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PROFIL |
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Olivier Maus
1945 Naissance à Cologny (GE). 1975 S’investit une première fois au Servette. 2000 Devient l’un des quatre délégués du CA de Maus Frères SA. 2002 Assure un intérim à la présidence du club. 2004 Devient administrateur du Servette.
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Le procès des anciens dirigeants du Servette Football Club a tenu en haleine les Genevois pendant dix jours. C’est son ancien président, l’agent de joueurs français Marc Roger, qui fut sur le gril. Parmi les deux autres accusés, l’avocate parisienne Marguerite Fauconnet et l’homme d’affaires Olivier Maus. C’est cependant le rôle de ce dernier qui fait jaser dans les chaumières locales. Pourquoi? Parce qu’Olivier Maus appartient à une puissante famille, notamment propriétaire des grands magasins Manor.
L’histoire d’Olivier Maus, c’est celle d’un homme né avec une cuillère en or massif dans la bouche et qui, dévoré par la passion du football, s’est retrouvé bien seul, à Genève, à allonger pendant des années – presque sans sourciller – des millions de francs pour tenter de sauver le club phare de la ville. Le procès des anciens dirigeants du Servette FC a aussi démontré à quel point un homme peut, un jour, se retrouver au firmament, paradant à côté d’une vedette internationale comme Christian Karembeu, et le lendemain, plonger en enfer, entraîné sur le banc des accusés, obligé de se justifier sur chaque pièce comptable.
Alors, en marge d’un procès qui a mobilisé une quinzaine d’avocats, dont des ténors du barreau local, Olivier Maus lâche son cri du cœur: «J’en veux à la justice!» S’il nourrit une telle amertume contre cette institution, c’est qu’il estime avoir été accusé à tort de «gestion fautive». Curieuse récompense pour cet homme qui a soutenu à bout de bras le Servette. «En vingt ans, détaille-t-il, j’ai donné à ce club, de ma propre poche, dix millions de francs.» Sans compter les fonds déjà versés par sa mère aujourd’hui disparue, Jacqueline, sorte de Gigi Oeri locale – la mécène du FC Bâle et héritière du groupe Roche – et forte personnalité de l’entreprise familiale.
La balourdise de sa vie. Olivier Maus entre dans le giron du Servette en 1976. Durant les années de gloire. Il a alors 30ans. Le club genevois cartonne. Ses joueurs bombent leur maillot au centre duquel figure le logo du groupe Manor. Tempi passati…
Durant près de trente ans, Olivier Maus se fait plus ou moins présent, laissant alors la place à d’autres actionnaires aux poches profondes, capables d’allonger chaque année les 4 à 5millions de francs qui manquent pour que le club puisse financièrement surnager. En 2004, il est appelé, encore une fois, à la rescousse.
Et là, il commet la plus grosse balourdise de sa vie. Au lieu de se contenter de verser de l’argent tapi dans l’ombre, il accepte de devenir administrateur, et donc d’en assumer les responsabilités au regard de la loi. «J’ai commis cette erreur, avoue-t-il, juste après avoir visité à New York mon fils, gravement malade.» L’un de ses trois enfants souffre d’un cancer des os.
Son père n’a plus toute sa tête. Il accepte, bizarrement, ce mandat. Mais, alors que les finances du club sont au plus mal, il accepte aussi de signer, le 6août2004, dans sa belle demeure située dans la commune huppée de Collonge-Bellerive, un contrat avec Christian Karembeu.
Un contrat bien doré pour le joueur français: 3millions de francs sur trois ans, additionné de 840000francs de droits divers et, cerise sur ce juteux baba au rhum, 1,5million de francs pour les droits à l’image du célèbre joueur. A Genève, tout le monde veut alors être l’ami d’Olivier Maus.
On se presse autour de lui, et de son portefeuille bien dodu. On espère aussi croiser dans les loges Adriana, la plantureuse femme de Christian Karembeu. Une Adriana dont les vertigineux décolletés font chavirer plus d’un notable, mais dont les trop rares apparitions publiques font soupirer tous ceux qui imaginaient que ce seul fantasme allait remplir les travées du stade.
En fait, les Genevois se détournent de leur équipe, qui les déçoit. Et ce qui devait arriver arriva: les dépenses explosent, les recettes ne suivent plus, la trésorerie s’assèche.
