|
Par Linda Bourget, Christophe Passer, Patrick Vallélian - Mis en ligne le 09.11.2011 à 13:59 |
Christophe Darbellay prend la parole ce vendredi soir 28 octobre 2011 dans la grande salle de conférence d’Espace Gruyère, à Bulle. Pas en tant que président national du Parti démocratechrétien (PDC), mais en tant que président suisse du 12e Salon des goûts et terroirs qui fermera ses portes le mardi suivant. Mais chassez le naturel, en l’occurrence la politique, et il revient au galop. «J’en profite pour saluer aussi les candidats», lance après quelques minutes de discours le Valaisan dont le parti a perdu des plumes lors des élections fédérales quelques jours plus tôt. «Parce qu’à Fribourg, c’est toujours la saison.» Dans la salle, la centaine de personnes présentes, des notables, des politiques, des exposants, des banquiers, des entrepreneurs, des journalistes aussi, éclatent de rire. Sûr de son effet, le président Darbellay poursuit: «J’ai d’ailleurs vu tout à l’heure Georges Godel (conseiller d’Etat sortant PDC) qui piaffe d’impatience de retourner dans les allées du salon. Et je le comprends…» Nouvel éclat de rires en présence d’au moins 10 des 12 candidats au gouvernement (dont les cinq conseillers d’Etat sortants qui se représentent), ainsi que de nombreux prétendants au Grand Conseil, tous à la pêche aux voix dans les manifestations publiques du canton jusqu’au dimanche 13 novembre, jour des élections. Un hasard? Pas vraiment. Cette année plus que jamais, les partis sont sur les dents. La faute à l’indépendant Pascal Corminbœuf, qui quitte le gouvernement pour profiter d’une retraite bien méritée et qui abandonne le septième siège, objet de toutes les convoitises, notamment de l’UDC qui se mobilise pour retrouver sa place au gouvernement, et du Parti socialiste, qui pourrait battre le PDC au Grand Conseil après son écrasant succès aux élections fédérales et qui veut placer trois des siens à l’exécutif. Dans ces conditions, le premier tour de l’élection au gouvernement pourrait aboutir dimanche à un ballottage général et ouvrir le bal des marchandages dans un canton qui se porte à merveille avec sa fortune de 817 millions de francs, son taux de chômage le plus bas de Suisse romande et sa croissance démographique (lire notre dossier du 8 septembre 2010 sur la «Fribourg Connection»). Mais voilà, paradoxalement, c’est au moment où les Fribourgeois s’illustrent sur tous les tableaux, grâce à Roger de Weck, nouveau patron de la SSR, à Alain Berset, candidat socialiste au Conseil fédéral, à Joseph Deiss, qui a présidé l’Assemblée générale de l’ONU, ou au dominicain Charles Morerod, nouvel évêque de Lausanne, Genève et Fribourg que le canton traverse une crise identitaire, déchiré qu’il est entre l’arc lémanique et Berne après des années de léthargie. Un défi auquel devra s’atteler le nouveau Gouvernement fribourgeois. Etat des lieux en cinq points. 01. Un canton écarteléLa décision des Chemins de fer fédéraux (CFF) fait un tollé dans la Glâne, le district qui s’étale au pied de Romont: dès 2013, le temps de parcours pour rejoindre Genève depuis le chef-lieu bondira de seize minutes, à 1 h 22. La mesure frappe à peine 80 pendulaires, derrière lesquels se soulève pourtant toute une région. «Avec ce genre de décisions, on a un peu l’impression que le canton disparaît entre Berne et Lausanne», lâchait ainsi David Fattebert, candidat Vert’libéral au grand Conseil, lors d’un débat de la Jeune chambre internationale de la Glâne. Une mise en abyme de ce sentiment d’effacement progressif qui taraude les Fribourgeois, écartelés entre l’arc lémanique et la capitale fédérale. Leur vie gravite de plus en plus autour de ces centres, tandis que leurs voisins vaudois et bernois sont de plus en plus nombreux à s’installer dans le canton (notamment en raison des prix du logement) en gardant leur travail à