Le Conseil fédéral se ridiculise à force de sortir de son chapeau les articles 184 et 185 qui l’autorisent à «parer à des troubles existants ou imminents menaçant l’ordre public, la sécurité extérieure ou la sécurité intérieure». Une faiblesse exploitée par Roman Bögli, l’avocat d’Urs Tinner. Comment juger correctement son client sans des pièces qui pourraient le disculper? Une vraie justice de république bananière, clame-t-il. Pire, le monde vient d’apprendre avec effarement que le Gouvernement suisse n’arrive pas à gérer un secret d’Etat ni à se faire obéir par ses propres troupes. «Vous vous imaginez quelle image nous donnons de nous à l’étranger», remarque un spécialiste du renseignement. Le malaise est profond, reconnaît le socialiste Alain Berset, président du Conseil des Etats, dont le nom circule pour jouer le médiateur dans la crise. Le Fribourgeois se tient à disposition. Mais a-t-il envie de se brûler les doigts dans cette partie de poker menteur, digne d’un 007 au pays de Heidi?
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