La population musulmane en Suisse était de 16 300 personnes dans les années 1970 pour 6,3 millions d’habitants. En l’an 2000, dernier recensement national, ce groupe représentait 310 000 personnes. Le chiffre devrait s’élever à 400 000 en 2010, selon l’Institut Religioscope qui vient de publier un ouvrage sur Les minarets de la discorde (1).
Didactique et concis, ce livre collectif convoque une dizaine de spécialistes de l’islam et des religions dans le but d’«offrir un regard dépassionné» aux élus et aux «citoyens inquiets», pour qui le minaret serait devenu «l’indice d’une islamisation rampante». Paradoxe: la Suisse compte à ce jour quatre minarets en tout et pour tout, à Genève, Zurich, Winterthour (ZH) et Wangen bei Olten (SO). Assez pour croire ou faire croire, à une prolifération?
Le territoire helvétique abrite 130 centres islamiques pour un peu moins de 5% de musulmans, dont 56,4% sont issus de l’ex-Yougoslavie, 21% sont Turcs et 6% proviennent d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Environ 12% des musulmans, soit 48 000 personnes, sont de nationalité suisse. Assez pour présager une «invasion»?
Les analyses religieuses, historiques, juridiques et sociologiques des Minarets de la discorde rejoignent dans les grandes lignes le (long) Message du Conseil fédéral relatif à l’initiative populaire qui appelle à la rejeter.
L’une des questions soulevées par la polémique est architecturale. Comment intégrer dans le paysage (urbain ou rural) ces symboles visibles de l’islam?
Sur ce thème, Stéphane Lathion, enseignant à l’Université de Genève et président du Groupe de Recherche sur l’islam en Suisse, brosse une analyse convaincante sur «le passage à l’Ouest de l’architecture islamique», en Europe et singulièrement, en Suisse.
Les deux premières mosquées du pays possèdent un minaret. Celui de Zurich a été érigé en 1963. Haut de 18 mètres, il se dresse au-dessus de la mosquée ahmadiyya. Le minaret de Genève, financé par l’Arabie saoudite au Petit-Saconnex, domine depuis 1978 la mosquée et le centre de la Fondation culturelle islamique à une hauteur de 22 mètres.
Les deux mosquées ont été installées dans des quartiers résidentiels, note Stéphane Lathion, à quelques kilomètres du centre-ville et, architecturalement, «les deux s’intègrent parfaitement à l’environnement du quartier.»
En mai 2005, un troisième minaret est installé au-dessus du centre islamique albanais de Winterthour. Mais alors, d’autres projets de minarets à Wangen, Langenthal (BE) et Wil (SG) lancent la polémique. Au terme de quatre ans de procédure, l’association turque de Wangen gagne le droit à son minaret, 6 mètres de béton inaugurés en juin 2009.
A ce jour, les quatre mosquées à minaret de Suisse semblent bien intégrées architecturalement dans leur environnement urbain et il n’y a rien à reprocher aux fidèles qui les fréquentent. Une question tout de même: ceux-ci sont-ils mieux intégrés depuis qu’ils disposent d’un minaret pour prier?
(1) «Les minarets de la discorde», sous la direction de Patrick Haenni et Stéphane Lathion, Infolio, 110 p. 2009.
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