l’extérieur. En 2000, 19% de la population active travaillait hors du canton. «Nous pouvons imaginer que cette proportion atteint aujourd’hui le quart de la population», indique Pierre Caille, chef du Service de la statistique de Fribourg. Ainsi, les communes de la région de Morat, du sud du canton et de la Broye se gonflent-elles de Bernois et de Vaudois. Dans le modeste village de Montet, leur arrivée a fait doubler la population en dix ans. Cette force de gravité des centres voisins qui tend à étirer le canton, Pierre-Alain Rumley l’a mise en lumière il y a une année et demie dans les colonnes de L’Hebdo (édition du 22 avril 2010). L’ancien directeur de l’Office fédéral du développement territorial proposait alors un redécoupage de la Suisse en neuf cantons, dans lequel Fribourg était partagé entre Berne et Vaud. Une projection qui fait hurler des bords de la Sarine au sommet du Moléson. 02. Un centre à renforcerLe Conseil d’Etat est le premier à militer pour que le canton existe à travers un centre fort, et pour que le périmètre sur lequel il règne ne devienne pas le dortoir des villes voisines. «L’objectif de renforcer le centre du canton n’est pas vraiment atteint», reconnaît toutefois la chancelière Danielle Gagnaux. «Mais c’est essentiel. Cela permettrait par exemple aux concernés de gérer ensemble la mobilité qui est un grand défi dans l’agglomération fribourgeoise.» Du côté de l’Observatoire de l’économie, Paul Coudret renchérit: «Il s’agit d’une question existentielle pour le canton.» Un canton qui devra également remettre sur la table sa structure territoriale à terme, en revoyant par exemple le nombre de ses districts. Il en compte sept aujourd’hui. «La discussion sur les structures territoriales a été enterrée, mais elle reviendra inévitablement sur le tapis», abonde Danielle Gagnaux. «Aujourd’hui le plus petit district a 15 000 habitants et le plus grand 95 000. La question se pose de savoir si cette situation ne doit pas évoluer. Il faudra peut-être une autre approche.» Une approche à trois districts par exemple, Nord (Lac, Singine), Centre (Sarine et Broye), Sud (Glâne, Gruyère, Veveyse). 03. Une agglo impossibleFribourg, pourtant champion des fusions de communes, ne parvient pas à faire exister ce centre, étouffé sous un millefeuille administratif hallucinant: une commune, prise dans une agglomération (70 000 habitants), chapeautée par une préfecture, elle-même soumise au canton – à quoi s’ajoute bien sûr l’étage fédéral. Le syndic de Fribourg, Pierre-Alain Clément (PS), rêve pourtant d’une fusion, le Conseil d’Etat également, sans parler des milieux économiques. «Mais cela semble utopique», estime Erika Schnyder (PS), syndique de Villars-sur-Glâne, qui jouxte le chef-lieu. En cause? La hausse d’impôts que cela entraînerait pour ses concitoyens et ceux d’autres communes de la ceinture de Fribourg. C’est que cellesci ont su attirer riches entreprises et particuliers, alors que la Ville apparaît comparativement fauchée – mais néanmoins prétentieuse – en comparaison. Pour l’heure, il faut donc se contenter d’une agglo qui périclite depuis des années. Au point d’être parmi les trois seules agglomérations (sur trente) recalées par Berne en 2008, lors de la répartition du Fonds d’infrastructure fédéral. Un revers d’autant plus amer que l’agglomération bulloise, sa jeune et dynamique cadette, décrochait un soutien de 9 millions de francs. Posé au cœur de la ville de Fribourg comme une enclume de béton, le Théâtre de l’Equilibre, qui sera inauguré en décembre, incarne à lui seul toutes les difficultés du centre. Parce que son architecture insupporte les Fribourgeois. Parce qu’il coûtera 15 millions de plus que les 35 millions acceptés par les citoyens. Parce que sa première saison ne compte presque aucune production fribourgeoise, alors qu’il avait été vendu comme lieu d’accueil des professionnels de la scène régionale. Et que, bien évidemment, ce n’est la faute ni de la ville ni des communes partenaires aux commandes du projet. 