L'Hebdo;
2009-06-11 LE CÅ’UR DES SUISSES BAT POUR FEDERER
CHRISTOPHE SCHENKETPATRICK OBERLI
FRISSONS.
En s’imposant à Paris, le Bâlois a fait chavirer le cÅ“ur des Suisses. Mais d’autres avant lui avaient fait vibrer la nation. Petit choix subjectif.
Il l’a fait. Et la Suisse respire mieux. Dimanche, sur le coup de 16 h 55, Roger Federer a soulevé la coupe des Mousquetaires, dernier trophée du Grand Chelem manquant à son palmarès. En disposant du Suédois Robin Söderling en 3 sets, le Bâlois de 27 ans a définitivement marqué de son empreinte l’histoire du tennis. Et, si cette finale de Roland-Garros n’a pas brillé par son suspense, la dramaturgie de cette quinzaine restera dans les annales du sport helvétique.
Mythes victorieux.
En débarquant à Paris cette année, Roger Federer est tout sauf favori. Certes, son palmarès et ses qualités en font un outsider de poids. Mais les douze derniers mois ont écorné l’image du champion invincible. La machine Federer est enrayée; Roger est plus humain que jamais. Défait par Rafael Nadal à Roland-Garros et Wimbledon en 2008, affaibli par une mononucléose, chassé de son trône de numéro un mondial, le Bâlois semble au plus mal. Pire, en 2009 il n’a remporté qu’un seul tournoi (Madrid en mai) et s’est trouvé de nouveaux maîtres sur le court, de Murray à Djokovic, jusqu’à son cadet Stan Wawrinka. Certains n’hésitent pas à lui prédire une retraite anticipée que semblent corroborer son mariage avec Mirka Vavrinec et l’annonce d’un heureux événement à venir.
Face à ce dieu tombé de son piédestal, Roland-Garros paraît un sommet inatteignable. Le tournoi parisien est un Graal qui s’est refusé à bien d’autres champions par le passé. Pete Sampras, Stefan Edberg, Boris Becker ou encore John McEnroe s’y sont cassé les dents avant Federer, lui-même vaincu trois fois en finale par Nadal. Seul Andre Agassi a pu conjurer le signe indien, pour devenir le premier joueur à s’imposer sur les quatre surfaces du Grand Chelem, après avoir connu l’enfer en chutant dans les profondeurs du classement ATP. Avec la victoire tout aussi inattendue de Federer, l’histoire retiendra que seul un mythe chancelant peut venir à bout d’une malédiction. Et écrire l’une des plus belles pages du sport suisse.
DE «RODGER» À PASCAL RICHA RD, CINQ SACRES GRAVÉS POUR L’ÉTERNITÉ DANS LE GRAND LIVRE D’HISTOIRE DU SPORT SUISSE
ROGER FEDERER
Des larmes sur la terre battue pour couronner un roi
Arrivé à Paris dans le costume du maudit, roger federer se retrouve favori au terme de la première semaine. Le ciel vient de s’abattre sur roland garros: tenant du titre depuis 2005, l’espagnol rafael Nadal est bouté hors du tournoi par le modeste Suédois robin Söderling. Le roi de la terre battue perd pour la première fois à Paris. La voie est royale pour Federer.
Lucide, le Bâlois sait que la seconde semaine sera difficile. Nadal renversé, chaque joueur encore en lice rêve de son trône. Et c’est sur federer que la pression est la plus forte. C’est cette année ou jamais. Opposé en demi-finale à l’Allemand Tommy Haas, il perd les deux premiers sets, avant de trouver les ressources pour s’imposer. Rebelote en demi-finale, face à l’Argentin Juan-Martin del Potro, qui mène 1 set à 0, puis 2 à 1. Mais federer l’emporte.
La suite n’est plus qu’une formalité. Plus à l’aise que jamais, «rodger» parvient à concilier sa palette de coups au ring de la terre battue. En finale, il ne fait qu’une bouchée de Söderling, variant les effets à la perfection, luttant au fond du court lorsque nécessaire. Aces, amortis et lifts incessants complètent un jeu combatif, dans la tradition du tournoi. Le dernier échange bouclé, federer tombe sur les genoux, crie et pleure. Les larmes de la victoire, pour celui qui entre dans la légende.
ROGER FEDERER
Des larmes de délivrance pour la légende du tennis.
BERNHARD RUSSI
La classe sur les skis et dans la vie
Jeux olympiques de sapporo, février 1972. Le ski suisse vibre. Deux jours après le triomphe en descente de Marie-Theres nadig, les hommes sont en lice. Champion du monde en 1970, Bernhard russi et son casque bleu et blanc orné de l’éternel numéro 15, ont rendezvous avec tout un peuple et avec l’histoire. Suisses et suissesses se sont levés pour s’accrocher aux postes de télévision et de radios. Efforts récompensés. A 5 h 35, l’uranais de 24 ans est champion olympique. La première victoire suisse aux JO dans la discipline reine. Comble de bonheur, son dauphin est roland Collombin, un culotté Valaisan de 21 ans.
