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Par Christophe Passer - Mis en ligne le 03.10.2012 à 13:25 |
Barack Obama, arrivant au pouvoir en 2008, l’espérait encore: inventer une main tendue. Pas une alliance, n’exagérons pas. Mais quelque chose de politiquement tenable parce que «bipartisan» – le terme fut employé – et donc adapté non seulement à l’époque et à sa gravité, mais aussi à l’esprit des pères fondateurs des Etats-Unis. Une sorte d’équilibre entre démocrates et républicains, où le perdant est un contre-pouvoir, mais dont l’aiguillon est utile parfois, voire constructif de temps en temps. Ce fut totalement et d’entrée peine perdue. La haine des républicains est telle envers ce président que c’est même le contraire qui s’est passé: une opposition systématique au Congrès, permanente, suicidaire en certains dossiers, au mépris complet de l’intérêt de 99% des citoyens. Cette dérive droitière vient de loin. Elle commence dans les années 60, quand le GOP (Grand Old Party) assied sa puissance sur l’esprit indépendant, entrepreneurial et violemment anti-Etat de l’Ouest. Les républicains l’additionnent d’un Sud états-unien qui fut longtemps démocrate mais se retourne au moment où Kennedy puis Johnson font voter dans les années 60 les lois antiségrégationnistes. La droite américaine voit l’ouverture, alors. Elle joue la «race». Elle vend alors beaucoup de son âme. Encore aujourd’hui, la virulence de l’amertume sur ce sujet est telle qu’elle explique en partie la façon dont Obama insupporte une grande partie du GOP. «Révolution conservatrice». Il faut pourtant attendre quelques think tanks des seventies pour arrimer tout cela à une idéologie et à une pensée économique présentable: Ronald Reagan sera le héraut de cette «révolution conservatrice» dès 1980. Baisse massive des impôts pour les plus nantis. Dérégulation où cela est possible. Moins d’Etat partout: l’Individu comme seul gouverneur et responsable de luimême. La parenthèse démocrate Clinton – si célébrée aujourd’hui – ne changea cependant pas grand-chose: le président avait beau laquer un vernis social, il était assez libéral sur le reste, ne revint pas en arrière sur l’économie débridée et la finance galopante. Quant à George W. Bush, il en vint à démontrer la nullité de l’Etat comme la preuve ultime et par l’absurde qu’il fallait moins d’Etat encore. Le Parti républicain en est là et c’est son problème: comment faire pour redevenir crédible alors que le dérapage continue sur une droite en union de circonstance: cela avec l’hystérie du Tea Party, le conservatisme religieux des évangélistes et mormons, l’argent-roi avec des bailleurs de fonds qui espèrent revenir aux délires financiers d’il y a peu. Pour s’en sortir, il faudrait aller au moins, un peu, vers le centre de l’échiquier politique. Mais les masses d’électeurs de la droite dure sont désormais telles que c’est l’inverse qui se produit: Sarah Palin il y a quatre ans, Paul Ryan aujourd’hui, sont supposés éviter une déculottée électorale en ratissant... le plus à l’extrême possible. Entre républicains et démocrates, le fossé est plus immense désormais que le Grand Canyon. |