04. Economie dynamique, mais...Plus de 4000 nouveaux habitants par an, soit une croissance de l’ordre de 1,5%. A ce train-là, Fribourg franchira le cap des 300 000 personnes en 2017. Un essor en forme de chance énorme pour son économie. Et de défi tout aussi considérable. «Il s’agit de maîtriser qualitativement cette croissance. Car depuis plus de dix ans, la croissance du produit intérieur brut (PIB) cantonal est la même que celle de la population», note Paul Coudret, coordinateur de l’Observatoire fribourgeois de l’économie. Or le canton rêve précisément de faire décoller un PIB par habitant qui lui fait honte: à 48 850 francs par an, il est en queue de peloton. «L’importance des flux de personnes qui habitent le canton mais travaillent à l’extérieur entraîne le développement d’une économie de type résidentiel», analyse Pierre Caille, chef du Service de la statistique. Dans le PIB fribourgeois, la construction (7%) et la distribution (de l’ordre de 13%) ont un poids considérable. Mais elles créent de l’emploi à faible valeur ajoutée. Créer de l’emploi qualifié pour les nouveaux venus reste donc un enjeu crucial pour le canton qui peine encore et toujours à nourrir ses enfants... Si 88% des Zurichois trouvent un premier emploi dans leur canton d’origine, ils ne sont que 44% à Fribourg. Pour cela, pas de miracles: il faut faire venir des sociétés d’ailleurs et stimuler la création d’activités localement. Pour les implantations, le canton fait partie depuis 2010 du GGBA, structure commune à Genève, Vaud, Fribourg, Neuchâtel, Berne et au Valais. Mais Fribourg peine à y exister aux côtés de ses voisins. Alors le canton tente de se faire plus beau, pour séduire des entreprises courtisées de toutes parts. PDC, PLR, UDC et milieux patronaux réclament davantage de baisses fiscales pour les entreprises. Dans son autoévaluation de la dernière législature, le Conseil d’Etat se targue pourtant d’avoir réduit cette charge de 20%. Pas suffisant pour les partis bourgeois qui estiment que le gouvernement peut faire plus en pointant du doigt la fortune cantonale. Le Grand Conseil a d’ailleurs voté l’an dernier une baisse fiscale de 200 millions d’ici à 2015. A gauche, le Parti socialiste vise en revanche davantage d’investissements. Notamment dans un métro qu’il rêve de voir traverser l’agglomération fribourgeoise, et dans les énergies renouvelables. 05. Une image à redéfinirUne réflexion plus fondamentale attend toutefois le canton s’il entend se vendre à l’étranger. «On ne peut pas clairement identifier Fribourg à un secteur économique particulier», résume Alain Riedo, directeur de la Chambre de commerce du canton. Un problème d’image, mais aussi de structure: si Neuchâtel a l’horlogerie ou Genève les banques privées, Fribourg n’a de réseau suffisamment fort et intégré dans aucun domaine. «Nous sommes un peu inexistants à l’extérieur. Et l’image qu’on peut avoir de nous ne correspond pas à la réalité», observe la chancelière Danielle Gagnaux. Le Conseil d’Etat vient d’empoigner le problème, en lançant la procédure de «consultation d’un projet de renforcement de l’image du canton». Une redéfinition qui devrait durer jusqu’en… 2016. En attendant, les autorités cherchent à doper la valeur ajoutée de l’économie indigène. Le navire amiral de leur stratégie est le parc technologique qui doit commencer ses activités en 2013 sur le site de l’ex-Brasserie du Cardinal, à deux pas de la gare de Fribourg. «Nous sommes en retard, la plupart des cantons ont déjà leur parc», relève Alain Riedo. Reste à déterminer l’essentiel: les secteurs d’activités que le parc doit accueillir, la manière de faire germer les entreprises sur ce terrain espéré si fertile, et le budget