D’un côté, un basculement familial, avec la naissance de ses jumelles, Elise et Léa. De l’autre, un basculement politique, avec l’objectif de conquérir le Conseil des Etats. Sans l’ombre d’un doute, Christian Lüscher se trouve à un moment charnière de sa vie.
Dans l’histoire du Parlement, nombreux sont les députés genevois à avoir été lassés par le quotidien bernois, à l’image de l’éphémère passage de son ami et associé, Charles Poncet. Pourtant, son premier mandat a été teinté d’une saveur particulière: celle de la passion.
«Après avoir travaillé plus de vingt ans en tant qu’avocat, à utiliser les lois fédérales, je me suis retrouvé au stade où je pouvais opérer des frappes chirurgicales dans les dispositions que je trouvais maladroites, c’est fascinant», commente-t-il, l’air extasié.
Une fièvre politique qui l’aura mené à un surprenant essai aux élections du Conseil fédéral en 2009. Un coup manqué aux allures de victoire pour le libéral, puisqu’il lui a permis de se doter d’une véritable carrure de député national.
Aujourd’hui, après s’être uni de façon risquée à l’UDC – l’alliance ayant plutôt tendance à repousser l’électorat traditionnel radical genevois –, il concentre toute sa fougue sur l’objectif du 23 octobre: reconquérir un siège pour la droite genevoise dans la Chambre haute du Parlement helvétique.
Sa famille
SA MERE C’est grâce à cette grande figure du Parti libéral genevois, jadis députée au Grand Conseil puis maire de Troinex, que Christian Lüscher a commencé sa carrière politique. «Mais nous avons toujours une relation mère-fils, elle me rappelle d’aller chez le coiffeur. Et elle est très critique sur mes activités, c’est ma “fan aux yeux ouverts”», commente-t-il.
SA COMPAGNE «On nage dans le bonheur», s’exclame-t-il, les yeux pétillants, lorsqu’il parle de la mère de ses jumelles, Marie Schiefelbusch, gestionnaire de fortune auprès de Julius Bär.
«C’est moi qui ai tenté de la séduire, et ce n’était pas une mince affaire, ma réputation de séducteur me précédant», dit-il. Aujourd’hui, le charmeur genevois est conquis: «Je suis touché par sa force de volonté. Nos filles sont vivantes grâce à elle.»
SES ENFANTS Ses jumelles, Elise et Léa – âgées de 33 jours au moment de la parution de cet article – viennent de rejoindre Loïc, 22 ans, Romain, 19 ans, et sa belle-fille Estelle, 17 ans. «L’arrivée de nos filles agit comme un aimant dans la famille, cela nous unit encore plus», dit-il.
Ses inspirateurs
JEAN TROILLET Il est fasciné par l’alpiniste de classe mondiale: «C’est un des plus beaux ambassadeurs de la Suisse. Malgré les prouesses qu’il a accomplies, il reste d’une gentillesse et d’une modestie sans pareilles.»
GUY DEMOLE «C’est la classe incarnée. Sa femme et lui ont fait plus pour la culture à Genève que n’importe quel conseiller administratif, dit le libéral de l’un des plus grands mécènes de son canton. Il aurait pu se contenter de rester assis sur son argent, mais il a préféré se dévouer corps et biens pour la cité.»
Ses relais économiques
PATRICK ODIER Du président de l’Association suisse des banquiers, il dit: «Il est très humain, à l’écoute des autres et présente des solutions pragmatiques.» Et souligne son apport capital à la place financière suisse et genevoise.
BLAISE MATTHEY De 2001 à 2005, il a siégé au Grand Conseil avec le directeur général de la Fédération des entreprises suisses romandes: «Il arrive à allier son sens de la promotion de l’économie à celui de la responsabilité sociale, c’est admirable.»
JEAN-CLAUDE BIVER Il s’honore de tutoyer le CEO de Hublot: «Mille idées à la seconde, grand travailleur, et modeste à la fois: il est l’incarnation même du génie suisse.»
Ses proches
SES ASSOCIÉS Sans la collaboration de ses associés, il ne serait pas à Berne: «Je passe quatre mois par an au Parlement, ils m’aident à gérer cette absence.» C’est aussi grâce à Charles Poncet qu’il s’est présenté au National. Autre soutien: Daniel Kinzer, qui deviendra associé dès le 1er janvier: «Mon premier lieutenant. Il est “moi” quand je ne suis pas là.»
