Installé dans son fauteuil d’administrateur délégué du Grand Hôtel, à Kinshasa, Romain Felber expose son projet: développer un pôle touristique en République démocratique du Congo (RDC). «Du tourisme de luxe», insiste le fils de l’ancien conseiller fédéral René Felber, qui rebondit d’un pays à l’autre.
Ingénieur agronome de formation, Romain Felber s’est d’abord lancé, jeune, comme entrepreneur. Le Loclois a ensuite siégé au conseil d’administration de Tridel, usine de traitement de déchets à Lausanne, avant de s’envoler pour les Emirats Arabes Unis. Promoteur d’un projet immobilier à Ras al-Khaima (RAK), il tenta d’y amener Alinghi et la Coupe de l’America.
Millions de dollars. Sa bonne entente avec le cheik Saud bin Saqr tombée à l’eau en même temps que le projet d’importer la régate à RAK, le Neuchâtelois s’en est allé vers Kinshasa, pour prendre la tête de son Grand Hôtel, l’un des rares établissements de luxe du pays. Un poste qu’il occupe depuis juin 2010.
Adossé à la fortune de l’homme d’affaires d’origine belge Philippe de Moerloose, il entend faire pousser les hôtels aux quatre coins de ce pays grand comme quatre fois la France. «Il s’agit d’investir environ 100 à 150 millions de dollars (80 à 120 millions de francs, ndlr), auxquels s’ajoutent des projets immobiliers de l’ordre d’un demi-milliard – ce volet étant financé avec des partenaires», pose l’expatrié.
Au-delà de la capitale, Romain Felber vise les provinces du Katanga, de l’Equateur et du Kivu. «Dans le Katanga, nous espérons être prêts à la fin de l’année, grâce à la reprise d’une soixantaine de lodges préexistants. Nous allons aussi planter un hôtel au Kivu, ce qui a un sens vu le caractère extraordinaire de la région, avec ses volcans, ses gorilles... Et puis nous en mettrons également un dans la province de l’Equateur. Il s’agit là d’un projet sur cinq ans.»
Violences. Vrai que les étendues de forêt tropicale, les rives des Grands Lacs, et les flancs du volcan Nyiragongo ont de quoi faire rêver les aventuriers. Le hic, c’est que si merveilleux que soient la faune et les paysages congolais, le pays reste fragile. Quelque 17 000 soldats de la mission des Nations Unies y sont encore en poste pour maintenir la paix.
Une paix relative, puisque le Congo connaît encore de nombreux épisodes violents, en particulier à l’est. «Il est déconseillé d’entreprendre en RDC des voyages touristiques ou autres qui ne présentent pas un caractère d’urgence», avertit ainsi le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) sur son portail de conseils aux voyageurs.
Berne déconseille en particulier les provinces de l’Equateur, du Nord- et Sud-Kivu, ainsi qu’une partie du Katanga… soit trois des régions dans lesquelles Romain Felber entend développer ses activités. Selon Berne, des «mines terrestres» et «munitions non explosées» représentent par ailleurs «un danger dans la plupart des régions du pays». Les recommandations des gouvernements français ou américain sont similaires.
Washington rappelle notamment que les vols internes ne sont pas recommandés en raison de leur manque de fiabilité. Quand bien même ceux-ci constituent peu ou prou le seul moyen de se déplacer d’une province à l’autre, faute de routes en bon état.
«Je ne pense pas qu’il y ait de véritable potentiel», commente Walter Kunz, directeur de la Fédération suisse des agences de voyages. «Quand une destination est déconseillée par les autorités, c’est pratiquement impossible d’y développer le tourisme. Parce que cela veut dire que les risques sur place sont trop importants.»
Pas de photos. Ministre de l’Environnement et du Tourisme, José Endundo Bononge défend pourtant la réputation de sa nation: «Nous communiquons mal, c’est le plus grand problème de ce pays. La réalité de ce qui se passe ici est gravissime, mais l’image est pire que la réalité.»
Et le ministre de placer le tourisme parmi les piliers du développement à venir de la RDC. Il rêve ainsi d’accueillir des centaines de milliers de visiteurs par an, alors que ceuxci, actuellement, «se chiffrent en milliers».
«Ici nous avons la montagne, la forêt, la savane, les volcans, 80 000 km2 d’eau (Grands Lacs et fleuve Congo, ndlr). Et puis nous sommes un pays de culture, de joie, de danse», vante José Endundo Bononge. «Même si pour l’heure, il y a trop de contraintes et de tracasseries administratives.»
Exemple anecdotique: les prises de photos sont impossibles dans les lieux publics. Un contexte qui n’empêche pas Romain Felber d’y croire dur comme fer. «Il faut bien commencer par quelque chose. Il faut donner du travail aux gens pour stabiliser la situation», martèle le Suisse.
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