Le fabuleux destin de Sophie Hunger

Mis en ligne le 25.09.2008 à 00:00

Avec son deuxième album, la Zurichoise de 25 ans fait mieux que confirmer. Monday's Ghost dévoile un univers riche et original, plein d'un charme magnétique et d'une écriture maîtrisée. Elle invite Stephan Eicher pour un duo aux airs de classique.

L'Hebdo; 2008-09-25

Le fabuleux destin de Sophie Hunger

CHRISTOPHE SCHENK

Avec son deuxième album, la Zurichoise de 25 ans fait mieux que confirmer. Monday's Ghost dévoile un univers riche et original, plein d'un charme magnétique et d'une écriture maîtrisée. Elle invite Stephan Eicher pour un duo aux airs de classique.

Lausanne, mars 2007. Sur la scène du Bourg, une silhouette frêle et timide fait son apparition. Une chanson plus tard, un silence quasi religieux s'est installé dans la salle. Dans leurs fauteuils de moleskine, les spectateurs ont compris que quelque chose d'unique se déroulait. La Zurichoise Sophie Hunger n'a que 24 ans et un album au compteur, mais la magie prend, naturellement.

Un secret dévoilé. Un an et demi plus tard, la jeune femme n'est plus une inconnue. Météorite apparue dans le ciel helvétique, elle fascine avec ses chansons tout en cultivant le mystère sur son histoire. Née Emilie Welti, elle est devenue Sophie Hunger, s'offrant comme une seconde naissance. D'un concert à l'autre, son aura n'a cessé de grandir. Et le bouche à oreille a fait le reste. «Le secret le mieux gardé de Suisse», comme l'écrivait L'Hebdo en janvier 2007, est désormais sur toutes les lèvres. Son premier album, Sketches on Sea, séduit toujours, son apparition dans le film Der Freund l'a révélée au grand public et son concert au Montreux Jazz Festival a laissé hagard un Miles Davis Hall qui attendait Camille. Jusqu'à se faire inviter par la Française à l'accompagner sur certaines dates de sa tournée européenne.

Le fabuleux destin de Sophie Hunger est en marche. Mais la chanteuse zurichoise ne s'endort pas sur ses lauriers. Lumineuse sur scène, elle est adepte d'une timidité bûcheuse en coulisse. Ses chansons, elle les a laissées mûrir pendant près de deux ans, multipliant les concerts en Suisse et à travers l'Europe. Cette maturité se ressent dès les premières mesures de Monday's Ghost. Débutant sur quelques accords limpides de guitare acoustique, Shape dévoile une voix qui distille subtilement ses effets, tandis que lui répondent trombone et écho électrique lointains. Un velours délicat qui se gondole dans sa deuxième partie, entre claquements de mains et tempo plus enlevé, pour un finale débridé du plus bel effet.

De la scène au disque. Ouverture idéale, ce titre est à l'image d'un album qui alterne ballades touchantes (mention au superbe Walzer für Niemand) et chansons plus rythmées. En quatorze titres et un peu moins d'une heure, Sophie Hunger démontre l'étendue de sa palette musicale, transposant sur disque le charme entrevu sur scène. «Plusieurs chansons ont d'abord été jouées en concert, raconte-t-elle. Au moment d'entrer en studio, il s'agissait alors de trouver la meilleure manière de les enregistrer.» Conçu entre Lausanne et Bruxelles, Monday's Ghost a pu profiter pour sa production des talents d'orfèvre de Marcello Giuliani. Le bassiste d'Erik Truffaz - entendu également aux côtés d'Etienne Daho - s'impose comme un réalisateur sonore hors pair qui a su saisir la personnalité de la chanteuse, entre timidité apparente et assurance mélodique. Sous ses doigts, chaque instrument trouve un relief propre, façonnant un équilibre délicat; des murmures intimes ou des atmosphères plus amples.

