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Le Douanier Rousseau: Le peintre ami des peintres

Par Mireille Descombes - Mis en ligne le 03.02.2010 à 16:14

A Bâle, la Fondation Beyeler évoque la diversité et l’originalité de ce pionnier de l’art moderne qui a fasciné toute l’avant-garde du début du XXe siècle.

Aujourd’hui encore, cent ans après sa mort, découvrir Henri Rousseau reste une extraordinaire aventure. Longtemps on l’a dit naïf, et on le dit encore. Or cet autodidacte qui a travaillé comme employé à l’Octroi de Paris pendant plus de vingt ans – d’où son surnom de Douanier donné par Alfred Jarry - fut de fait un naïf extrêmement savant, inventif et sophistiqué. Rien à voir en tout cas avec le côté décoratif et joli, voire gentillet, souvent associé à ce genre artistique.

L’exposition de la Fondation Beyeler ne s’embarrasse pas de demi-mesures. A travers quarante œuvres majeures de diverses périodes, c’est donc à un «pionnier de l’art moderne» qu’elle rend hommage. Par le biais de confrontations bien choisies, l’accrochage montre que certains motifs - feuilles, arbres, soleil, personnages – ou même des éléments de composition tout entiers peuvent migrer d’une toile à l’autre. Conviant le visiteur dans l’intimité du faire, le parcours lui révèle également comment Rousseau, créant son espace de l’arrière vers l’avant par un empilement d’éléments picturaux, préfigure le cubisme et sa pratique du collage. «L’art du Douanier témoigne d’une très riche pensée visuelle et cette complexité n’a pas échappé à ses contemporains artistes, peintres aussi bien qu’écrivains, ajoute le commissaire Philippe Büttner. Très tôt, ils ont admiré la puissance de ses œuvres, Vallotton en tête. Henri Rousseau leur apportait quelque chose de neuf, un regard libéré de tout académisme. Il fut aussi l’homme qui a réintroduit l’imaginaire dans l’art du XXe siècle, après un impressionnisme essentiellement attaché à rendre le visible.»

Faussement banale et radicalement différente, la vie du Douanier ressemble à son œuvre. Né en 1844 à Laval, en Mayenne, et dans un milieu modeste, Henri Rousseau travaille d’abord comme commis chez un avoué. On ne connaît pas grand-chose de sa jeunesse sinon qu’il commet quelques larcins, s’engage dans l’armée pour échapper au bagne et se retrouve en 1868 à Paris où il s’installe et se marie. Après un premier emploi chez un huissier, il entre en 1871 à l’administration de l’Octroi, une institution ayant pour fonction de percevoir des taxes sur les marchandises qui entrent et sortent de la capitale.

Premiers tableaux. Rêvait-il depuis toujours d’être artiste? Là aussi, les données précises manquent. Il semble toutefois qu’il n’ait pas commencé à peindre avant la quarantaine. Dans ses premiers tableaux, il représente les paysages qu’il observe pendant ses gardes, des vues de Paris, les quais, le pont de Grenelle, des jardins et des parcs peuplés de rares et minuscules personnages souvent figés, comme lui, dans l’attente. Homme aux multiples talents, Rousseau écrit également des pièces de théâtre et joue du violon. Il a même composé une valse intitulée Clémence en l’honneur de sa femme qui mourra à 37 ans de la tuberculose. Elle lui avait donné sept enfants dont deux seulement survivront.

Ambitieux, ou simplement conscient de sa valeur, Rousseau très vite ne se contente plus du statut d’amateur. En 1885, il loue un atelier rue du Maine et expose pour la première fois avec le Groupe des Indépendants. Il veut devenir un peintre à part entière, et plus encore un grand peintre. Ses paysages ignorant les règles de la perspective illusionniste, ses portraits hiératiques peu soucieux des préceptes académiques et du respect des proportions étonnent le public qui s’esclaffe ou menace. Quant à la critique, elle oscille longtemps entre l’indifférence et l’ironie. «Rousseau peint des pantins comme un élève de l’école primaire qui n’a pas de disposition pour la peinture», écrivait encore Le Figaro en 1907, trois ans avant sa mort.

