Semaine cruciale pour les Latins à Berne: ce vendredi 4 juin, le Conseil fédéral doit, en principe, avaliser l’ordonnance d’exécution de la loi sur les langues au terme d’une démarche dont il n’a jamais voulu. Après s’être vu imposer cette loi par le Parlement, il a tardé à la traduire en mesures concrètes. Les voici enfin, selon les informations recueillies en exclusivité par L’Hebdo: création d’un poste d’un délégué au plurilinguisme, engagement d’une bonne douzaine de traducteurs et compétences linguistiques rehaussées pour les cadres de la Confédération.
Voici six mois, L’Hebdo (No 47 du 13 novembre 2009) avait dénoncé l’absence de Latins aux plus hautes fonctions de l’administration en désignant les deux principaux cancres du Conseil fédéral en matière de plurilinguisme: Hans-Rudolf Merz et Ueli Maurer, qui n’engagent aucun Latin aux postes clés de leur département. Notre article déplorait aussi l’impossibilité de certains cadres romands et tessinois de pouvoir travailler dans leur langue au moment de rédiger d’importants rapports.
L’heure du réveil des consciences a sonné. Sous l’impulsion de parlementaires comme Filippo Lombardi (PDC/TI), Ignazio Cassis (PLR/TI) ou Claude Hêche (PS/JU), qui ont tous déposé des interventions, les choses commencent à bouger. Sur le papier, la loi sur les langues entrée en vigueur cette année est parfaite: elle consacre le principe selon lequel chaque employé de la Confédération peut travailler dans sa langue. Mais personne – à de très rares exceptions près – n’a jamais entendu parler l’italien dans une séance importante!
Révolution culturelle. Le sénateur jurassien Claude Hêche a réclamé la nomination d’un préposé à la promotion du plurilinguisme. De son côté, son collègue Filippo Lombardi a ciblé sa démarche sur la défense des italophones et exigé la création d’un poste de médiateur à leur intention. «Une véritable révolution culturelle s’impose pour inciter Alémaniques et Romands à se mettre à l’italien», estime Filippo Lombardi. Selon lui, ce médiateur devrait informer les Latins des emplois vacants à Berne, superviser les procédures de recrutement, voire même intervenir en faveur des candidats écartés, lorsqu’il y a matière à réclamation.
La création d’un poste de délégué au plurilinguisme figure désormais dans l’ordonnance de la loi proposée par l’Office fédéral de la culture (OFC) au Conseil fédéral. Cette mesure n’est désormais plus contestée. En revanche, le ministre des Finances, Hans-Rudolf Merz, risque de sauter au plafond en apprenant que l’article de l’ordonnance consacré à la «compréhensibilité» débouchera sur l’engagement d’une bonne douzaine de traducteurs. Ceux-ci permettront aux cadres tessinois de rédiger leurs rapports en italien et d’améliorer la présence de l’italien sur les sites internet de la Confédération. Il en coûtera 2,5 millions de francs environ, montant qui sera prélevé sur les 5 millions budgétés pour l’application de la loi sur les langues.
«Cette ordonnance serait déjà un pas dans la bonne direction, si le Conseil fédéral adoptait ces mesures», se réjouit Claude Hêche. En fait, elle ne constitue qu’un succès partiel. L’OFC a certes fixé de nouvelles valeurs cibles à atteindre dans les effectifs du personnel: 70% de germanophones, 22% de francophones, 7% d’italophones et 1% de Romanches. Mais ces valeurs concernent l’ensemble du personnel, et non les cadres supérieurs, là où justement les lacunes sont les plus criantes.
Promesses. Romands et Tessinois se consoleront peut-être avec la promesse faite par le Conseil fédéral en approuvant une motion du conseiller national Dominique de Buman (PDC/FR). Désormais, les cadres supérieurs devront maîtriser activement une seconde langue officielle et avoir des connaissances passives dans la troisième. Ils ont un délai d’un an pour remédier à d’éventuelles lacunes dans ce domaine. Une excellente nouvelle en théorie, mais qui sera difficile à faire appliquer dans la réalité.
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