EDITO - LUC DEBRAINE JOURNALISTE
Il en va ainsi avec toutes les nouvelles technologies. Des noms que l’on croyait inscrits dans le marbre, comme Kodak dans la photographie, s’effacent. D’autres apparaissent. Des genres naguère établis s’éclipsent, se fondent les uns dans les autres ou sont victimes d’évolutions spectaculaires. Comme, pour rester dans l’image numérique, la fonction vidéo Full HD des reflex.
Celle-ci est en passe de mettre les caméscopes dans le placard à balais de l’histoire. D’autant que les appareils photo compacts incorporent désormais eux aussi de la vidéo d’excellente qualité. Les compacts sont eux-mêmes menacés par les téléphones portables, smart ou non, dont les performances photographiques sont de plus en plus attractives.
Les géants du secteur, sentant le danger, tentent de riposter avec une catégorie inédite d’appareils photo, les petits hybrides à objectifs interchangeables. Des appareils légers, pratiques, dont les fonctions multiples encouragent la créativité. Une tentative de plus dans un nouveau monde excitant, au futur pour le moins incertain.
C’est une tentative de réamorcer la vente des appareils photo numériques en proposant un nouveau concept, à mi-chemin entre les compacts et les reflex. L’arrivée sur le marché des hybrides n’est donc pas le signe d’une percée technologique, mais bien d’une stratégie de marketing.
Dans l’absolu, personne n’a besoin de ces appareils qui tentent de conjuguer les qualités des légers compacts et des pesants mais performants reflex. Ils sont loin d’être bon marché (surtout leurs objectifs), ne sont pas exempts de défauts et leurs résultats, sur le papier ou l’écran, ne valent pas ceux des gros boîtiers à miroir et à visée optique. Mais ils sont ingénieux, amusants et, pour la plupart, élégants.
Un hybride, c’est un appareil compact pourvu d’objectifs interchangeables. Zooms, grands angulaires, télés: chaque marque propose une gamme d’objectifs qui va se diversifiant. Ces optiques sont pour la plupart minuscules, à l’exception de la série Nex de Sony: comme le capteur de ces appareils est grand, les objectifs sont volumineux, au point de créer un problème de proportion entre eux et le boîtier tout menu.
Reste qu’un hybride pèse nettement moins lourd dans un sac qu’un reflex, tout en prenant beaucoup moins de place. C’est l’avantage clé qui m’a encouragé, il y a un an, à m’acheter un Olympus Pen. J’en avais assez, en tant que petit reporter, de me tordre l’échine avec une besace chargée d’un ordinateur portable et d’un reflex corpulent à lourd zoom lumineux. Le monde, enfin, change: avec des outils nomades comme un iPad ou un Pentax Q (10 cm de large, 6 cm de haut, 200 grammes), on peut voyager léger. Pas trop tôt.
L’Olympus Pen et le Pentax Q puisent leurs références esthétiques dans les années 60, alors que le magnifique Nikon 1 ou le Sony Nex jouent la carte de la sobriété high-tech, presque Bauhaus. La plupart des boîtiers proposent plusieurs couleurs à choix, comme une élégante teinte crème, ou du blanc, voire du rose. Le disgracieux Panasonic Lumix GF3 mis à part, et les objectifs hypertrophiés du Sony Nex, ces hybrides sont de beaux objets.
Des effets parfois épatants. Outre de bonnes performances photographiques globales, ces appareils proposent aussi une quantité d’effets créatifs, certains jamais vus. L’Olympus Pen permet de prendre des images à la manière d’une camera obscura, d’une pellicule noir et blanc à gros grain, avec une palette pop art ou un «effet maquette».
Le Pentax Q permet également des vignetages à l’ancienne et des rendus savamment floutés. Le Sony Nex autorise la création de vues panoramiques ou 3D en faisant simplement pivoter l’appareil. Panasonic propose un objectif spécialement conçu pour la 3D, y compris pour la vidéo. Le Nikon 1 inclut un mode «instant animé» hypnotisant. Il s’agit d’une image à la fois fixe et animée, en réalité une vidéo de 2 secondes qui s’écoule au ralenti, accompagnée de musique. Le résultat n’est plus tout à fait une photo, mais pas encore du film…
Dotés en raison de leurs dimensions réduites de petits capteurs, sauf le Sony, ces hybrides sont plutôt à la peine dans les faibles luminosités. Leur autofocus, à l’exception du Nikon 1, n’est pas d’une vélocité exemplaire, ce qui handicapera la photographie de sport, par exemple.
