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Fiasco de la réforme des TPG pour Michèle Künzler et guerre ouverte avec le Syndicat des gendarmes pour Isabel Rochat: les critiques pleuvent sur les deux élues.
Photo Laurent Guiraud

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GENEVE
Le mobbing des conseillères d’état

Par Clément Bürge - Mis en ligne le 11.01.2012 à 11:02

GENÈVE . Politiciens, fonctionnaires ou citoyens, tous tirent à boulets rouges sur Michèle Künzler et Isabel Rochat. Epiphénomène médiatique ou malaise profond?

Un mélange de farce et de tragédie. Mais l’issue de la pièce paraît claire: tous les spectateurs en sortent la mine dépitée, presque avec une sensation de gueule de bois. Cette représentation est celle que donnent à voir les conseillères d’Etat genevoises Michèle Künzler (Verts) et Isabel Rochat (PLR). En ce début de 2012, c’est à croire que toute la République, des politiciens en passant par les fonctionnaires ou les citoyens, leur en veut. La Verte, en charge du Département de l’intérieur et de la mobilité (DIM), se fait attaquer pour le fiasco de la réforme des Transports publics genevois (TPG). La libérale-radicale, en charge du Département de la sécurité, de la police et de l’environnement (DSPE), se voit carrément accusée d’être incompétente.

Le fiasco TPG. Pour Michèle Künzler, le cauchemar commence le 11 décembre dernier. La nouvelle réforme des TPG, qui transforme près de 70% du réseau, s’avère un vaste fiasco. Des changements autant critiqués sur leur fond, l’insertion du concept de transbordement, que pour leur application, les véhicules n’arrivant plus à l’heure et bloquant les rues.

Consciente de la crise, la Verte a pris des mesures, comme le rétablissement de la ligne de bus No 3 sur son ancien parcours, et entrepris une large campagne de communication auprès des usagers. «Il était normal d’avoir des soucis, se justifie-t-elle. Nous avions comme mandat d’augmenter les prestations de 20% cette année. Mon rôle est de reprendre la main et de garantir que les TPG fournissent les prestations demandées.»

Toutefois, les fondements de la réforme des transports publics avaient été posés par son prédécesseur et le Grand Conseil. Pour le député PLR et ancien président du Grand Conseil Renaud Gautier, la situation est claire: Michèle Künzler doit endosser la responsabilité politique du projet. La Verte ne se défile pas: «J’assume, il s’agit de la pérennité des décisions de l’Etat. Mon objectif est maintenant de mener à bien cette réforme.»

Pour beaucoup, le fiasco tombe comme un couperet sur la magistrate. Surnommée ministre de «l’immobilité», son bilan de mimandat reste mitigé. Parmi ses plus grands accomplissements figurent la restauration du cours d’eau de l’Aire, la construction de la plage de la Jonction, ou encore la réforme de la sécurité civile et la fusion de deux corps de pompiers. «Le bruit autour de l’affaire des TPG constitue un avertissement pour la prévenir que sa réélection ne va pas être si facile», glisse un député PLR au Grand Conseil. «A part inaugurer deux trois biotopes, on a de la peine à voir ce qu’elle a fait», analyse le journaliste Pascal Décaillet.

Des critiques dures pour celle qui peine à faire oublier son prédécesseur, le géant Vert Robert Cramer, mais dont le véritable tort serait plutôt d’avoir un département dépecé par la droite au début de son mandat. «La moitié de son département a été donnée à Marc Müller, et une autre partie – l’Energie – à Isabel Rochat», explique René Longet, président du PS genevois.

Le second punching-ball de la République, Isabel Rochat, se trouve dans une situation «très différente». La crise est plus profonde. Depuis le début de son mandat, la libérale-radicale a enchaîné les maladresses. Son «voyage d’études» à New York, pour s’inspirer des méthodes américaines de répression du crime, et son litige avec Micheline Calmy-Rey autour de la sécurité de la Genève internationale, prêtent à sourire. Mais d’autres blâmes sont plus graves. Son département se liquéfie, les fonctionnaires dénoncent une ambiance délétère ayant mené à plusieurs départs volontaires. Aujourd’hui, la guerre déclarée avec le Syndicat des gendarmes donne l’impression que la ministre ne contrôle plus son département. Des lacunes qui se couplent à une mauvaise communication.

