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BANQUE MIRABAUD Alors dirigée par Pierre Mirabaud, elle apparaît deux fois dans la liste des donateurs de l’UDC pour un total de 100 000 francs.
Dominic Büttner / Pixsil

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Financement des Partis
Le modèle genevois

Par Julie Zaugg, Michel Guillaume, Clément Bürge - Mis en ligne le 30.03.2011 à 14:48

Les partis genevois sont obligés de publier leurs comptes. On y découvre qui finance vraiment la politique du bout du lac.

En matière de financement des partis, Genève joue depuis longtemps les pionniers en Suisse. En 1999 déjà, le canton introduisait un article sur la transparence obligeant les partis à publier leurs comptes et la liste de leurs donateurs.

La législation a été complétée au début de 2011: en échange d’une présentation détaillée de leurs comptes, vérifiés par un réviseur externe, les partis représentés au Grand Conseil recevront 100 000 francs par an et 7000 francs par député à l’avenir.

Genève n’est pas le seul canton à avoir empoigné la question: le Tessin oblige les formations politiques à déclarer les dons de plus de 10 000 francs, Neuchâtel exige le dépôt de leurs comptes et le Grand Conseil vaudois doit légiférer avant l’été à la suite d’une motion du socialiste Stéphane Montangero qui demandait la publication des dons de plus de 5000 francs et un plafonnement des dépenses.

Mais, ce qui rend le cas genevois unique, c’est que n’importe quel citoyen exerçant ses droits politiques dans le canton peut se rendre à l’Inspection cantonale des finances et consulter les comptes des partis. L’Hebdo en a profité.

Le parti le plus à l’aise financièrement est le Parti libéral, dont le budget s’est élevé à 1,9 million de francs en 2009, année d’élections cantonales. Sur cette somme, 1,1 million est provenu de dons.

Ceux-ci oscillent «entre 500 et 50 000 francs, très ponctuellement davantage», indique le secrétaire général du parti Geoffroy de Clavière. Les gros donateurs se recrutent surtout du côté des banques privées, selon un bon connaisseur des arcanes libéraux.

En 2009, Thierry Lombard, Patrick Odier, Pierre Darier et Christophe Hentsch (LODH), Jean-François Demole, Jacques de Saussure, Ivan et Nicolas Pictet (Banque Pictet), Pierre Poncet, Gaétan et Grégoire Bordier (Banque Bordier), Yves Mirabaud et Thierry Fauchier-Magnan (Banque Mirabaud), Bénédict Hentsch (Banque Bénédict Hentsch), Pierre-Yves Mourgue d’Algue (Banque Mourgue d’Algue) et Guillaume Pictet (de Pury, Pictet, Turrettini & Cie) ont tous fait partie des donateurs.

En 2006, les libéraux ont aussi pu compter sur la générosité de l’UBP. «Historiquement, les banques privées genevoises ont toujours pris une part active à la vie politique de la cité, commente Geoffroy de Clavière. Elles sont d’ailleurs à l’origine de la création du Parti libéral.»

La formation bourgeoise touche aussi de l’argent de la part des vieilles familles genevoises. Les patronymes Saussure, Dominicé, Fatio, Candolle ou Turrettini reviennent ainsi fréquemment sur la liste des donateurs. Brunschwig & Cie, propriétaire des magasins Bon Génie, et l’horloger Raymond Weil y figurent aussi, tout comme certains membres de la famille Firmenich.

Un troisième pôle est composé des milieux immobiliers. Le patron de la Société privée de gérance (SPG) Thierry Barbier-Mueller et son frère Stéphane, président de l’Association des promoteurs et constructeurs genevois, font partie des mécènes des libéraux. Les régies Gérard Baezner, Alain Bordier, Naef, Bory et Moser Vernet aussi.

Le PDC est le deuxième plus gros bénéficiaire de dons du canton, avec 345 000 francs reçus en 2009. «Un tiers de cette somme a été fourni par de petits donateurs qui versent moins de 1000 francs, indique la secrétaire générale du parti, Sonia Gatti. Le reste se décompose en plus gros dons, dont 3 ou 4 peuvent atteindre 50 000 francs.»

Elle précise que la contribution des candidats aux élections de 2009 s’est élevée à 40 000 francs. La liste des bienfaiteurs recèle peu de noms connus. Patrick Odier, Thierry Lombard, Grégoire Bordier et Jean-Claude Manghardt (UBP) sont les seuls banquiers qui soutiennent le PDC. Le Comptoir immobilier, l’horloger Franck Muller et le Groupement des indépendants sont également de la partie.

Les 320 000 francs touchés par les radicaux en 2009 sont largement fournis par de petits entrepreneurs. «Nous fonctionnons sur le mode des petites rivières qui font les grands ruisseaux, explique son secrétaire général Rolin Wavre. Les PME, qui représentent le terreau traditionnel des radicaux, sont nombreuses parmi nos donateurs.»

