Il est 8 h 15 ce mercredi du mois de mai. Chemise d’un blanc immaculé, pantalon noir et souliers de ville parfaitement cirés, René Kuhn ouvre la porte de son appartement lucernois «tip-top en ordre», un grand sourire aux lèvres. Sa fillette de 4 ans surgit dans le hall d’entrée, une bille lumineuse à la main. Moulée dans un jean et un pull-over blanc, une ceinture noire autour des hanches et un sautoir couleur or autour du cou, une jeune femme blonde fait son apparition. C’est Oxana, l’épouse russe de René Kuhn, exconseiller communal et ex-président de la section lucernoise de l’UDC. C’est elle et toutes ses compatriotes féminines qui, l’été passé, ont fait prendre conscience à l’informaticien que «de nombreuses Suissesses de gauche sont négligées et ressemblent à des épouvantails à moineaux qui déambulent en chiffon».
«C’est en revenant de trois semaines de vacances en famille à Krasnodar (en Russie, ndlr) que l’apparence de nombreuses femmes d’ici m’a choqué», explique René Kuhn, 43 ans, tout en envoyant son épouse aller préparer un thé pour son hôte. Ses observations et des descriptions fort peu galantes lancées sur son blog ont déclenché une telle polémique que le politicien a dû démissionner de toutes ses fonctions.
Mais les réactions outrées et la gifle reçue de son propre parti ne l’ont pas calmé. Au début de 2010, il a publié, à compte d’auteur, un livre de 228 pages pour développer ses théories et dénoncer la prise de pouvoir des féministes. Et, à la fin d’avril, il a lancé une communauté d’intérêts antiféministes (www.antifeminismus.ch) «forte de plus de 300 membres» assure-t-il. L’homme a aussi fait parler de lui à plusieurs reprises. Il a été accusé – et acquitté en février «au bénéfice du doute» – de s’être procuré illégalement les courriels d’un politicien socialiste d’origine sri-lankaise qui siège au Grand Conseil lucernois.
Amour-haine. Au fait, René Kuhn, pourquoi tant de haine envers les femmes? «Mais je n’ai pas de problèmes avec elles. Je les adore! Sans elles, je ne pourrais pas vivre. C’est l’idéologie que propagent les féministes qui m’horripile. Je la trouve fausse. Et, au regard des nombreux e-mails que je reçois, je constate que je ne suis pas le seul à penser ainsi. Je dis tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Je vis dans un pays libre et j’ai le droit de dire mon opinion!»
En vrac, le Lucernois reproche aux «épouvantails à moineaux» de vouloir plus de droits que les hommes, alors que, selon lui, les femmes en ont déjà plus que leur partenaire en cas de divorce, puisque ce dernier doit se saigner pour leur verser une pension alimentaire. Il leur reproche également d’avoir donné naissance à une génération qui ne sait pas s’occuper du ménage. Et de stigmatiser celles qui mettent leur féminité en veilleuse: «Les féministes ont le droit de faire ce qu’elles veulent, mais qu’elles ne viennent pas se plaindre de ne pas avoir les mêmes chances dans le milieu professionnel si elles se promènent habillées de sacs de pommes de terre!» Les chiffres sur les inégalités de salaires seraient «exagérés», donnés par «des bureaux de l’égalité qui n’emploient que 10% d’hommes». Il cite une étude allemande qui conclut que l’écart de salaire entre les deux sexes n’est que de 7%.
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