Le corbeau et les pommes
Les gentilles pommes rouges d’économiesuisse sont inappropriées dans le contexte actuel.
C’est le moment de se souvenir que, dans la fable de La Fontaine, le corbeau ne finit pas gagnant. Le volatile croassant méchamment a été choisi par les opposants à la reconduction des accords bilatéraux avec l’Union européenne. Il symbolise les Roumains et les Bulgares qui viendraient piquer nos places de travail et manger notre pain. L’UDC blochérienne se vautre comme d’habitude dans la caricature abjecte. En face, les gentilles pommes rouges des affiches d’economiesuisse, qui ont déjà servi en 2005, sont aussi fades que ridicules. Inappropriées, compte tenu du contexte exceptionnel de la votation. economiesuisse apparaît étrangement déconnectée de la réalité vécue par les citoyens. Les pommes ne convaincront pas ceux qui redoutent de perdre leur emploi à cause de la crise. Le dernier sondage gfs ne laisse aucun doute à cet égard. Le non l’emporte parmi ceux qui gagnent entre 5000 et 7000 francs par mois, les Suisses moyens qui ont vu leur pouvoir d’achat s’éroder ces dernières années et n’ont bénéficié d’aucune aide sociale.
La poursuite de la voie bilatérale est indispensable à la réussite de tout plan de relance? Elle représente le meilleur moyen d’assurer la croissance qui garantira à long terme les rentes de l’AVS et du 2e pilier? Ces arguments sont justes, mais stratosphériques pour ceux qui vivent la peur au ventre et que le discours si lénifiant du Conseil fédéral sur la crise tout comme l’abaissement du taux de conversion des rentes LPP ont achevé de déstabiliser. Un comité d’entrepreneurs, guidé par le conseiller national radical Otto Ineichen, a estimé plus judicieux de rétorquer au niveau où la campagne est descendue et d’aller repêcher les citoyens là où l’UDC blochérienne essaie de les promener. L’annonce parue dans la presse alémanique interroge: «Qui sont vraiment les corbeaux?» Elle démonte les arguments des opposants un à un. Des publicitaires s’étranglent. Citer le visuel du concurrent serait un aveu de faiblesse. C’est au nom de ce principe cornichon que les adversaires de l’UDC ont, depuis 1992, laissé se répandre les pires outrances. Il est heureux que des entrepreneurs de droite se décident enfin à répliquer concrètement. Et il faut souhaiter que les politiciens trouvent le même courage: ne pas seulement dire que l’UDC blochérienne avance n’importe quoi, mais le prouver.
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