«Nous sommes au cœur de la plus grave crise financière qui se soit produite depuis les années 30», affirme d’emblée le célèbre financier dans l’introduction à ce petit livre publié en 2008.
L’investisseur à succès – fondateur du fonds Quantum et philanthrope actif dans nombre de pays d’Europe de l’Est – reconnaît lui-même qu’il est plutôt considéré comme un philosophe raté.
Il n’en renonce pas pour autant à exposer une nouvelle fois sa théorie de la réflexivité, déjà développée dans L’alchimie de la finance. Et pour cause: il estime que la très grave crise qui secoue le monde depuis 2007 constitue un bel exemple de la validité de ladite théorie.
Faillibilité radicale. George Soros s’inscrit en faux contre la théorie des anticipations rationnelles des agents économiques, censés disposer d’une information parfaite, ou qu’ils sont, à tout le moins, capables d’interpréter pour analyser correctement la réalité.
«La vérité est que les acteurs sont incapables de fonder leurs décisions sur la connaissance.» Ce, parce que la réflexivité existe; soit une relation entre les opinions des acteurs économiques et la réalité.
Selon l’auteur, «l’idée fausse selon laquelle les marchés finissent toujours par “avoir raison” nous vient justement de leur capacité à affecter les fondamentaux qu’ils sont censés refléter».
Bref, l’homme étant partie prenante de la réalité qu’il tente à la fois d’observer et de manipuler, il est victime d’une «faillibilité radicale». En quelque sorte, ses actions tiennent plus de gestes d’apprenti sorcier que de sage informé...
Et George Soros d’affirmer: «La croyance que le marché tend vers l’équilibre a donné naissance à des politiques consistant à laisser les marchés livrés à eux-mêmes. Ce dogme, que j’appelle fondamentalisme de marché, ne vaut pas mieux que le dogme marxiste.»
Superbulle. De fait, cette croyance a nourri depuis le début des années 80 le gonflement d’une superbulle. Elle a été alimentée par trois grandes tendances: l’expansion illimitée du crédit, une innovation financière débridée et la mondialisation des marchés financiers. L’éclatement de cette mégabulle a provoqué la crise qui dure maintenant depuis plus de quatre ans.
Comment en sortir? Après avoir dynamité les théories économiques les mieux établies – et les modèles mathématiques de calcul des risques qu’elles ont permis de construire – George Soros annonce une «période de fortes incertitudes» et plaide modestement pour «un effort collectif pour mieux comprendre la condition de l’homme».
Pas étonnant qu’ils soient très nombreux à le cantonner au rôle de philosophe raté.
Autre ouvrage sur ce thème: «Too big to fail - The inside story», Andrew Ross. Penguin, 640 p. 2011.
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