Le soutien de ses pairs. Les peintres et les écrivains d’avant-garde, en revanche, sont rapidement séduits par sa singularité et son indépendance. Si le Douanier Rousseau entre si vite dans l’histoire de l’art, c’est grâce à eux. Pissarro et Signac sont parmi ses premiers défenseurs. D’autres suivront. En 1891, Félix Vallotton consacre une critique enthousiaste à son tableau de jungle Surpris!, sa première toile exotique. «Il écrase tout. Son tigre surprenant une proie est à voir; écrit-il; c’est l’alpha et l’oméga de la peinture (…).» L’artiste suisse va plus loin. Son propre tableau Suzanne et les vieillards intègre très clairement la leçon de Rousseau dans sa façon un peu artificielle de traiter la lumière comme dans son utilisation tout à la fois précise et décorative d’une végétation plus imaginaire que réelle.

Par la suite, l’oeuvre du Douanier Rousseau - qui, muni de sa carte de copiste, allait luimême peindre au Louvre - devient un sujet d’inspiration pour des artistes aussi différents que Picasso, Joan Miró, le surréaliste Max Ernst, Diego Rivera et Frida Kahlo. Ils réalisent des variations autour de quelquesuns de ses motifs, parfois même le copient. Une réelle fascination dont témoigne de façon exemplaire Le mécanicien de Fernand Léger. Peinte en 1920, cette toile emprunte au Portrait de Monsieur X (Pierre Loti) d’Henri Rousseau non seulement la moustache et la position du bras du personnage mais également sa façon de tenir la cigarette entre le majeur et l’index.

Toujours en quête d’argent. Constamment endetté, sans cesse aux poursuites, le Douanier rencontre toute sa vie de gros problèmes financiers. Il se laisse même embarquer dans une affaire de faux à l’égard de la Banque de France, un mauvais pas dont il se tire avec un sursis en démontrant sa bonne foi et sa naïveté. L’admiration de ses pairs passe donc aussi bien par un soutien financier qu’artistique. Robert Delaunay, qui est l’un de ses plus actifs supporters, lui achète ainsi plus d’une douzaine de toiles. Autre hommage, significatif de sa grande admiration: il insère dans son tableau La ville de Paris (1910-1912) le motif du pont et du bateau à quai figurant à la gauche du tableau Moi-même: portraitpaysage de 1890.

Parmi les principaux admirateurs du Douanier, il faut aussi citer Pablo Picasso. En 1908, au moment même où s’invente le cubisme et alors qu’il vient d’acheter l’un de ses tableaux, le turbulent Espagnol organise en l’honneur du Douanier un mémorable banquet dans son atelier du Bateau-Lavoir à Montmartre. Parmi les convives, on y croise Georges Braque, André Derain, Max Jacob, et bien sûr Guillaume Apollinaire et Marie Laurencin dont Rousseau réalise à l’époque le célèbre portrait intitulé La Muse inspirant le poète.

Douanier dans la vie, Henri Rousseau devient ainsi passeur dans l’art. Même Kandinsky, dont l’esthétique et les préoccupations peuvent sembler aux antipodes des siennes, se disait stupéfait par son pouvoir expressif. Ce qui relie cet autodidacte à l’avant-garde du début du XXe siècle n’est ni un style, ni un contenu, ni une théorie. C’est une attitude, une liberté du regard, la volonté de rompre avec toute autre contrainte que celles du tableau. Bien que fasciné par le réalisme, Henri Rousseau fut un artiste entièrement guidé par l’imagination. Sa vérité n’a pas d’autres territoire et terreau que la toile. Ses fauves, ses jungles, ses villes, ses femmes mystérieuses, ses explorateurs et ses rêveurs ont tous les droits: ils sont peinture.

Riehen/Bâle. Fondation Beyeler. Du 7 février au 9 mai, tous les jours 10-18 h (me 20 h).