On y trouve ainsi l’entreprise de peinture Berchten, le publicitaire Loutan & Cie, le spécialiste du génie civil Scrasa ou la firme de construction Perret. La Chambre genevoise immobilière, l’Union des associations patronales genevoises et le président de la Fédération des entreprises romandes Blaise Matthey y figurent aussi, tout comme le promoteur hôtelier Nessim Gaon et l’ancien ministre algérien Ali Benouari, un temps proche de l’UDC.

Les banques se font encore plus rares qu’auprès du PDC, puisque seule l’UBP met la main au porte-monnaie. Détail piquant, le banquier et député Edouard Cuendet est inscrit sur la liste des donateurs du PRD, alors qu’il est élu sous les couleurs libérales…

Cela se corse avec l’UDC, qui affiche 129 000 francs de dons en 2009. Elle a reçu 50 000 francs de la part de discrets «amis de l’UDC». Il s’agit d’un «groupe d’amis du service militaire qui s’est cotisé pour nous faire un don», indique son trésorier Philippe Guénat.

Un autre contributeur anonyme, «les Intérêts de Genève», a fourni 20 000 francs. «C’est un groupe de propriétaires fonciers, représenté par un avocat, qui a voulu soutenir notre combat contre la traversée de la rade», dit Philippe Guénat.

On trouve encore 50 000 francs fournis par la Banque Mirabaud, dont Pierre Mirabaud, son associé senior à l’époque, a régulièrement salué les positions de l’UDC.

Fâché avec l’UDC vaudoise. Rebelote en 2008: aux côtés des 2000 francs versés par la SPG figure un mystérieux donateur appelé «CCAE» qui a versé 35 000 francs. Il s’agit d’une «personnalité vaudoise fâchée avec l’UDC de son canton et qui a voulu nous soutenir incognito», explique le secrétaire général de l’UDC genevoise.

Mais la vraie année faste pour le parti a été 2007, celle des dernières élections fédérales. Il avait alors touché 260 581 francs, dont 40 000 provenaient de l’UDC suisse, 50 000 de l’entrepreneur et vice-président de l’UDC Walter Frey, 50 000 de la Banque Mirabaud, 20 000 de la Banque Hottinger et 13 000 d’un certain M. Sirmakes.

Rien de tel au MCG, qui ne publie toutefois ses donateurs que pour 2009 et 2007. La plus grosse contribution s’élève à 5000 francs et toutes semblent provenir de membres du parti. La gauche annonce elle aussi de très petits montants.

Au PS, qui s’autofinance via ses mandataires, les dons atteignaient à peine 11 000 francs en 2009, sur 1 million de recettes. «En moyenne, nous recevons 7000 francs par an, dit le président du parti René Longet. Il s’agit de contributions de quelques centaines de francs faites par nos membres ou par des associations proches, comme celles de défense des locataires ou des juristes progressistes.»

Impossible toutefois de vérifier ces informations puisque les socialistes, qui se placent pourtant en hérauts de la transparence, ne fournissent pas de liste de donateurs. «Jusqu’à tout récemment, notre système informatique ne nous permettait pas de séparer les cotisants des donateurs, se justifie René Longet. Mais le problème a été résolu en 2010.»

Les Verts ont pour leur part reçu près de 54 000 francs de dons en 2009. Si la grande majorité atteint à peine quelques centaines de francs, sept sponsors leur ont versé 35 374 francs. On trouve des entreprises proches de leurs préoccupations comme le producteur de produits bio Delifrais ou la société de recyclage Serbeco, mais aussi un contributeur moins attendu: Japan Tobacco International (JTI) a versé 15 000 francs aux Verts.

«Un privé, qui n’était pas membre du parti à l’époque, a proposé de financer l’une de nos campagnes d’affichage pour les élections cantonales, détaille leur secrétaire général Jean-René Hulmann. Le don a finalement été versé par JTI.»

Le parti, qui assure s’être «toujours engagé pour l’interdiction de la fumée dans les lieux publics», n’en sait pas plus. «Il n’y a eu aucune contrepartie et nous n’avons jamais fait un appel de dons auprès de JTI.» Du côté de la multinationale, on se contente de dire que «JTI, qui est présent à Genève depuis trente ans, finance plusieurs partis», sans préciser les montants ou les destinataires.

Malgré la foule d’informations livrées par ces comptes genevois, la transparence reste insuffisante pour assurer un financement équitable des partis. «Le vrai problème, c’est le plafonnement des dépenses, juge René Longet. Tant que subsistera cette lacune, il y aura des inégalités flagrantes dans la formation de l’opinion.»

Il est bien placé pour le savoir: son parti a reçu dix fois moins de dons que les libéraux en 2009.

 

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Tags: financement des Partis, élections fédérales, Genève,

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