global de l’opération. Un dossier qui, nul doute, va occuper les nouvelles autorités fribourgeoises qui sortiront des urnes lors du second tour le 4 décembre prochain. Neuf mois d'électionsTous les vingt ans, c’est la même histoire. Il faut neuf mois aux Fribourgeois, de mars à novembre, pour accoucher de leurs nouvelles autorités communales, préfectorales, cantonales, et pour choisir leurs représentants sous la Coupole fédérale. Ce cumul des échéances s’explique par les rythmes différents des élections. Tous les cinq ans pour les communales, cantonales, préfectorales. Et tous les quatre ans pour les fédérales. En chiffres1 sur 5 La proportion des actifs fribourgeois qui pendulent hors du canton selon le recensement de 2000. En moyenne, le temps de déplacement des Fribourgeois de plus de 6 ans atteint 90 minutes par jour (chiffres 2005). 51 à 49 Le rapport entre les immigrés intercantonaux et les immigrés internationaux arrivés à Fribourg en 2007. Soit 5278 Suisses venus d’ailleurs, et 5019 étrangers. 38,5 ans L’âge moyen de la population fribourgeoise (2007). Soit deux ans de moins que la moyenne nationale. Le quart des habitants du canton ont moins de 20 ans, l’une des proportions les plus élevées du pays. 5407 En francs, le salaire mensuel brut médian des Fribourgeois travaillant à plein temps dans le secteur privé (2008). Un montant inférieur de 6,4% à la moyenne nationale. 18,2% Le recul des emplois paysans dans le canton entre 2000 et 2010. L’an dernier, le secteur ne comptait plus que 9125 travailleurs, répartis sur 3216 exploitations. Cela représente 5,4% du nombre total d’emplois dans le secteur agricole en Suisse. Fin de l'ère PDC?Plus de 50 ans de chute libre pour le vieux partiCHUTE Après avoir longtemps dominé la politique cantonale, le PDC a perdu cette année sa place de leader aux niveaux communal (-18 sièges dans les législatifs), national (-4,5 points, tableau de gauche) où il n’est plus que le troisième parti derrière les socialistes et les UDC, ainsi qu’au niveau des préfectures. Il en occupait encore cinq en 1991. Une descente aux enfers qui débuta en 1966 avec la perte de la majorité absolue au Grand Conseil et qui devrait se poursuivre le 13 novembre. Selon les observateurs, le vieux parti pourrait perdre ce dernier bastion (tableau de droite) au profit du PS, porté par le duo Levrat-Berset. Isabelle Chassot46 ANS, CONSEILLÈRE D’ÉTAT DEPUIS 2001, GRANGES-PACCOT.«Je suis plus timide que les gens ne le croient»Elle a cette chaleur gouailleuse, qui fait croire que tout est simple. Mais Isabelle Chassot, en lice pour son troisième quinquennat, garde cette distance des timides. Elle n’aime pas tutoyer tout le monde, tout de suite. Elle donne du poids aux mots, croise et décroise les bras sur son tailleur brun, ne craint pas le silence, ou le regard droit qui prend valeur de réplique. «A la première réélection – en 2006 – on fait toujours son meilleur score.» Elle le dit comme on constate les rudesses politiques, pense dès lors que personne ne sera élu au premier tour, voit son colistier Georges Godel terminer en pole position au soir du 13 novembre. «Ce qui compte, c’est d’être tous élus trois semaines plus tard.» Depuis 2006, elle est la présidente de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique. Le poste lui a donné une aura nationale en ces matières complexes, polémiques et générant les contestations: une récente lettre de doléances arrivée sur son bureau, paraphée par 700 instituteurs fribourgeois se disant surchargés – comme l’a révélé L’Hebdo dans son édition du 6 octobre –, en témoigne. «Il est légitime qu’ils expriment leurs craintes. J’essaie de prendre du temps pour le contact, d’aller vers les gens. Mais ça ne suffit pas toujours.» La bataille pour HarmoS, qu’elle a remportée en 2010, et désormais son avantprojet de nouvelle loi scolaire sont de