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La chronique de Jacques Pilet
Le message des indignés

Mis en ligne le 19.10.2011 à 14:17

 

Mais que veulent-ils donc, ces campeurs citadins? Les journalistes comme les politiques ne savent pas trop comment empoigner cette soudaine et inédite mondialisation de la colère. Faut-il prendre les Indignés au sérieux ou s’en moquer?

Aucun pouvoir n’est ébranlé par ces démonstrations pacifiques et ces discours flous. Mais le système est troublé.

Aucun pouvoir n’est ébranlé par ces démonstrations pacifiques et ces discours flous. Mais le système est troublé. Les plus sceptiques retiennent leurs sarcasmes. Par prudence. On ne sait pas quelles fièvres peut amener cette grippe-là.

L’aversion que suscite la nébuleuse financière gagne tous les pays. Chacun a ses problèmes, mais ce casse-tête-là est celui de tous. Le pouvoir politique ne sait pas comment faire face aux «marchés».

Les gouvernements, jusqu’aux plus fervents adeptes du libéralisme, n’en peuvent plus de l’arrogance qu’affiche l’oligarchie bancaire.

Dans leurs acrobaties, les grands acteurs de Wall Street et de la City ont prêté les yeux fermés aux Etats comme aux particuliers et refusent aujourd’hui d’assumer les risques pris, attendent une fois encore des soutiens publics et osent renâcler de surcroît contre le renforcement des précautions légales.

Cynisme sans borne: les banques d’affaires de haut vol tiennent mordicus à leur panoplie d’instruments spéculatifs, nuisibles pour l’économie réelle, visant seulement des profits faramineux… au risque de pertes géantes, telles celles d’UBS à Londres.

Les indignés expriment un sentiment général: les oligarques surpayés et irresponsables doivent être stoppés. Sinon mis en prison! Qui ose le dire? Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, qui réclame une modification du droit pour que soit établie «la responsabilité pénale individuelle des acteurs financiers».

Afin que leurs agissements dangereux puissent être punis. Pas seulement au niveau des petits traders malchanceux, à celui aussi des dirigeants qui poussent au crime pour atteindre leurs objectifs de gains insensés.

Le vent serait-il en train de tourner? Les signes se multiplient. Les patrons de la Banque centrale européenne, le sortant comme le nouveau, disent comprendre l’indignation du public. Tous les partis allemands tombent à bras raccourcis sur la gestion périlleuse de la Deutsche Bank que dirige le Suisse Josef Ackermann.

Les ministres des Finances du G20 dressent une liste d’une cinquantaine de banques «dangereuses» pour l’économie mondiale. Même l’idée de la taxe sur les transactions financières fait son chemin: Américains et Britanniques la rejettent, elle n’est pas pour demain, mais cet impôt – homéopathique, mais symbole fort – pourrait être introduit dans la zone euro.

Autrefois, seuls les «altermondialistes» la réclamaient, maintenant, l’Union européenne s’en prévaut. L’évolution des esprits est ahurissante. Qui parle d’éventuellement nationaliser les banques? Le grand argentier allemand Wolfgang Schäuble!

«Franchement dit, c’est devenu pensable, commente l’ancien chef économiste d’UBS et chroniqueur du Financial Times, George Magnus. Le choc est tel qu’aujourd’hui on doit envisager sérieusement des choses qu’autrefois on n’aurait même pas imaginées en rêve!»

Mais les politiques auront beau serrer la vis sur les banquiers, cela ne suffira pas à éteindre la braise. Le malaise est bien plus large. Depuis des décennies, les possédants, les héritiers, les brasseurs d’affaires s’enrichissent, alors que les salariés voient leurs revenus stagner ou progresser très faiblement.

Leurs dépenses fiscales et sociales (voir nos assurances!) ne cessent d’augmenter. Le capital est mieux rétribué que le travail. Ce déséquilibre, dans l’euphorie libérale, était accepté tant que la croissance donnait un sentiment général de prospérité. Lorsque l’économie tousse, l’injustice se fait plus voyante: elle n’a pas fini de pousser dans la rue des citoyens en colère.

L’angoisse naît aussi du fait que personne n’a la moindre idée quant à la façon de modifier le système en profondeur. Les rustines social-démocrates n’y suffisent plus. La crise du capitalisme financier appelle d’autres audaces. Lesquelles? Pourra-t-il se réformer de lui-même?

Il est plutôt en train de s’auto-intoxiquer. La raison politique pourra-t-elle le maîtriser? Ou va-t-on vers des révolutions? Suspense historique.




Tags: chronique de Jacques Pilet, les indignés,

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Réaction de bankster
le 23.10.2011 à 11:25
voici une chanson rigolotte, faite par un genevois, qui parle...
 



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