Paradis fiscaux
Le jeu de dupes continue
Par Matthieu Ruf, Yves Steiner - Mis en ligne le 24.03.2010 à 21:18
|
OFFSHORE. Paradis fiscal depuis trente ans, l’île anglo-normande de Jersey vit presque uniquement de la finance internationale, notamment de l’industrie des trusts. Reportage dans un haut lieu de la «planification» fiscale.
La salle des banquets de l’hôtel Pomme d’or, en ce midi du mardi 16 mars, est comble. Carafes d’eau cristallines, serveurs en costumes blancs, cliquetis d’argenterie: la Chambre de commerce de Jersey est réunie pour son lunch périodique. Bientôt, le brouhaha s’amenuise et les regards se tournent vers l’estrade: David Warr, vice-président de la Chambre, prend la parole. «Que ceux qui veulent payer plus d’impôts lèvent la main!» Eclat de rire général. Parmi ces quelque quatre cents représentants du gratin économique et financier de l’île, une seule main se lève: celle de David Bowen, 75 ans, ancien agent de change. Un socialiste parmi les banquiers? Le regard malicieux, David chuchote une explication à ses voisins: «J’aime payer plus d’impôts: ça veut dire que je gagne plus…»
Sous les applaudissements, David Warr cède sa place au conférencier du jour: Philip Ozouf, ministre du Trésor. Le thème de son discours? «Faire face au déficit.» Car le Gouvernement des Etats de Jersey, quoique bien moins touché par la crise que la plupart de ses homologues européens, souffre d’un manque à gagner évalué à une centaine de millions de francs suisses en 2010. Devant un parterre impassible, Philip Ozouf esquisse les mesures à prendre: chaque département devra réduire ses dépenses de 10% d’ici à 2013, particulièrement dans les coûteux domaines de l’éducation, des services sociaux et de la santé. Avec à la clé des suppressions d’emploi dans le secteur public et, «en dernier recours»… des augmentations d’impôts.
Tags: Paradis fiscaux, secret bancaire, île de Jersey,
|
|