«Enregistrer et jouer sont deux choses totalement différentes, explique Sophie Hunger. Certaines choses qui fonctionnent sur scène ne marchent pas sur disque. Il faut donc trouver une nouvelle manière de jouer.» De l'instrumentation élégante de Drainpipes au pont médian de la rhapsodie Rise and Fall, l'écriture s'étoffe sur Monday's Ghost. La chanteuse zurichoise irradie littéralement, soutenue par des musiciens devenus partie intégrante de son univers. Le trombone de Michael Flury insuffle des accents jazz atypiques, tandis que le multi-instrumentiste Christian Prader colore les mélodies par petites touches, d'une flûte à l'onirisme suranné à des guitares claires et aériennes.

Mais si l'ensemble impressionne par sa cohésion, la spontanéité qui fait le charme de la chanteuse ne disparaît pas pour autant. Sur Sophie Hunger Blues, elle s'embarque dans une mélopée mutine et frénétique, seule avec sa guitare acoustique. Torrent folk pour diva gouailleuse, la ballade se délite sur un rythme mouvant, sur le fil, traversée par quelques hésitations touchantes. «Je ne veux pas tout contrôler non plus, justifie-t-elle. J'aimais bien cette prise et ne voyais pas de raison de la refaire.» Capturé durant une résidence à Romainmôtier, ce faux blues laisse même entendre quelques rires lointains.

La magie Eicher. Constant et maîtrisé, Monday's Ghost recèle également des surprises pour ceux qui connaissent déjà l'univers de la musicienne. Electrifiant son écriture, Sophie Hunger dévoile ainsi son versant rock, batterie en avant et mélodies émancipées. De brûlots énergiques (The Boat Is Full, Round and Round) en pop-songs dynamiques (House of Gods, Teenage Spirit), l'incursion impose une variation des tempi vivifiante à l'album, dans le même temps qu'elle ouvre de nouvelles perspectives.

Mais la plus belle surprise se cache sur la dernière piste de Monday's Ghost. Morceau phare des concerts de Sophie Hunger, Spiegelbild accueille un invité de marque: Stephan Eicher. Le Bernois y renoue avec le suisse allemand, pour une ballade poignante, tout en retenue. Celui qui avait invité la chanteuse à assurer sa première partie au Bataclan offre ici l'une de ses plus belles interprétations.

«C'est Franz Treichler, des Young Gods, qui m'a donné le premier album de Sophie, raconte-t-il. J'ai ensuite passé une nuit entière à l'écouter, un grand sourire apaisé sur mon visage.» Jeu de miroir vocal, Spiegelbild l'est également dans ses paroles, dialogue mélancolique entre reflet fantasmé et réalité. Surtout, la chanson touche par sa manière de réunir deux voix d'exception, qui se répondent et se complètent. «J'étais curieux de savoir comment elles pouvaient se marier, explique Eicher. Ce n'était pas facile de trouver le ton juste, le phrasé pour rendre cette idée de miroir.»

Fascinant, presque mystique, le résultat est à la hauteur de son casting. Jusqu'à conférer au duo des airs de classique pour la musique suisse, mariant le plus célèbre de ses représentants à la plus prometteuse de ses descendantes. Ce magnétisme n'épargne pas Stephan Eicher, qui avoue rougir aujourd'hui encore à l'écoute de cette chanson. Peutêtre le plus beau compliment pour une chanteuse qui porte en elle les espoirs de la scène helvétique, jusqu'à convaincre le géant Universal de publier son album en début d'année prochaine pour une sortie internationale. Avec Monday's Ghost, Sophie Hunger signe l'un des meilleurs disques suisses de ces dernières années et son futur semble aussi radieux que son sourire lorsqu'elle s'empare de la scène.

SOPHIE HUNGER

Deux ans après un premier album remarqué, la chanteuse suisse transforme l'essai avec Monday's Ghost, nouveau disque lumineux.

NELLY RODRIGUEZ

À VOIR

Pully. Théâtre de l'Octogone. Sa 15 novembre.

Onex. Festival Les Créatives. Ve 21 novembre.

À ÉCOUTER

Monday's Ghost. Two Gentlemen/ Irascible. Sortie le 3 octobre.

«J'ai passé une nuit entière à écouter le disque de Sophie, un sourire apaisé sur mon visage.»

Stephan Eicher

GAETAN BALLY KEYSTONE

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