Spécial Afrique du Sud
Le pari africain: D'«Invictus» aux Bafana Bafana

Par Christophe Passer, Julie Zaugg - Mis en ligne le 02.06.2010 à 15:56

Quinze ans après la victoire des rugbymen sud-africains portés par Mandela, le président Jacob Zuma a peu de chance de refaire le coup avec les footballeurs. La Coupe du monde ne sera qu’un répit dans un pays et un continent où le rêve a laissé place à l’impatience et aux inquiétudes.

 
Nelson Mandela, nonagénaire, a beau être désormais presque sourd, il voulait le souffle de cette musique-là. Il voulait, lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde de football, le 11 juin prochain à Johannesburg, que Siphiwo Ntshebe chante, et cela représentait beaucoup pour lui. Au point que, sur le premier disque du ténor, qui devait sortir prochainement, on entend l’ancien président sud-africain dire une phrase: «La générosité de l’esprit humain peut venir à bout de l’adversité.» Mais le 25 mai, à peine quinze jours avant son irruption télé mondialisée, Ntshebe est mort, à 34 ans, d’une méningite bactérienne foudroyante.

Là-bas, ce jeune homme commençait une ascension qui l’avait fait surnommer le «Pavarotti noir», avec cette voix étonnante, un truc à la fois maîtrisé et sauvage, classique et terriblement émouvant, qui allait chercher l’âme du chant aussi bien dans l’histoire des townships que chez Caruso. Ntshebe, pour Mandela, c’était aussi un symbole de plus, celui d’un gars parti de la misère crasseuse de la banlieue de Port Elizabeth avant de parvenir au Royal College of Music de Londres. Le 11 juin, il y aura bien Shakira pour nous faire la déhanchée bombasse au pays arc-en- ciel. Mais l’ombre de Siphiwo planera.

Elle planera parce qu’on sait bien, depuis Marx, que, lorsque l’histoire repasse les plats, c’est sous forme de farce. Et Jacob Zuma, 67 ans, président en place depuis douze mois, est assez fortiche dans le genre. Lors de son élection, en mai de l’année dernière, il était parvenu à jouer sur un consensus et un gouvernement (un peu) multiracial, doublé d’une personnalité haute en couleur. L’homme a toujours été assez malin pour jouer sur divers registres, allant du Zoulou en peau de bête au manager président en costume-cravate.

Sex addict. Mais, au début de février, l’annonce de la naissance hors mariage (un exploit en soi: Zuma est un polygame assumé et a trois épouses) de son vingtième enfant, conçu avec la fille d’un vieux copain – qui plus est responsable du comité d’organisation de la Coupe du monde – a beaucoup agacé. Zuma passe pour un sex addict irresponsable dans un pays où 5,7 millions de personnes, soit 12% de la population, sont porteuses du virus du sida: encore entre 300 000 et 400 000 morts annuellement. En 2006, lors d’un procès pour viol, Zuma avait déjà fait grotesquement scandale, se défendant au tribunal en disant qu’il avait pris, après le rapport sexuel dont l’accusait une jeune femme séropositive, une bonne douche pour se prémunir de la maladie.

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