rudes batailles. Une mère autrichienne, un papa qui faisait de la politique communale, des moments d’enfance dans le Tyrol, un bilinguisme additionné d’un bac latin-grec, puis le droit, et un brevet d’avocate. Voilà pour le parcours, avant d’être happée par la chose publique. Collaboratrice d’Arnold Koller, puis de Ruth Metzler, députée dans son canton, conseillère d’Etat à 36 ans, en 2001: voilà pour la carrière, rapide et sans accroc. Alors, on lui a donné du titre: reine, tsarine, fusée. Elle rit. Elle n‘est guère à l’aise avec ces étiquettes. Pour elle, il s’agit d’une dérive vers la personnalisation des politiques qui est sa limite: «Pas de photos avec ma famille, mon entourage. Je mets un rideau entre la politicienne et l’Isabelle privée.» Quand on demande cependant à cette croyante où est le paradis, elle vous parle du lac de Côme, en face de Bellagio, une terrasse, une bouteille de Sassicaia. Elle pense qu’on la croit à tort sévère ou dure, ou que l’on a d’elle l’image de quelqu’un de désespérément sérieux. «J’aime rire, être avec des amis, aller applaudir Gottéron, Bob Dylan, écouter Ferrat ou Brassens.» Elle en profite pour vous mettre malicieusement en boîte: «On s’est croisé au concert de Springsteen, c’est vous qui êtes parti avant la fin.» Et toc. Isabelle Chassot sait qu’il y aura une vie après le gouvernement, dans cinq ans. Elle y réfléchit déjà: reprendre le barreau, un an à l’étranger? Ou alors Berne, évidemment, peut-être au Conseil des Etats si cela se présentait. Sur sa table de chevet, ces temps, il y a ce volume de souvenirs de Václav Havel: A vrai dire: livre de l’après-pouvoir. Elle en lit quelques lignes chaque nuit. Georges Godel59 ANS, CONSEILLER D’ÉTAT DEPUIS 2006, ECUBLENS.Le «tout malin» du gouvernementSes amis comme ses ennemis sont d’accord sur un point à propos de Georges Godel, 59 ans, conseiller d’Etat en charge de l’Aménagement, de l’Environnement et des Constructions: le paysan d’Ecublens est un «tout malin», un «sacré rusé...» qui a su déjouer tous les pièges de ses cinq premières années au gouvernement. Il a ainsi pris à bras-le-corps les dossiers explosifs comme celui de la route de contournement de Bulle, la H189, dont le budget a doublé et dont la gestion a fait l’objet d’une commission d’enquête, celui du pont de la Poya, aujourd’hui en construction après des années de palabres, ou l’épineuse question de l’aire d’accueil cantonale des gitans qui avait traîné des années. Pragmatique, doté d’un bon sens terrien, têtu parfois et souvent habile, le PDC a surpris son monde en remettant de l’ordre dans une direction déstabilisée après le passage catastrophique de son camarade de parti, Beat Vonlanthen. Et même son parti a dû revoir son avis sur «le Godel», lui qui lui avait demandé de ne pas se présenter au Conseil d’Etat il y a cinq ans avant de se raviser, faute de candidats dans le Sud fribourgeois. Estimant que ce sont les femmes et les hommes d’un parti qui font sa ligne et pas l’inverse, le Glânois en sourit aujourd’hui tout en ajoutant qu’il se plaît à son poste même s’il peut aussi se voir aux Finances. Le côté brut de décoffrage de Georges Godel plaît en tout cas. Et il risque même de finir premier de l’élection au Conseil d’Etat devant la reine Chassot et le Singinois Vonlanthen. Ce qui serait déjà une jolie victoire pour un élu qui a toujours sa paire de bottes dans le coffre de sa voiture. Pour garder les pieds sur terre. Anne-Claude Demierre50 ANS, CONSEILLÈRE D’ÉTAT DEPUIS 2006, LA TOUR-DE-TRÊME.Fin de mandat dans la douleurSale temps pour Anne-Claude Demierre (PS), en charge de la Santé et des Affaires sociales, qui vise une réélection. Fin octobre, La Liberté révélait que l’Hôpital de Meyriez fermerait ses portes de 2012 à 2015 pour cause de travaux. De quoi se mettre à dos les électeurs de la région de Morat. Quelques semaines plus