C’est maintenant ou jamais. Il attend, tapi au fond de l’armoire. Depuis quelques années. Elle préfère ne pas compter. Elle sait qu’il remplira ses promesses, qu’il l’enveloppera dans sa chaleur animale, qu’il saura la protéger quand mord le froid sibérien. Pourtant, elle n’a jamais osé l’enfiler, ce manteau reçu en héritage. Elle n’imagine pas l’emmener en ville, encore moins au bureau. Parce que personne ne comprendrait, même pas ses enfants. Surtout pas ses enfants. Elle hésite, la main sur ces poils soyeux. Il lui faudrait prendre son élan, s’y glisser comme si c’était tout naturel et sortir. Pas en ville, elle partirait dans la forêt où personne ne la connaît. Bien au chaud malgré la bise. Oh oui, et puis ses pas crisseraient sur la neige et l’hésitante se souviendrait de celle qui l’avait reçu. Elle n’en avait pas honte, elle. Avec son mari, ils avaient économisé pendant des années pour pouvoir se payer ce précieux manteau de fourrure. Quand elle le portait, cela sentait la fête, toute la famille venait la voir les yeux brillants. Sublime, elle riait de ses belles dents. Son mari lui rendait son sourire, béat, et l’emmenait à son bras. Ils avaient la fourrure fière. Toujours hésitante devant l’armoire, elle songe à ces lignes de l’écrivain Philip Roth: «C’est toute une affaire, pour l’ouvrier, d’acheter un diamant… Sa femme peut le porter pour la beauté de la pierre, et elle peut le porter pour le standing, et quand elle le porte, le gars n’est plus un simple plombier, c’est un homme qui a une femme qui a un diamant.» Un manteau de fourrure, c’était toute une affaire aussi. Mais elle n’ose pas. Alors elle ferme la porte.
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