Décalage. «On ne sait pas ce qu’elle veut, et on sent un manque d’emprise sur les dossiers», fustige un adversaire. Son manque d’autorité s’étend à la fois dans le champ administratif et politique. Beaucoup expliquent ses cafouillages par son manque d’expérience. «Avant d’arriver au Conseil d’Etat, Michèle Künzler siégeait au Grand Conseil. Elle s’est accoutumée à l’échelon cantonal, au contraire d’Isabel Rochat qui n’était que maire de Thônex. On a un véritable sentiment de décalage avec elle», explique René Longet.

Le Département de la sécurité genevois est impitoyable, le plus compliqué à gérer. Aucun des cinq derniers magistrats installés à ce poste n’a d’ailleurs été réélu. «Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, note Renaud Gautier. Ce département va mal depuis quinze ans. Outre les véritables problèmes de la sécurité genevoise (accroissement des missions sans augmentation des effectifs), la police est ingérable. Elle n’est jamais satisfaite alors qu’elle est la mieux payée de Suisse. Il s’agit d’un véritable Etat dans l’Etat.»

Le MCG veille au grain. Le développement de la crise est tel que les rumeurs enflent: et si elle craquait, et si elle partait? La démission du procureur général Daniel Zappelli en novembre passé semble avoir ouvert la boîte de Pandore. Cette défection serait synonyme d’effondrement pour le Parti libéral-radical, déjà mal en point. Mais surtout, cela ouvrirait grand la porte au Mouvement citoyens genevois (MCG) pour entrer enfin au Conseil d’Etat. «Nous suivons la situation avec un œil aiguisé, lance un Eric Stauffer transcendé par cette crise. C’est clair et net. Si elle ne termine pas son mandat, je me présente à sa succession.»

Un aveu et une ambition que nombre de députés ne voient pas d’un bon oeil. «Il y a une connivence entre la police et le MCG qui n’est pas acceptable. Les informations filtrent trop rapidement», dit Renaud Gautier. Un député PLR estime que Christian Antonietti, président du Syndicat des gendarmes, serait le bras droit d’Eric Stauffer. L’intéressé réfute. «C’est vrai qu’on a pas mal d’élus policiers», confirme pourtant, en riant, Eric Stauffer.

 

«SI ISABEL ROCHAT NE TERMINE PAS SON MANDAT, JE ME PRÉSENTE À SA SUCCESSION.»
Eric Stauffer, député MCG

 

Machisme. Mais le vitriol lancé sur les deux conseillères d’Etat incarne autre chose: l’échec du gouvernement actuel en matière de collégialité. «Un échec total même», lance un député PDC. Le manque d’unité ronge le Conseil d’Etat. «On n’a pas l’impression d’avoir affaire à une équipe», tance René Longet. Contactés par L’Hebdo, aucun conseiller d’Etat n’a accepté de prendre la défense des deux femmes, renvoyant au président du collège, Pierre-François Unger, qui n’a pas non plus voulu s’exprimer. Il est vrai qu’en attribuant un département dépecé à Michèle Künzler, et le département le plus lourd à la bleue Isabel Rochat, l’Entente devait s’attendre à un fiasco. «C’était lâche de donner à Isabel Rochat ce département», condamne Eric Stauffer.

Le mobbing des deux conseillères d’Etat a une origine plus classique quoique toujours désolante. «C’est une certaine forme de machisme que de s’en prendre à ces deux femmes, qui ont hérité des dépar tement s qu’on a bien voulu leur donner», estime Murat Julian Alder, député PLR. Sans vouloir se réfugier derrière ce constat, Isabel Rochat rétorque: «Les attentes sont toujours plus fortes quand il s’agit de femmes, surtout dans un domaine encore à majorité masculine.» Mais pour Michèle Künzler, le machisme est flagrant: «C’est évident. Comment expliquer que deux femmes aussi différentes qu’Isabel Rochat et moi, l’une d’un parti de droite, et moi de gauche, soyons l’objet d’attaques aussi virulentes?»





Tags: Michèle Künzler, Isabel Rochat, conseillères d'état,

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