tôt, le Conseil d’Etat annonçait l’impensable: la fermeture de la maternité de l’Hôpital de Fribourg, pour cause de pénurie de médecins (une solution transitoire a été trouvée depuis). La ministre n’admet aucune erreur: «Nous n’avons pas manqué d’anticipation. Deux médecins cheffes sont parties et nous nous sommes trouvés dans une situation qui ne permettait plus d’assurer la sécurité des patients. Il n’y avait pas d’autre solution.» Au rang des succès, la socialiste compte le développement du HFR (intégration des différents hôpitaux du canton dans une seule structure), ainsi que la mise en place d’un guichet social pour les personnes ayant besoin d’un soutien. Le bât blesse en revanche au niveau de l’introduction du nouveau financement hospitalier imposé par Berne. La Commission de la concurrence a estimé que le projet de loi fribourgeois risquait de discriminer certaines cliniques. Avec le nouveau financement, les cantons devront par ailleurs prendre à leur charge 55% des frais hospitaliers, les assurances couvrant le reste. Mais Fribourg a décidé de n’assumer que 47% en 2012. «Passer à 55% aurait coûté entre 43 et 48 millions au canton», justifie la socialiste. Conséquence: les primes maladie des Fribourgeois s’envolent. Une manière peu sociale de répartir la charge. Xavier Ganioz38 ANS, DÉPUTÉ, VICE-PRÉSIDENT DU PS FRIBOURGEOIS, FRIBOURG.Et s’il raflait le 7e siège?Et si le député Xavier Ganioz, 38 ans, était élu au gouvernement, aux côtés des sortants Anne-Claude Demierre et Erwin Jutzet? Ce Valaisan d’origine, arrivé à Fribourg il y a dix-neuf ans pour étudier l’archéologie à l’uni, secrétaire régional adjoint d’Unia-Fribourg, pourrait profiter du raz-de-marée de son parti pour ravir le siège du sortant Pascal Corminbœuf et marquer l’histoire cantonale. Jamais trois socialistes n’ont siégé à l’exécutif. Et pour y arriver, Xavier Ganioz a fait une campagne de terrain allant de commerce en commerce pour déposer ses flyers. Parlant à la base ouvrière, syndicale, convaincu que la gauche prolo, cette gauche sans cravate, doit être représentée au gouvernement. Membre du Grand Conseil depuis 2006, conseiller général de Fribourg et vice-président du PS cantonal, il plaide, notamment, pour la création d’une police du travail et d’un salaire minimum cantonal. Et si le député Ganioz n’arrivait pas à rassembler au premier tour? Il se dit que le PS pourrait mettre en selle un autre candidat plus connu au second: le nom de Carl-Alex Ridoré, préfet de la Sarine, circule déjà. Beat Vonlanthen54 ANS, CONSEILLER D’ETAT DEPUIS 2004, SAINT-ANTOINE.Le poids du Service de l’emploiBeat Vonlanthen (PDC), à la tête de l’Economie, entend rempiler. Enthousiaste et charmant, il n’a toutefois pas que des victoires à son actif. La crise du Service public de l’emploi (SPE) est ce qui grève le plus son bilan. Le pourrissement de l’ambiance au SPE a duré des années avant que le ministre, 54 ans, n’ordonne un audit qui a débouché sur le départ du chef du SPE. Mais le choix de son remplaçant fait jaser. Charles de Reyff, ex-conseiller communal PDC, a été nommé alors qu’il ne colle pas au profil de l’offre publiée par l’Etat. «Un assessment a prouvé qu’il correspond au poste. Nous avons donc pu le nommer car il n’y avait pas vraiment d’autre candidat valable», justifie Beat Vonlanthen. Au-delà, le ministre s’est illustré par son combat pour faire exister Fribourg dans la promotion économique intercantonale ainsi qu’à travers son rôle de moteur pour le lancement d’un parc scientifique sur l’ancien site de la Brasserie du Cardinal. Certains lui reprochent toutefois de ne pas avoir vu venir la fermeture de la brasserie. «Nous sommes dans une économie libérale. Les entreprises décident comment elles gèrent les choses. Nous, nous devons être capables de bien réagir», rétorque-t-il. Maurice Ropraz46 ANS, PRÉFET DE LA