L'Hebdo;
2009-03-26 Conseil fédéral LE DERNIER SOVIET
LES FAITS
Le Gouvernement suisse est mis à rude épreuve depuis quelques mois. Car, face à la crise, il faut agir vite. Le Conseil fédéral avait entendu parler de Bradley Birkenfeld, le témoin clé dans l’affaire UBS aux Etats-Unis, depuis le mois de mai 2008; la procédure d’entraide administrative lui était connue depuis juillet et il avait été informé de l’ultimatum fait à L’UBS avant Noël. Mais, avec une systématique et une cohésion rares, les sept ministres ont choisi de prendre leur temps, ne bougeant pas une oreille avant le mois de février 2009.
LES COMMENTAIRES
En dépit des nombreuses alertes émises par les diplomates suisses, «le gouvernement n’a agi qu’à la dernière minute, piétinant le secret bancaire au nom d’intérêts supérieurs», estime la NZZ. On ne peut pourtant pas dire que les conseillers fédéraux soient surchargés au point d’être empêchés de se concentrer sur l’essentiel: «Celui qui blogue, pousse la chansonnette ou se plaît à voyager de par le monde, dispose du temps nécessaire pour des affaires plus importantes.» Et le quotidien proche des banquiers zurichois de rappeler Machiavel: «Il n’est pas sage de défendre ce qu’on va perdre de toute façon.» Le prince ne pensait certainement pas à la distinction entre fraude et évasion fiscales, mais ce précepte fonctionne également dans ce cas précis, ajoute la NZZ, avant de s’en prendre au Conseil fédéral avec une absence de finesse tout à fait inhabituelle: «Plutôt que d’élaborer une stratégie de sortie, le collège des sept, avec le ministre des Finances au volant, a foncé droit dans le mur.» Dans une interview à l’hebdomadaire allemand Die Zeit, Pascal Couchepin avait lui-même blagué sur le système d’autogestion du collège fédéral: «Nous sommes un soviet, le dernier, qui existe et qui fonctionne encore. Mais, en période de crise, on voit nos faiblesses.» L’ancien président de la Confédération se demandait alors s’il ne fallait pas allonger la présidence, pour tenir le gouvernail deux années de suite, au moins. Pour la NZZ, c’est surtout le conseil ouvrier qui est trop vieux: «Certains de ses membres semblent avoir enduit leur fauteuil avec de la colle industrielle.»
À SUIVRE
Au plus tard en 2011, au moins trois membres du collège suprême devraient avoir permis un renouvellement (Couchepin, Leuenberger, Merz). Et, d’ici là, il faut espérer que la discussion autour de la réforme du gouvernement relancée récemment au National ne se sera pas enlisée trois fois.
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