On les observe comme dans une boule de cristal: à six mois des élections fédérales, les cantonales zurichoises du 3 avril sont attendues comme un baromètre du pays.
«Les partis interagissent dans un rapport de forces similaire, le clivage entre ville et campagne entre en jeu pareillement et le poids démographique du canton donne les tendances», explique le politologue George Lutz.
La dimension prédictive du vote zurichois, généralement avérée, s’explique aussi par la proximité chronologique. On attend des citoyens qu’ils conservent des préoccupations semblables jusqu’au vote fédéral.
Or, un seul événement peut aussi bien retourner les électeurs. Fin janvier, l’UDC auréolée du «martyre» de Hans Fehr – molesté par des militants d’extrême gauche – sortait vainqueur du premier sondage. A l’inverse, les Verts étaient censés refluer par rapport à leur succès de 2007.
Briser la formule magique? Ces prévisions parviennent de l’outre-tombe nucléaire. L’anxiété que répand l’accident de Fukushima semble capable d’ébranler la formule magique au Conseil d’Etat (deux UDC, deux PS, deux PLR, un PDC). La carte de la continuité du gouvernement, dont six des sept membres se représentent dans une collégialité affichée, pourrait ne plus convaincre.
Certes, le populaire conseiller national Mario Fehr devrait récupérer comme prévu le siège du camarade socialiste Markus Notter. Par contre, l’activisme nucléaire du Conseil d’Etat pourrait lui coûter son équilibre. Les électeurs devraient sanctionner ce gouvernement qui souhaite de nouvelles centrales, en actionnaire d’Axpo qu’il est (18,3%, plus 18,4% des services industriels).
L’atome fauchera-t-il la tête de Markus Kägi, directeur des Travaux, l’UDC qui siège au conseil d’administration d’Axpo a réaffirmé la ligne nucléaire. Sa popularité déjà faible pourrait tomber au point de laisser le Vert Martin Graf se hisser au gouvernement, ce qu’il avait manqué en 2007.
Au moment où nous mettons sous presse, c’est ce que confirme un nouveau sondage Isopublic. Incontestablement, la crise japonaise offre un regain à l’écologie. «Les citoyens sont préoccupés et les autres partis inconséquents: ils veulent attendre pour stopper le nucléaire, observer, analyser...», se dépite Esther Guyer.
Pour la cheffe de fraction des Verts, la politique environnementale du canton est déplorable. «Il prétend investir dans l’écologie, mais c’est le premier domaine à pâtir lorsqu’il faut assainir les finances. Les conseillers d’Etat sont démunis face à l’écologie, ils n’en ont aucune idée!»
L’alternative des partis neufs. Verts et Verts libéraux s’accordent sur ce point. Le parti fondé en 2004, qui a vu passer ses membres de 200 à 1200, connaît une ascension fulgurante. Bien que sans mot d’ordre officiel, il devrait apporter ses voix au Vert Martin Graf.
«C’est devenu difficile de promouvoir l’écologie, regrette Michèle Bättig, tête de liste verte libérale. En début de législature, le PDC et les pévangéliques soutenaient nos offensives, mais plus maintenant.» Par contre, stratégiquement, les Verts libéraux s’érigent en menace. Ils grignotent non seulement des parts aux Verts, aux libéraux-radicaux voire au PDC, mais ils attirent des électeurs neufs.
«Nous créons une niche entre écologie et libéralisme: autrefois, nos électeurs ne se reconnaissaient nulle part. Et nous apportons de l’air frais dans le paysage», estime le fondateur Thomas Maier.
Le caractère de nouveauté en regard des partis traditionnels joue un rôle notable. Le Parti Pirate, qui détient au conseil communal de Winterthur son tout premier élu de Suisse, le revendique aussi. Basé sur une seule idée – transparence des autorités et protection de la sphère privée – il mélange les positions sur les autres thèmes.
«Nous sommes avec le PLR sur le libéralisme social, avec le PS sur la formation, avec l’UDC sur d’autres thèmes», dit Michael Gregr, président des pirates zurichois. Au niveau cantonal, le parti n’atteindra sans doute pas le quorum de 5%, mais il pave le terrain pour octobre.
Quant au centre traditionnel, il n’en mène pas large. «Quel électeur peut dire la différence entre le PLR, le PDC ou le PBD?, questionne Georg Lutz. Il y a trop de partis à se partager le centre, pour un électorat qui n’augmente pas.» Le manque de profil sert l’UDC mais déjà plus le PS, avec un clivage villecampagne abyssal.
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