L'Hebdo;
2000-10-19 Le high-tech israélien séduit par la Suisse
Biotech Après SHL, Peptor devrait être la prochaine société israélienne à entrer au nouveau marché de la Bourse suisse. Mais la violence au Moyen-Orient menace ses plans.
S
i le nouveau marché de la Bourse suisse, qui fête ses seize mois, compte toujours attirer 20 cotations d'ici la fin de l'année, la montée de la violence au Moyen-Orient doit lui faire doublement froid dans le dos. Elle risque de tarir l'une de ses meilleures sources de nouvelles cotations. Après Oridion, Card Guard et SHL, en effet, la société israélienne de biotechnologie Peptor a choisi la Suisse pour entrer en Bourse dans les prochains mois, et deux start-up du même pays y pensent sérieusement.
Mais Peptor pourrait suspendre son agenda. Pas à cause de l'effritement des valeurs high-tech - dont souffrent davantage les entreprises d'Internet et des technologies de l'information, très exposées aux cycles conjoncturels, que les spécialistes des sciences de la vie, inscrits dans le plus long terme. Mais «les événements en Israël ne sont pas favorables», explique Christophe Lamps, de Rochat et Partenaires, chargé des relations de la société avec les investisseurs.
Peptor occupe actuellement 53 personnes à Rehovot, près de Tel-Aviv. Elle est sise dans le même parc industriel qu'Interpharm, la filiale de Serono, qui est adossée à l'Institut Weizmann, mondialement célèbre pour sa recherche de pointe dans les sciences de la vie. Sa vocation est de devenir «l'un des principaux producteurs de médicaments pour le traitement des maladies auto-immunitaires», comme l'explique Yoram Karmon, son directeur général, un vieux loup des biotech puisqu'il a travaillé des années pour la firme genevoise Serono comme directeur exécutif d'Interpharm. Peptor compte lancer en 2004 un médicament révolutionnaire pour le traitement du diabète de type 1.
Mauvais moment
Peptor craint-elle des attentats? Probablement pas directement, puisque la colère des Palestiniens n'atteint encore que les symboles de l'armée et du pouvoir et que, dans le passé, elle n'a encore jamais visé de cibles économiques. Mais l'instauration durable de l'état de guerre et la mobilisation des réservistes entraveraient évidemment les activités économiques du pays. De toute façon, «nous passerions notre temps à répondre à des questions sur les événements au lieu de parler de la société. Le moment est mal choisi pour faire une IPO (entrée en Bourse, ndlr)», commente Christophe Lamps.
Et que décidera SHL Telemedecine? Cette société de Tel-Aviv, qui emploie 335 personnes, avait annoncé le 8 octobre son entrée en Bourse à Zurich le mois prochain. Elle produit des systèmes de diagnostic à distance par téléphone pour les personnes fragiles du coeur ou des poumons. Oridion et Card Guard, les deux autres sociétés de technologie médicale (medtech) déjà cotées au SWX New Market, produisent aussi des appareils de diagnostic.
Mais pourquoi ces start-up choisissent-elles Zurich pour lever des fonds? Parce que ça marche. Les entrées en Bourse d'Oridion, d'Actelion ou de Biomarin, pour prendre des exemples dans le biotech, ont très bien réussi. «Chaque titre bénéficie d'une excellente visibilité, du fait que nous ciblons le medtech, le biotech et la microtechnologie», explique Robert Wyss, directeur du SWX New Market. Un argument crucial, comme le confirme Christophe Lamps. «A la Bourse de Francfort (320 cotations, ndlr) ou au Nasdaq, vous êtes la star d'un jour, et le lendemain, tout le monde vous a oublié. Des start-up allemandes commencent même à lorgner vers Zurich. Et de jeunes entreprises regrettent d'être entrées au Nasdaq ou au Easdaq au vu du potentiel du nouveau marché suisse.»
Deuxième explication, les capitaux affluent, si l'on pense notamment aux fonds en sciences de la vie de Lombard Odier, de Pictet, de BBBiotech, de la Bank am Bellevue, etc. En plus, «il y a beaucoup d'analystes spécialisés», comme le souligne Birgit Kulhof, de Lombard Odier.
Sur le fond, Robert Wyss, le directeur du nouveau marché de la Bourse suisse, semble donc avoir gagné son pari: marier les sciences de la vie avec la place financière suisse.
Chantal Thévenoz
Verra-t-on bientôt la cote de l'action Peptor affichée à la Bourse de Zurich?
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