|
Au-delà du trivial tribal, Jacob Zuma adorerait pourtant faire une vraie bonne farce à ses électeurs et au monde: un exploit de l’équipe nationale de football aurait une résonance nettement plus grande encore que les titres des rugbymen locaux. Dans son récent film Invictus, Clint Eastwood a conté la formidable victoire des Springboks en 1995, lors du Mondial de rugby en Afrique du Sud. Une fable épique un peu mignonne, mais vraie. Mandela avait génialement saisi l’importance de faire d’une équipe adorée uniquement par les Blancs (qui en composent toujours l’essentiel) un ferment d’une unité nationale, alors à peine en gestation.
Zuma pourra cependant prier tous les dieux de l’Afrique, il demeure peu probable de voir les Bafana Bafana («les garçons», en langue xhosa) devenir les nouveaux champions du monde de football. Malgré une assez probante victoire, cette semaine en préparation, contre le modeste Guatemala (5-0), l’équipe, entraînée désormais par le Carioca Carlos Alberto Parreira (qui mena le Brésil au titre en 1994) se traîne au 83e rang de la FIFA: parmi les 32 participants au tournoi, il n’y a que la Corée du Nord pour faire pire.
Gueule de bois. Surtout, le football ne sera au mieux qu’une diversion dans un pays qui a une énorme gueule de bois postapartheid. Autant Mandela pouvait jouer sur l’indulgence des foules, ce n’est plus le cas aujourd’hui. La Coupe du monde a certes permis de construire cinq stades et d’en rénover d’autres. Il y a aussi un nouvel aéroport à Durban, des modernisations ici ou là d’infrastructures routières ou ferroviaires. Au total, entre 4,8 et 7 milliards de francs ont été dépensés pour l’événement, le budget explosant de plusieurs dizaines de pour cent. Mais les investissements ont la plupart du temps été faits dans des villes, ou des zones souvent blanches et déjà prospères: les délaissés sont de nouveau très loin d’en profiter, et les billets pour les matchs demeurent horriblement chers pour le citoyen de base. La dette extérieure du pays tourne désormais aux alentours de 71 milliards: c’est la moitié de celle de l’Afrique entière.
Demeurent pourtant des signes positifs. Car, si l’Afrique du Sud retient son souffle, c’est qu’elle reste le poumon économique d’un continent apparaissant comme la dernière frontière de la mondialisation. La Bourse de Johannesburg est la seizième de la planète, évidemment la première en Afrique. Le secteur minier (du platine à l’or, du diamant au rhodium) continue de prospérer (lire le reportage de Julie Zaugg). Le pays compte 6% de la population africaine, mais produit le quart de la richesse continentale. Côté entrepreneurial, c’est le même constat de puissance. Les sept premiers groupes du bois et du papier sont ici. Les cinq premiers de l’agro-industrie aussi, le premier groupe du textile, le géant de la téléphonie MTN (un sponsor du Mondial), les deux plus gros des travaux publics, etc. Au total, sur les 500 plus importantes entreprises du continent, 127 sont sud-africaines.
Tags: Afrique du Sud, Coupe du monde, Jacob Zuma, Nelson Mandela, Bafana Bafana,
|