GRUYÈRE, SORENS.Le «Alain Berset» de la droiteLe PLR Maurice Ropraz, 46 ans, est un politicien prudent. Alors que son parti aurait pu ravir deux sièges au gouvernement en profitant du départ de Pascal Corminbœuf, le préfet de la Gruyère a tout fait pour bétonner sa propre élection. Cet avocat de formation, affable, proche des gens, mais aussi capable de taper du poing sur la table et de se montrer un brin populiste, a d’abord fait élire un colistier – Markus Ith – qui n’a aucune chance de lui faire de l’ombre. Puis, il a pris la peine d’offrir sa préfecture à un PDC déguisé en indépendant, en l’occurrence Patrice Borcard, collaborateur de la conseillère d’Etat Isabelle Chassot (PDC). Et dire que l’ancien député avait ravi le Château de Bulle de haute lutte il y a dix ans... au PDC et avec l’appui d’un certain... Christian Levrat. Reste que cette manœuvre, qui tient du holdup électoral, lui permet de compter sur l’appui sans faille du PDC gruérien et d’accéder à l’exécutif cantonal avec l’étiquette du «Alain Berset de la droite», d’un animal politique, proche d’une Isabelle Chassot et d’un Levrat, et aussi tactique que le candidat socialiste au Conseil fédéral. «Momo» pour les intimes devrait rapidement devenir un poids lourd du gouvernement. Erwin Jutzet60 ANS, CONSEILLER D’ETAT DEPUIS 2006, SCHMITTEN.Prêt à relever de nouveaux défisErwin Jutzet n’en revient toujours pas. Lui, le socialiste de toujours, 60 ans, ancien député, ancien conseiller national, conseiller d’Etat depuis 2006, a connu l’époque où son parti était largement minoritaire dans le canton. Depuis, tout a changé. Mais, rusé, le Singinois sait aussi qu’il faudra encore un peu de temps pour que la vague rose bouleverse l’équilibre gouvernemental. Probablement cinq ans. Alors, l’avocat singinois qui n’a pas trop de souci à se faire pour sa réélection, s’habitue à l’idée qu’il devrait continuer à diriger Sécurité et Justice tout en affirmant à qui veut bien l’entendre qu’il est prêt à relever de nouveaux défis. Dans un autre département. Les Finances, lâchées par le radical Claude Lässer, ou les Institutions de Pascal Corminbœuf l’intéressent, admet celui qu’on surnomme parfois «Nounours», même si l’homme, au regard parfois fatigué, peut mordre aussi. Il l’a démontré en faisant passer la nouvelle loi sur la justice sans l’appui des milieux judiciaires, en réunifiant le Tribunal cantonal malgré l’opposition des juges cantonaux, en mettant en place la police de proximité ou, encore, en commençant ces jours-ci à remettre de l’ordre dans la prison de Bellechasse. Pierre-André Page51 ANS, DÉPUTÉ, CHÂTONNAYE.Le Poulidor fribourgeoisRecalé au National en 2007 et 2011, dernier lors de la dernière élection au gouvernement en 2006... l’UDC Pierre-André Page, 51 ans, passe pour le Poulidor fribourgeois. Une expression qui fait sourire le paysan de Châtonnaye, député depuis 1996, président du Grand Conseil en 2009. Ses précédents échecs étaient en fait des «apprentissages» pour reconquérir le siège que Pascal Corminbœuf avait ravi à l’UDC en 1996. Depuis, le parti de Blocher est absent du gouvernement et, pour l’UDC glânois, il est temps qu’il y revienne. Le maître agriculteur compte ainsi sur le vote «paysan», un vote qu’il devra partager avec le sortant Godel et Albert Bachmann, syndic d’Estavayer-le-Lac, paysan lui aussi et, surtout, radical désavoué par son parti. Mais, ce que le Glânois et son parti, pénalisé par sa locomotive Jean-François Rime, jugé trop agressif dans cette campagne, redoutent le plus, c’est un possible accord de non-agression entre le PS et le PDC. Un accord qui aurait déjà permis à Alain Berset de terminer premier aux Etats et qui pourrait faire gagner un troisième siège à la gauche tandis que le vieux parti conserverait ses trois élus et le PLR le sien. L’UDC n’aurait alors plus que les yeux pour pleurer. |