Peur dans la famille. Les associés du groupe Maus prennent peur. «Ils ne partageaient pas sa passion et n’étaient pas très enthousiastes à le voir autant soutenir le club. A Genève, c’était un secret de Polichinelle», a relevé à la barre des témoins Jean-Charles Roguet, avocat et Servettien depuis des temps immémoriaux. Olivier Maus reçoit même une «mise en demeure» de la part de ses associés, a relevé au cours de l’audience l’un des avocats des parties civiles. Même si les commandes du groupe Maus sont fermement tenues par son neveu Didier, Olivier Maus reste l’un des quatre administrateurs-délégués de l’entreprise. Trop dangereux. Il démissionne. Une décision difficile. Aujourd’hui encore, il ne «veut pas parler de la famille».
Audience après audience, Olivier Maus a dû encaisser la charge des avocats des parties civiles. Celle du bâtonnier, MeJean-François Ducrest, qui pense que ce procès fut celui de «la gestion d’un club de football par un enfant gâté»; celle de Me François Canonica, représentant toute une brochette d’anciens joueurs réclamant de l’argent, pour qui Olivier Maus fut «un lâche». Ses défenseurs, en revanche, ont insisté sur les raisons d’un tel hallali: la profondeur de ses poches.
A 62ans, piégé par sa naïveté, Olivier Maus a endossé l’habit du dernier mécène local du Servette. Après ses déboires, il y a peu de chances qu’un autre Genevois vienne risquer de se faire essorer au nom de la gloire d’un club de football.
Dirigeant, métier risqué
Piège. Bien que fascinante et bonne pour la notoriété, la présidence d’un club de football peut mener en enfer.
Fascination pour les stars, passions, rêves médiatiques, affaires juteuses et, parfois, altruisme: les motivations des présidents de clubs de football sont multiples et, souvent, irrationnelles. L’activité, comme en témoigne une fois encore le procès de Marc Roger et Olivier Maus dans le cadre de la faillite du Servette FC, est périlleuse.
Pour le moins, elle exige une assise financière capable de combler les trous financiers d’un business non rentable en Suisse, notamment en raison de la quasi-absence des droits de télévision. Une exigence qui peut aussi conduire en enfer.
Deux exemples parmi d’autres: en 2002, le président du FC Wil, alors dans l’élite du sport, est arrêté après avoir détourné 48 millions de francs des caisses d’UBS. Dix ont servis à payer les salaires des joueurs de son équipe. Plus dramatique, l’histoire, en 2002 toujours, du président du FC Lugano qui a trouvé la mort dans un mystérieux accident de voiture (suicide?), alors qu’il était sous le coup d’une enquête financière.
Son club, dont il assumait seul la pérennité, était criblé de dettes, malgré l’injection de près de 25millions de francs en six ans. Reste que tous les présidents n’ont pas le même profil. Tour d’horizon:
01 L’obsédé de la fièvre acheteuse. Il dirige un club qui a une certaine réputation et dispose de moyens. Un peu «fou», il n’hésite pas à faire un enfant dans le dos de son entraîneur. Par exemple, s’il juge que celui-ci n’est pas assez ambitieux. Il fera son propre marché et achètera des joueurs que l’entraîneur ne souhaite pas forcément.
02 Celui qui a les «crocs». Il veut voir son club grandir et le fera savoir. Il exige le recrutement de grands noms et est même capable d’ouvrir grand son porte-monnaie. En contrepartie, il veut des résultats, sinon c’est la porte.
03 Le businessman. L’œil rivé sur les finances, il n’hésite pas à demander à tailler dans la masse salariale en cas de mauvais résultats ou de recettes en baisse. Si ce n’est pas fait, il se fait un plaisir de prendre lui-même les mesures. Quitte à priver son club de ses meilleurs joueurs et de ses ambitions.
04 Le traditionnel économe. Peu ambitieux et pas très riche, il opposera son veto aux transferts trop gourmands. Il agit en fonction des résultats et de la réputation du club.
En réalité, l’attitude des présidents-mécènes varie selon les périodes, comme en témoignent les revirements du médiatique Christian Constantin à la tête du FC Sion. Mais la réussite appartient à ceux qui privilégient la durée, à l’instar de Gigi Oeri, fidèle avec sa fortune au FC Bâle.
L’histoire montre que la recherche rapide du succès avec une stratégie de joueur de poker, laisse les clubs exsangues. Le Servette FC en est la preuve moribonde. Tout comme le Lausanne-Sports après le passage du président français Waldemar Kita, qui vient de rebondir à la tête du FC Nantes. Car le football, il ne faut pas l’oublier, est un microcosme amnésique. • Patrick Oberli
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