LU POUR VOUS
Le défi d'un dictateur méconnu
Mis en ligne le 04.01.2012 à 13:36
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Corée du Nord. Kim Jong-un a pris la tête de la dernière dynastie communiste du monde. Un personnage énigmatique qui hérite d’un pays agonisant amené à muter.
Lundi 19 décembre, Kim Jong-un a officiellement été désigné pour prendre la suite de son père à la tête de la Corée du Nord, quelques minutes après l’annonce du décès de ce dernier. Au «cher leader» succède ainsi le benjamin de la famille Kim. Les journalistes du Spiegel s’interrogent sur les intentions de ce jeune homme dont le monde ne connaît pratiquement rien: «Marchera-t-il sur les traces de son père en portant le culte de la personnalité à son paroxysme ou transformera-t-il son pays en se rapprochant du modèle économique chinois, voire en prônant une ouverture totale vers l’Ouest?»
Influence occidentale. Le jeune homme, dont on sait qu’il a moins de 30 ans mais dont on ignore l’âge exact (lire encadré), a passé une grande partie de sa scolarité dans une école internationale des environs de Berne. Si l’ambassade nord-coréenne dément, les faits sont avérés. Le Japonais Kenji Fujimoto, ex-cuisinier de Kim Jong-il s’étant enfui du pays, décrit d’ailleurs le «grand successeur» comme fortement influencé par la mode occidentale. Jeune adulte, il lui demandait fréquemment des cigarettes Yves Saint Laurent en douce et était un grand amateur de vodka. Sagace, il s’inquiétait toutefois du sous-développement de son pays: «Notre pays est technologiquement arriéré en comparaison du reste de l’Asie», aurait-il affirmé au maître sushi lors d’un trajet en train entre Wonsan et Pyongyang. «La seule chose dont nous pouvons être fiers sont nos ressources en uranium.»
Au cours des derniers mois, Kim Jong-un a subtilement été poussé sur le devant de la scène médiatique par son père afin de marquer la conscience collective du pays. En septembre 2010, il est nommé général quatre étoiles par son père, lors d’une cérémonie durant laquelle les Nord-Coréens ont pu apercevoir pour la première fois le visage du cadet de Kim Jong-il. Il est par la même occasion intronisé membre du comité central du Parti des travailleurs et désigné vice-président de la Commission centrale militaire du Parti. Un poste clé à la tête de l’une des plus importantes armées du monde.
Challenge. Prenant à présent les commandes d’un Etat de 24 millions d’habitants, le «grand successeur» fait face à un défi de taille. Il devra relever la situation économique morose du pays, qui ne survit que grâce à l’aide de son puissant voisin chinois: «La malnutrition et la faim sévissent dans la majeure partie de la Corée du Nord. L’approvisionnement alimentaire est misérable et l’alimentation en électricité se dégrade d’année en année. Celui qui se déplace la nuit dans les rues de la capitale peut apercevoir des quartiers entiers plongés dans l’obscurité (…)», commentent les journalistes du Spiegel. Malgré la censure exercée par le Parti, la population a les moyens de rêver au luxe des pays capitalistes en se procurant illégalement des enregistrements de séries sud-coréennes en Chine. Les mentalités évoluent à vitesse grand V: «Les femmes de Pyongyang changent.
Elles portent des boucles d’oreilles et des chaussures à talons. (…) Les garçons de la capitale sont perpétuellement pendus à leur téléphone portable. Plus d’un a comme sonnerie la chanson populaire Arirang, qui parle d’une bonne mère et d’une bonne épouse. Il n’est plus ici question de politique», explique encore le Spiegel.
Pris en étau entre une économie agonisante et la pression croissante de l’influence du monde occidental, quel type de politique Kim Jong-un mènera-t-il pour éviter l’implosion de la dernière dictature communiste? Selon l’ancien porte-parole du Ministère américain des affaires étrangères, James Rubin, les dirigeants communistes qui ont passé au moins une partie de leur enfance en Occident se sont toujours montrés plus ouverts sur le monde extérieur. A vérifier durant les prochains mois.
*Avec Mathieu von Rohr, Sandra Schulz et Wieland Wagner. Traduction et adaptation Kevin Gertsch
Tags: Corée du Nord, dictateur, Kim-Jong Il,
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