Plus embêtant, les hybrides ne sont pas dotés de viseur électronique, sauf le Sony Nex 7, le Nikon V1 et le Panasonic G3. Il est dans certains cas possible d’acquérir un viseur parmi les accessoires onéreux proposés par les fabricants japonais (coréen dans le cas du Samsung). Il est tout de même plus facile de cadrer son image avec un tel oeilleton, même fortement pixélisé, qu’avec l’écran au dos de l’appareil.
Bémol: le viseur que j’ai acquis pour mon Olympus Pen ne cesse, dans mon sac, de se désolidariser de son support, faute de cliquet de sécurité. Mais je ne regrette pas l’achat, surtout que le dispositif de visée se relève pour faciliter les prises de vue en plongée, par exemple près du sol.
Les différents modèles d’hybrides choisissent de ne pas embarquer de flash, à l’exemple du Sony Nex 5, ou d’intégrer des miniflashs qui feront ce qu’ils peuvent, c’est-à-dire pas grandchose. Là aussi, il est souvent possible d’acquérir au rayon des accessoires un flash amovible.
Quelques inconvénients. L’ergonomie de ces hybrides n’est pas non plus parfaite. Les commandes sont souvent petites, rapprochées les unes des autres. L’oeil dans mon viseur, il m’arrive parfois de solliciter par erreur la fonction «macro» sur le dos de l’Olympus Pen, ce qui met mon humeur sur la même position. D’autre part, le menu d’un Sony Nex multiplie inutilement les étapes pour accéder à des fonctions simples. On s’y perd, et on perd du temps.
Toujours pour ce qui est de mon expérience personnelle, j’en suis à mon troisième cache d’objectif zoom sur le Pen: la protection se détache bien trop facilement de l’optique. Le même zoom, certes beaucoup trimbalé en voyage, vient en plus de perdre la bague métallique qui borde la lentille extérieure. Je l’ai remise en place tant bien que mal. Mais elle ne va sans doute pas faire long feu.
Bien inscrits dans leur époque en haute définition, ces hybrides proposent de la vidéo Full HD 1080 x 1920 avec son stéréo, à l’exception du canal mono du minuscule Pentax Q.
Olympus, Panasonic, Sony, Nikon, Pentax, Samsung, et sans doute bientôt Canon, ontils fait le bon choix stratégique avec cette nouvelle génération d’appareils grand public? Difficile de le dire, tant elle accumule à doses égales les qualités et les défauts. L’immense marché des amateurs de photographie, dont l’autofocus est toujours plus précis que celui des stratèges du marketing, le dira bientôt.
L’AVIS DE L’EXPERT
PASCAL PETITPAS, DIRECTEUR DU LABO FNAC
Contrairement aux appareils photo de type reflex, les hybrides, dans un souci de compacité, suppriment la chambre et le miroir. La visée optique est donc absente, remplacée par un large écran LCD qui doit offrir une bonne résolution et une luminosité suffisante en pleine lumière; certains constructeurs intègrent, en complément, un viseur électronique au prix d’un encombrement légèrement supérieur.
Comme leurs aînés les reflex, ces appareils photo hybrides permettent de changer d’objectif avec une gamme plus ou moins importante d’optiques, et promettent une excellente qualité d’image en toute circonstance. Attention néanmoins, l’augmentation du nombre de pixels impose un capteur de grande taille, au risque de perdre en sensibilité et en texture en basse lumière.
La réactivité de ces appareils s’améliore sur les derniers modèles, la mise au point est ultra-rapide et les modes rafale très véloces. Enfin, le mode vidéo haute définition permet la réalisation de films de très haute qualité, visibles directement sur un écran plat grâce à la prise HDMI équipant l’ensemble des produits. Idéalement, la prise de son doit être réalisée en stéréo pour une plus grande immersion.
