Grâce et Disgrâce
Le destin des contorsionnistes
Pour une fois, on aura de l’indulgence pour ceux que la politique débecte. L’histoire de l’accord sur la «demande de renseignements des Etats-Unis d’Amérique relative à UBS» – c’est son petit nom officiel – mérite une place de choix au panthéon des décisions illisibles et incompréhensibles pour le profane.
Comme petite nation, la Suisse n’a que le respect de l’Etat de droit à brandir pour se défendre face aux puissants. Dans le cas qui nous occupe, elle est prête à se plier à la loi du plus fort, et à fermer les yeux sur un principe essentiel, la non-rétroactivité du droit. Humiliant.
Les partis, qui ont soutenu le secret bancaire «au nom de la défense de la sphère privée» (érigeant l’évasion fiscale en quasi-droit de l’homme des gens fortunés), sacrifient aujourd’hui des clients américains confiants dans ce boniment. La gauche, qui a combattu le business de la soustraction fiscale au nom d’une certaine éthique, rejette le texte signé par sa conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey avec Hillary Clinton. Elle vient ainsi au secours de fraudeurs du fisc qui n’ont pas reconnu l’Etat de droit américain. Tragiquement cocasse.
Au royaume des contorsionnistes, il faut noter que ceux qui sont prêts à se coucher devant les Américains sont d’ordinaire d’une intransigeance absolue lorsqu’il s’agit de discuter avec l’Union européenne. La fermeté et les principes à géométrie variable, ce n’est pas joli-joli. C’est même pitoyable!
J’exagère? Mardi, le jour où la Berne fédérale s’est pris un tour de reins à force de contorsions extrêmes – le refus provisoire de l’accord par le Conseil national – le Département des finances a réagi avec sa raideur coutumière à la nouvelle exigence des Vingt-Sept, le ralliement au code de bonne conduite contre la concurrence dommageable.
Ce n’est pas bon signe. A chaque rodomontade helvétique, l’Union européenne riposte inlassablement avec l’une ou l’autre règle de son vaste arsenal juridique. L’UE est certes en crise, mais les pressions pour que la Suisse ne pratique pas une concurrence fiscale déloyale, à ses yeux, pour attirer les entreprises ne vont pas faiblir.
Les contorsionnistes n’ont pas fini de souffrir. C’est le destin de ceux qui ne savent pas ce qu’ils veulent vraiment et qui s’épuisent à gérer dans l’urgence les conséquences de ce que leur indécision les a empêchés de voir venir.
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