 

PROFIL

HENRI ROUSSEAU

1844 Naissance à Laval.

1868 S’installe à Paris.

1871 Obtient un poste à l’Octroi.

1885 Première exposition publique.

1908 Banquet du Bateau-Lavoir.

1910 Meurt en septembre.




Tags: Douanier Rousseau, fondation Beyeler, exposition,

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Festival   



Samedi 15 octobre 2011 au Samedi 5 mai 2012
Hiver de Danses
«HIVER de DANSES» est un concept élargi pour la promotion de la danse contemporaine, dans la ligne et l’esprit du festival «neuchâtel scène ouverte» (2003-2010). Les détails des 10 week-ends figurent dans Temps libre sous la rubrique «Danse»
En Ville, Neuchâtel
Rens./Loc.: 032/730 46 65

Théâtre / Opéra / Danse   



Lundi 26 décembre 2011 au Lundi 2 janvier 2012
Opéra de Lausanne - La Grande-Duchesse de Gérolstein de Jacques Offenbach
Opéra bouffe - Direction musicale Cyril Diederich / mise en scène Omar Porras / avec: B. Uria Monzon, L. Guillod, S. Guèze, S. Patterson, F. Longbois, J.-P. Lafont, Sinfonietta de Lausanne, Choeur - Nouvelle production de l'Opéra de Lausanne
Salle Métropole, Lausanne
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Vendredi 28 octobre 2011 au Samedi 31 décembre 2011
Frank V de Friedrich Dürrenmatt, traduction Jean -Pierre Porret et Jean-Roger Caussimon, musique de Paul Burkhard, mise en scène: Gérard William
Comédie burlesque d'une banque privée. On y joue,chante et danse. Pour Dürrenmatt, c'est une vraie jubilation de caricaturer l'arrogance des banques. Par sa musique, Paul Burkhard renforce l'esprit satirique de la pièce et la rend cocasse
Théâtre de Colombier, Colombier
Rens./Loc.: 032 841 44 44 - Pharmacieplus de Colombier, rue H

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Samedi 31 décembre 2011
Dîner-Spectacle de Nouvel An
Dîner-Spectacle en compagnie des artistes du Cirque de Noël. Disco et animations musicales avec le groupe Popcords.
Place d'Armes, Moudon
Rens./Loc.: 079 384 30 66
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Chanson - Variété / Café-théâtre   



Mercredi 28 décembre 2011 au Dimanche 15 janvier 2012
On Mouille! - La Croisière de l’Helvetia
L’Helvetia, fleuron de la flotte suisse, avec ses cabines de luxure, ses hublots avec vue sur la politique cantonale et fédérale, son pont V.I.P, son grand cabaret, son terrain synthétique de foot ou encore ses boutiques avec défilé de mode...
Salle de la Fontenelle, Cernier
Rens./Loc.: Banque Raiffeisen de Cernier au 032 858 24 33

Classique   



Jeudi 27 octobre 2011 au Vendredi 11 mai 2012
Saison 2011/2012 de la Société de Musique de La Chaux-de-Fonds
Les meilleurs interprètes de la scène internationale s’arrêteront à la Salle de musique, le temps d’illuminer de leur talent une acoustique internationalement reconnue, génératrice de miracles d’inspiration.
L'Heure Bleue - Salle de musique, La Chaux-de-Fonds
Rens./Loc.: 032 967 60 50
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Jazz / Rock / Musique du monde   



Samedi 25 février 2012
SAMUEL BLASER Consort in Motion
Samuel Blaser se partage entre New-York et Berlin. Excellent technicien, il utilise pleinement les ressources de son instrument avec beaucoup de finesse et sans ostentation.
Théâtre du Pommier, Neuchâtel
Rens./Loc.: 032/725 05 05
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Samedi 31 décembre 2011
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Le 31 décembre 2011, le Bleu Lézard s'enflammera sur deux étages aux ambiances festives garanties !

Bleu Lézard, Lausanne
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Exposition des estampes recentes de Francis Baudevin, Erica Baum, Stephane Dafflon et Alex Hanimann realisees ö l'Atelier Raynald Metraux
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Jeudi 8 mars 2012
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20h30 Salle de la Douane 30 séries à CHF 15.-
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Vendredi 20 janvier 2012 au Vendredi 16 mars 2012
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LECTURE-PROMENADE-FONDUE

Texte : Jack London
Traduction : Christine Le Bœuf
Conception et jeu : Jean-Louis Johannides

Par la Cie En déroute, en partenariat avec Arc-en- scènes et la Métairie « Les Gümmenen »
Centre de culture ABC, La Chaux-de-Fonds
Rens./Loc.: 032/ 967.90.43
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