Pour russi, c’est la gloire. Et une histoire d’amour qu’il ne cessera de cultiver avec le public et, en particulier, les femmes. L’homme soigne son image avec génie, profite de la montée en puissance de la télévision. Aujourd’hui encore, une partie de la suisse lui est reconnaissante. La preuve: la publicité ne l’a pas oublié. Ni les médias qui se pressent pour recueillir ses commentaires à chaque grand rendezvous.
http://archives.tsr.ch/player/sportski-russi
BERNHARD RUSSI
Sapporo, JO 1972.
DENISE BIELLMANN
Le sacre de la «toupie»
C’est fraîchement auréolée d’un titre de championne d’europe que denise Biellmann débarque à hartford (etats unis) en mars 1981. A 19 ans, celle qui fut la première à réussir un triple lutz fait logiquement partie des favorites pour le titre mondial.
A l’issue du programme court, la Zurichoise est seconde, derrière l’autrichienne Claudia Kristofics-Binder. Trop prudente, elle s’est contentée de doubles-sauts. Mais elle refait son retard dans le programme libre, grâce à sa botte secrète: sa pirouette. Une lame sur la glace, la jambe arquée et ses mains enserrant le patin dans l’air, elle tourne sur ellemême à la façon d’une toupie, hypnotique et gracieuse à la fois.
Sa prestation terminée, tout suspense s’est envolé. Les 14 667 spectateurs sont debout, ovationnant la nouvelle championne du monde. Le verdict des juges est unanime également. Denise Biellmann est sacrée et sa pirouette entre dans l’histoire. Aujourd’hui encore, on parle de pirouette Biellmann, au même titre qu’un axel (Axel Paulsen) ou un lutz (Alois Lutz).
DENISE BIELLMANN
Hartford, 1981.
WERNER GÜNTHÖR
Le colossal «ours en peluche»
Difficile à croire. Mais il fut un temps où le sport préféré des suisses était… le lancer du poids! La faute à un colosse thurgovien, deux mètres et 125 kilos (poids de forme): Werner Günthör, trois fois champion du monde (en 1987, 1991 et 1993). Un exploit unique pour cet installateur sanitaire aussi doux que majestueux. Dans l’ombre de cet ours en peluche, la suisse se sentait en sécurité. Et le désignera à trois reprises sportif de l’année. Mais la relation a aussi connu des blessures. Celles des rendez-vous manqués. Car si Werner Günthör, cheveux longs sur la nuque et courts sur les oreilles, n’avait peur de rien, il n’a jamais décroché l’or olympique. Ni à Los angeles en 1984 (5e), ni à séoul en 1988 (médaille de bronze) ni, enfin, à Barcelone (1992) où il échoue au pied du podium. Ce dernier échec, ponctué de larmes, sonnait comme la fin d’une carrière. La suisse découvrait alors un géant fragile, meurtri par les critiques. Mais «Werni» ne s’est pas effondré et a trouvé la force de revenir, de se martyriser dans les salles de force. Pour décrocher en 1993 son dernier titre de champion du monde. Inoubliable.
http://archives.tsr.ch/player/sport-gunthoer
WERNER GÜNTHÖR
Séoul, JO 1988.
PASCAL RICHARD
Une légende américaine
Extrême dans l’effort et la fragilité. Un physique de dragueur, terriblement photogénique. Un destin difficile avec la mort de son père, Michel, alors qu’il n’avait que 18 ans, une séparation portée comme une croix. Pascal richard a tout pour devenir le héros de la nation. Alors, lorsque début août 1996 au JO atlanta, le Vaudois devance le danois rolf sörensen, il dédie d’abord sa médaille d’or à «ce papa qui lui manque». Son histoire ressemble à un compte de fées.
Marié, deux filles, reconnu par ses pairs, Pascal richard nage dans le bonheur. Il se sait aimé, pense mériter une reconnaissance à la hauteur de son statut de champion, illustré par le commentaire mythique de Bertrand duboux pour la Tsr, durant les derniers hectomètres de course. La suite sera plus difficile. Si les suisses aiment les exploits, leur dévotion s’estompe vite. Sans compter que le dopage rattrape le cyclisme dès 1998 et l’affaire Festina.
Début des années 2000, Pascal richard quitte le cyclisme, déçu. Lentement, il s’est reconstruit dans l’immobilier. Une nouvelle activité qui n’effacera cependant jamais son exploit.
PASCAL RICHARD
Atlanta, JO 1996.
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