CHRONIQUE - LAURENT HAUG
La guerre des réseaux sociaux n’a pas eu lieu
Quand une innovation arrive, on pense qu’elle va soit tout remplacer, soit ne pas marcher du tout. Quand Google a lancé un réseau social en juin dernier, on l’a tout de suite mis en concurrence avec Facebook. C’était l’un ou l’autre.
Avec quelques mois de recul, force est de constater que ces services coexistent de façon pacifique. Chacun trouve petit à petit sa place: Linkedin pour les pros, Facebook pour se détendre, Google+ pour projeter une image plus sérieuse.
Davantage de choix, est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour les utilisateurs? Pour ceux qui veulent exister sur toutes les plateformes, chaque réseau est une complication supplémentaire. Les autres, eux, choisiront le service qui correspond le mieux à leurs besoins, et accepteront de laisser, pour une fois, un peu de vide planer dans le monde numérique.
INTERVIEW
Directeur d'Opus One, Vincent Sager est passé de l'"age de pierre" informatique au streaming.
Libraire, journaliste, mais très tôt aimanté, en tant que Nyonnais, par Paléo, Vincent Sager est entré dans l’organisation du festival en 1997. Avant d’intégrer, à l’invitation de Daniel Rossellat, la société Opus One, l’un des plus gros organisateurs de concerts et de spectacles en Suisse. Directeur d’Opus One depuis 2004, cet homme de communication est bien sûr un familier des nouvelles technologies numériques. Pas si nouvelles que cela d’ailleurs, à l’écouter…
Votre premier contact avec un ordinateur, vous en souvenez-vous?
Avant mes 10 ans, mon père travaillait dans l’informatique et il y a eu très tôt un ordinateur à la maison. Le premier qui nous était dévolu à mon frère et à moi, c’était un Texas Instruments qui utilisait un lecteur de cassettes pour lire et enregistrer des programmes. L’âge de la pierre…
Votre premier lecteur de musique portable?
Un walkman qui lisait des cassettes, puis j’ai eu (ou emprunté, je ne me souviens plus) un lecteur portable de CD, aux alentours de 15 ans. Ça changeait déjà la vie, le son commençait à ressembler à quelque chose de sérieux, par rapport aux cassettes.
Votre premier téléphone portable?
En 1997, un Motorola qui se pliait en deux et me semblait incroyablement petit. Rétroactivement, il était plus petit qu’un smartphone, mais faisait nettement moins.
Votre premier SMS?
A la même époque, par hasard. En fait, j’ai dû attendre d’en recevoir un pour comprendre qu’on pouvait en envoyer.
Votre premier courriel?
Même époque, entre 97 et 98. Au Paléo Festival, où je travaillais à l’époque, il y avait une seule et unique adresse e-mail et tous les messages arrivaient sur l’ordinateur de l’informaticien. Si on recevait un courriel – ce qui arrivait une fois tous les quinze jours – on se déplaçait chez l’informaticien pour le lire et y répondre.
Votre première discussion sur Skype?
Il y a moins d’un an.
BlackBerry ou iPhone?
iPhone.
L’appareil dont vous ne pouvez plus vous passer?
Celui-là, justement.
L’appareil dont vous vous passeriez volontiers?
Le même, à certains moments…
L’appareil que vous utilisez le plus souvent dans votre travail?
Mon ordinateur, suivi de mon iPhone.
Et dans vos loisirs?
La fonction photos de mon iPhone, et mon ordinateur pour la musique.
Combien de numéros dans votre téléphone portable?
Je ne sais pas, mais 1500 contacts, donc au moins autant de numéros.
Combien d’amis sur Facebook?
Six cents et quelques.
Combien de chansons dans votre iPod/baladeur MP3?
Pas loin de 20 000, mais j’ai encore des piles de CD que je me promets régulièrement de numériser un jour.
Combien de photos sur votre ordinateur?
Environ 15 000, et il y a vraiment à boire et à manger. Un rien de tri et il devrait en rester 500.
Plutôt iTunes ou, bientôt peut-être, Spotify?
iTunes depuis passablement d’années. C’est quand même incroyablement pratique. Et Spotify depuis ce week-end… J’ai fait quelques tests et trouvé immédiatement des morceaux que je pensais perdus à jamais. Assez bluffant.
Tags: nouveautés multimedia, appareils photos, hybrides, photographie,
|