Qui eût cru que des prénoms comme Emilienne ou Albertine reviendraient au goût du jour? Pareil pour les chapeaux. Le retour du melon semblait aussi improbable que celui des rondeurs sur les podiums de défilé. Et pourtant, il est là. Sur le crâne d’Agyness Deyn, le mannequin anglais au tempérament rock. Sur ceux des parisiennes girls de Sonia Rykiel (depuis deux ans déjà). Mais surtout sur les quais de gare, les escalators, les pavés et les rues de nos cités, en arrière des crânes juvéniles, sur l’occiput, pour encadrer plutôt que faire de l’ombre à un joli minois. Les coloris vont du noir traditionnel au rose dragée comme chez Rykiel. «Pour les femmes, le melon a quelque chose de sexy, il indique aussi un jeu avec Londres: c’est comme porter l’Union Jack sur le dos», s’amuse le styliste londonien de GQ France, James Sleaford. «Les hommes doivent par contre avoir une personnalité forte et excentrique pour arborer ce chapeau très traditionnel pas complètement suranné puisqu’on en aperçoit encore à Saville Row et à la City.»
Le fedora ou le trilby – qui se différencient l’un de l’autre par leur couronne respectivement plate ou busquée – devraient fédérer ceux qui osent moins. Couvre-chefs omniprésents des défilés printemps-été 2010 masculins (Etro, Dunhill, Prada, Iceberg, Alexander McQueen, etc.), ces chapeaux mous à bords étroits et creusés sur le dessus foisonnent dans les enseignes bon marché comme Zara et H&M autant que chez les marques de référence comme Stetson ou Borsalino. «Depuis deux ou trois ans, nous vendons entre trois et quatre trilby par jour», confirme Michel Curchod, de la boutique Coup de Chapeau, à Genève. L’abîme des prix est évidemment important entre les extrêmes de la confection chapelière. Le vite acheté, vite jeté de H&M est à 9 fr. 90; son alter ego de marque, à gar der toute une vie ou au moins une décennie, coûte lui entre 100 et 250 francs.
Porté en arrière. Les modèles de cet été, en paille, paille de chanvre, cisal, ou dralon, une matière synthétique de papy italien qui reverdit cette année, prennent de faux airs de panamas aux bords rognés. Ils se coiffent en blanc tape-à-l’œil, ornés d’un ruban grenat et marine pour une touche yachting, en paille faussement vieillie pour une dégaine plus campagne. Comme le melon, on les porte à l’arrière du crâne pour ponctuer, avec une dose de négligence étudiée, une silhouette de rockeur jeune, crâne et bohème.
«C’est sans conteste, analyse James Sleaford, un type de chapeau devenu populaire grâce aux nouveaux groupes à guitare. On les porte avec des jeans slim noirs, sur une silhouette effilée, digne héritière du travail d’Hedi Slimane chez Dior.» Rétro comme un disque des Strokes ou des Libertines.
Quoique d’une autre origine musicale, le pork pie des mods, du ska, de Madness et des Specials, dont la forme ronde et plate rappelle la tourte au porc anglaise, ainsi que, plus étrangement, le chapeau de yodleur et de vigneron suisses remportent également des suffrages auprès des jambes maigrichonnes. Nuance de position tout de même par rapport aux modèles précédents, puisqu’on ne le porte jamais en arrière, mais de traviole ou bien droit. Et pourquoi pas avec une paire de creepers léopard? L’actrice Mélanie Laurent photographiée pork pie, en tête, prouve aussi le caractère unisexe de ce feutre. Uniquement réservé aux filles, par contre, le diadème bibi en fleurs et voilettes enchantera les mariages estivaux.
Et les casquettes? Mais enfin monsieur, nous n’en vendons plus!
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