L’histoire de Facebook est celle d’une vaste arnaque. Du vol effronté d’une propriété intellectuelle. Et Mark Zuckerberg, le patron révéré du réseau social mondialisé, n’est pas un inventeur génial mais un voleur sournois. C’est du moins ainsi que les jumeaux Tyler et Cameron Winklevoss voient les choses.
«Marc Zuckerberg est dénué de tout scrupule, il est prêt à tout pour entuber son prochain», assure Cameron. Et son frère Tyler insiste: «Nous n’allons pas le laisser s’en tirer comme ça.» D’après eux, ils auraient été volés, dépouillés d’une chance unique de laisser leur nom dans l’Histoire.
C’était en 2003. Les jumeaux avaient engagé leur camarade de Harvard Marc Zuckerberg pour qu’il finisse de programmer le réseau social en ligne qu’ils bricolaient. Après avoir enregistré leur idée et reçu le plan d’affaires, Zuckerberg lançait son propre site: Facebook, qui rassemble actuellement plus de 500 millions d’utilisateurs et pèse entre 20 et 30 milliards de dollars.
Ce qui fait qu’aujourd’hui, lorsqu’il voient que Zuckerberg est inlassablement célébré comme un génial inventeur, les frères Winklevoss ne peuvent s’empêcher de protester: «Mais c’est nous, les génies!»
Film de David Fincher. Et ils n’oublient pas. Au contraire. D’autant que le réalisateur David Fincher vient de faire de la saga de Facebook un film qui arrive sur les écrans ces jours-ci. L’histoire du réseau social, de Zuckerberg et des frères Winklevoss y est relatée sous la forme d’une aventure où se mêlent haine et trahison. Sauf que la réalité pourrait être pire que cette fiction de deux heures. La rancune des jumeaux dure en effet depuis plus de six ans.
Tyler et Cameron n’ont pas attendu la sortie du film pour réagir. Ils l’avaient fait tout de suite et, il y a deux ans, obtenaient une indemnité de 65 millions de dollars. Un indemnité insuffisante: la procédure continue. Car il n’est pas question que d’argent, mais également de la paternité d’une idée qui, au fil des ans, s’est muée en une gigantesque expérience sociale.
Facebook a fait de Mark Zuckerberg le plus jeune milliardaire de la planète. Mais qui est ce jeune homme de 26 ans à la chevelure bouclée? Certains voient en lui un second Bill Gates, un fondu d’informatique timide et à l’intelligence hors du commun. Un gars qui collectionnait les prix scolaires en maths et en astronomie tout en fonctionnant comme capitaine de l’équipe d’escrime. Un type qui croit si passionnément en son entreprise qu’un jour il refusa une offre de rachat d’un milliard de dollars comptant.
Mais est-il plutôt ce sociopathe, ce misanthrope perfide que décrivent les frères Winklevoss et dont feront bientôt connaissance, par millions, les spectateurs attendus aux projections de The Social Network?
Encensé par beaucoup de critiques, le film commence par une dispute entre Zuckerberg et sa copine. Elle lui dit: «Tu vas faire ta vie en t’imaginant que tu as des problèmes avec les filles parce que tu es un génie en informatique. C’est faux: c’est parce que tu es un trou du cul.»
Pour les frères Winklevoss, ce film est encore beaucoup trop bon avec Zuckerberg: «Le personnage vit un combat intérieur et trahit des moments de remords, raconte Cameron. Or, au cours de toutes ces années, le Zuckerberg que nous connaissons n’a jamais laissé transparaître un tel sentiment.» Le personnage antipathique du film serait «une variante plus présentable de la réalité».
Facebook ne s’exprime pas en détail sur le film et Zuckerberg n’a pas intenté d’action en justice. Il s’est borné à parler de «pure fiction». Le fait est que le film de Fincher ne prétend pas faire œuvre historique. Et le livre sur lequel il se fonde, The Accidental Billionaires de Ben Mezrich, revendique un caractère de fiction. Mais, à y regarder de plus près, tout indique que l’image du personnage central est correcte.
Fils d’un dentiste, Mark Zuckerberg grandit à Dobbs Ferry, une banlieue huppée de New York. Ado, il écrit un programme qu’il appelle ZuckNet qui transfère des informations entre l’ordinateur du cabinet et ceux de la maison, un peu à la manière d’AOL Instant Messenger qui verra le jour un an plus tard.
Quand il arrive à Harvard en 2002, après quelques années d’internat, il est déjà précédé d’une renommée de programmeur de talent: en guise de travail scolaire, il avait écrit un programme si génial qu’AOL et Microsoft étaient prêts à l’engager tout de suite. A l’Université, en revanche, il se fait rapidement une réputation de hacker et le rectorat lui passe un savon.
Pendant ce temps, les frères Winklevoss s’échinent à créer un site internet appelé Harvard Connection, censé mettre les étudiants en réseau et servir en même temps de site de rencontres. Mais il leur faut un bon programmeur. A l’automne 2003, ils s’adressent à Zuckerberg qui accepte une collaboration et, du coup, se voit confier par les deux frères toutes les données utiles, y compris le business plan.
Indignation. En janvier 2004, le programmeur assure qu’il est près de conclure. En réalité, non seulement il ne livre pas son travail comme convenu mais, le 11 janvier, il acquiert le nom de site thefacebook.com et, le 4 février, il le lance publiquement. Indignés, les frères Winklevoss demandent à l’université d’intervenir.
«Pour nous, les choses sont claires: le premier qui a l’idée d’un tel site a gagné, peu importe qu’un autre y apporte des améliorations. Zuckerberg ne nous a pas seulement piqué notre idée, il nous a empêché de la réaliser et nous a induits en erreur.» Les jumeaux poursuivent la procédure car les options sur actions Facebook qui leur ont été proposées en guise d’indemnité valent beaucoup moins que ce que Zuckerberg promettait: «Il nous a escroqués une seconde fois.»
Et ils ne sont pas les seuls. D’autres de ses camarades de Harvard se sont fait rouler et lui vouent une rancune tenace. Pour l’un d’eux, qui préfère rester anonyme, c’est par une étrange ironie que Mark Zuckerberg est devenu le roi du réseautage social: «Au fond, il n’avait pas d’amis et les filles le considéraient comme un loser.» Peutêtre. Mais il a gagné des millions d’amis virtuels sur la toile.
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©DER SPIEGEL. TRADUCTION ET ADAPTATION GIAN POZZY
Facebook en 3 chiffres
500 mio d'humains possèdent un compte Facebook
2,3 mio de Suisses sont utilisateurs
1700 le nombre d'employés de la société.
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