EXPOSITION
Le faux parfait de Vevey

Par Luc Debraine - Mis en ligne le 22.08.2012 à 13:31

Le Musée des beaux-arts d’Ajaccio consacre une exposition aux primitifs italiens où la peinture vedette est une copie – reconnue comme telle – issue du Musée Jenisch.

Cet été, le Musée des beauxarts d’Ajaccio, en Corse, rend hommage aux peintres primitifs italiens (XIIIe-XVe) en s’interrogeant sur l’authenticité des œuvres qui sont parvenues jusqu’à nous. La redécouverte au XIXe siècle des Giotto, Cimabue, Masaccio, Duccio ou Lorenzetti a encouragé une intense production de faux tableaux destinés au marché de l’art. Ces falsifications ont accentué les problèmes d’attribution de ces panneaux primitifs, dont beaucoup étaient produits en série dans les ateliers des maîtres, dès qu’une œuvre avait du succès. Parfois, la peinture était authentique, mais la signature fausse. Ou elle était repeinte pour mieux s’aligner avec le goût d’une époque donnée, par exemple la fascination pour le gothique au XIXe siècle.

Bref, l’exposition Vrai? Faux? Le primitif italien était presque parfait s’intéresse aux limites entre l’œuvre et son double, l’original et la copie, l’authentique et le frauduleux. Ce fascinant voyage dans l’évolution du goût s’appuie sur la riche collection de primitifs du musée corse, issue des collections du cardinal Fesch, l’oncle de Napoléon. Mais aussi sur des prêts accordés par des institutions françaises, italiennes et suisses. Parmi ces dernières, le Musée Jenisch a fourni le plus beau vrai faux de l’exposition, celui qui lui sert de couverture de catalogue et d’affiche. «Ce portrait de jeune homme» est peint à la manière de l’école lombarde. Mais il date de 1900 environ. Son style, son ornementation, son élégance et l’expression triste du jeune homme sont destinés à plaire aux amateurs du mouvement préraphaélite, en vogue dans la seconde moitié du XIXe siècle. Le portrait illustre aussi le changement de statut des faux, dont les musées avaient autrefois honte, mais qui sont aujourd’hui considérés d’un œil neuf, notamment pour leur portée pédagogique. Ou pour leurs qualités propres. «A la limite, mieux vaut avoir le meilleur des faux que le moins bon des vrais, sourit Dominique Radrizzani, le directeur du Musée Jenisch. Comme disait Cocteau, l’art est un mensonge qui dit la vérité. En l’occurrence, les choix de style, de matériaux, d’expression de ce tableau en disent long sur ce qu’était cet art de la Renaissance. Dans ce sens, il est plus vrai qu’un vrai!»

L’exposition corse puise également dans les collections du Musée d’art et d’histoire de Genève, en particulier une donation de 1937 qui s’est rapidement révélée contenir de faux primitifs italiens. Mais elle a été conservée, et prouve aujourd’hui toute son utilité.

Ajaccio, Palais Fesch, jusqu’au 1er octobre. www.musee-fesch.com
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