Page n°2
|
Un savant dans l’empire de la négociation. Gordon Mathews, anthropologue à la Chinese University de Hong Kong, a fait des Chungking Mansions son terrain de recherche. Durant quatre ans, il a logé deux jours par semaine dans différentes pensions pour observer la «globalisation par le bas».
Celui qu’ici on appelle «professeur» explique comment la proximité des villes usines du sud de la Chine, et la politique relativement lâche de Hong Kong en matière de visas et de taxes douanières, ont permis le développement d’un flux transnational de biens et de personnes entre l’Empire du Milieu et les pays en développement. «La plupart des gens qui viennent ici sont des entrepreneurs d’Afrique subsaharienne, qui arrivent avec leurs habits pour seul bagage et repartent avec des sacs remplis de 250 à 300 téléphones portables», note-t-il. Un transit de masse qui ne concerne pas seulement l’Afrique et les téléphones portables. Gordon Mathews estime que, chaque jour, 10 000 personnes de plus de 120 nationalités différentes passent par là.
Parmi eux, quelques requérants d’asile, que le professeur rencontre les samedis pour des cours d’anglais d’un genre particulier. Plutôt que de parler grammaire, ils discutent des événements qui font l’actualité locale et internationale. «Seraitil bien que la police secrète de Hong Kong parle mieux anglais? Ne croyez-vous pas qu’elle pourrait alors arrêter plus de monde?», lance Gordon Mathews en guise d’introduction. S’en ensuit un débat sur les barrières de langue. L’une des raisons pour lesquelles la police locale s’aventure rarement dans ces lieux. Et, lorsqu’elle le fait, le réseau social fonctionne comme un flux capillaire. Aussitôt, les téléphones portables sonnent et les travailleurs illégaux se dispersent. «La police ne peut pas faire grand-chose. Les triades non plus, parce qu’elles ne parlent pas anglais», précise le professeur.
Tags: Hong Kong, Chungking Mansions,
|