PHILIPPE BLANC Chaque année, le 31 décembre, il aide le gérant de La Chaumière à Verbier, une épicerie fine: «Vu qu’il y a plein d’internationaux, de nombreuses personnes ne me reconnaissent pas. On me prend pour un vrai vendeur, j’adore.» Une amitié forte qui illustre son amour pour le village valaisan.
STÉPHANE BARBIER-MUELLER «Nous nous sommes connus lorsque je venais de devenir avocat, on s’était pris de bec sur une affaire.» Désormais, il admire le régisseur et président de l’Association des promoteurs et constructeurs genevois: «Contrairement à ceux qui se plaignent constamment de leur canton, il s’investit activement pour Genève.»
HUGUES HILTPOLD Le conseiller national radical est son «frère jumeau». Elus en 2007, ils ont «pris le premier train pour Berne ensemble». Ils ne se sont plus jamais séparés.
La famille PLR
KARIN KELLER-SUTTER Comme tant d’autres, l’avocat genevois est tombé sous le charme de la Saint-Galloise, qu’il côtoie lors des sessions du groupe sécurité du PLR, qu’elle préside: «J’aime son intelligence et son charisme, et je suis admiratif de son parfait bilinguisme.»
PHILIPPE LEUBA Christian Lüscher a d’abord connu le conseiller d’Etat sur les terrains de foot, lorsque celui-ci était arbitre: «Il allie les qualités du Vaudois – direct, franc et pragmatique – à celles du libéral.» Le Vaudois, lui, apprécie «sa chaleur humaine, son franc-parler et la qualité de son travail parlementaire».
FULVIO PELLI A la fois président de parti et ami, il commente: «Il a cette capacité à prendre des positions qui concilient à la fois un radical vaudois et un libéral zurichois.» Le Tessinois, lui, porte le Genevois haut dans son estime: «C’est un brillant parlementaire, capable de se battre pour ses convictions, il est précieux au PLR.»
Dans les autres partis
LUC BARTHASSAT Un lien particulier l’unit à son colistier PDC pour les prochaines élections: «J’aime sa franchise, nous sommes complémentaires. Il a un bon sens implacable.»
GUY PARMELIN «Il représente l’aile humaniste de l’UDC. C’est un très bon parlementaire. On va manger ensemble avec le groupe parlementaire romand.»
ADÈLE THORENS Si la conseillère nationale Verte vaudoise admire son sens de l’humour et sa dérision, Christian Lüscher admire son sens de la discussion: «Ce n’est pas une Verte absolutiste. Elle est consciente du besoin d’associer les idéaux écologiques aux besoins de l’économie.»
LES FEMMES SOCIALISTES Une habitude altruiste habite Hugues Hiltpold et l’avocat. Lors de chaque session parlementaire, ils invitent les femmes socialistes au restaurant. «Cela leur fait du bien d’être invitées à dîner par des hommes en costard», lance-t-il.
Ses lieux fétiches
SOUS L’EAU
«Mon havre de paix: trente mètres sous l’eau dans l’océan Indien», lance-t-il. Et plus qu’une passion, la plongée, qu’il pratique avec sa compagne Marie, est une véritable «psychothérapie ambulatoire» et une leçon permanente de modestie.
LE THÉÂTRE
Régulièrement, il produit des pièces avec ses amis Charles Poncet, Christian Reiser et Michel Valticos, et les jouent ensemble: «C’est un défi permanent de remplir un théâtre de 300 places durant plus de vingt soirées. Et c’est une leçon d’humilité, on se met à nu.»
Ses adversaires
ROBERT CRAMER ET LILIANE MAURY PASQUIER Le libéral respecte ses concurrents au Conseil des Etats: «Notre amitié a pour effet que, lors de débats, nous ne nous battons pas contre des personnes, mais des idées.» La socialiste Liliane Maury Pasquier, elle, précise: «Contrairement à ses idées, le personnage ne me fait pas peur. Mais il est chaleureux et séducteur, on peut donc discuter avec lui, à défaut d’être d’accord.»
ANTONIO HODGERS Le conseiller national Vert ne le porte pas dans son coeur. «Christian Lüscher est un UDC qui gagne trop d’argent pour faire partie de ce parti populaire. Je regrette son côté populiste, et il n’hésite pas à recourir sans scrupule au mensonge, ce qui trompe une partie des électeurs.»
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