La Suisse romande est pionnière en matière d’écologie industrielle. Audelà des idéologies, cette discipline à la fois scientifique et pragmatique, enseignée à l’Université de Lausanne par le professeur Suren Erkman, a le mérite de réconcilier protection de l’environnement et compétitivité de l’économie.
L’écologie industrielle analyse les activités économiques en portant une attention particulière aux flux et aux stocks de matière et d’énergie qu’elles impliquent. Cela permet d’appréhender la manière dont une entreprise, un secteur économique ou une économie donnée exploitent les ressources dont ils disposent.
«DES ENTREPRISES VOISINES OU DES FILIÈRES ÉCONOMIQUES ENTIÈRES COLLABORENT POUR OPTIMISER LA GESTION DE LEURS RESSOURCES.» ADÈLE THORENS
Sur cette base, l’écologie industrielle propose des solutions permettant d’optimiser les flux de matière et d’énergie dont elle a mis l’existence en lumière, dans le but de mieux gérer les stocks à disposition. Car nos ressources sont limitées. Beaucoup d’entre nous sont aujourd’hui conscients des efforts à réaliser dans le domaine de l’efficacité énergétique, mais qui se préoccupe de ce que l’on appelle l’efficacité matérielle, c’est-à-dire l’optimisation de l’usage des matériaux?
Beaucoup de ressources vitales pour notre économie comme les métaux, le phosphore ou encore le gravier, existent en quantités limitées et ne sont pas renouvelables.
Une des solutions proposées par l’écologie industrielle est la constitution de symbioses industrielles. Des entreprises voisines ou des filières économiques entières collaborent pour optimiser la gestion de leurs ressources.
Romands pionniers. Des exemples? Le canton de Genève, qui a inscrit les principes de l’écologie industrielle dans sa législation, a créé le projet Ecomat GE avec des professionnels de la construction. Son but est de ne plus mettre en décharge que la part non valorisable des matériaux de construction. La réutilisation de matériaux minéraux recyclés a été testée sur des chantiers pilotes et ces nouvelles pratiques sont promues auprès des professionnels de la construction.
Le canton de Genève projette ainsi d’atteindre, en 2012, 85% de valorisation globale des déchets de chantier sur son territoire. Le Valais est également très actif. La région de Sierre travaille notamment à un projet d’agglomération éco-industrielle pour optimiser la gestion de l’énergie, de la mobilité et des déchets, en collaboration avec les entreprises.
Soutien du Conseil fédéral. C’est pour encourager le développement de ces bonnes pratiques sur l’ensemble du territoire suisse que j’ai déposé un postulat sur l’écologie industrielle au Conseil national. Voilà une proposition, me disais-je, qui ne peut que rencontrer l’aval d’une majorité. Il ne s’agit en effet ni de dépenser de l’argent, ni d’imposer des régulations limitant la marge de manœuvre des entreprises.
Les collectivités publiques jouent principalement un rôle de premier moteur pour des projets qui sont par la suite gérés par les entreprises elles-mêmes. Ces dernières ont par ailleurs tout à y gagner, puisque l’application des principes de l’écologie industrielle leur permet d’optimiser l’usage de ressources coûteuses, ce qui les rend plus compétitives. Le Conseil fédéral l’a bien compris, puisqu’il a proposé au Parlement d’accepter ma proposition.
Peine perdue. Une majorité composée des membres de l’UDC, du PLR et d’une partie du PDC a refusé d’entrer en matière, enterrant le projet. Un bien mauvais signal pour le Masterplan Cleantech de la Confédération, pourtant défendu par une conseillère fédérale de centre droit. Et une légitimation supplémentaire pour l’initiative populaire pour une économie verte lancée par les Verts. Cette dernière propose de promouvoir activement ce que l’on appelle l’économie circulaire.
Contrairement à notre économie actuelle, linéaire, gaspilleuse et polluante, l’économie circulaire s’efforce de revaloriser les émissions et les déchets qu’elle génère, en les réintégrant dans de nouveaux cycles de production ou en les réinsérant sans dommage dans les cycles naturels. L’écologie industrielle fait partie intégrante de cette perspective.
Dans quelques années, c’est donc le peuple qui tranchera. Et il sera, espérons- le, plus visionnaire que notre Parlement actuel.
Profil
Adèle Thorens
Conseillère nationale (Verts/VD), 39 ans. Membre de la Commission de l’économie et des redevances (CER). Membre de la direction des Verts suisses. Coprésidente du Groupe parlementaire biodiversité et gestion des espèces. Coprésidente du Comité de l’initiative pour une économie verte. Consultante et formatrice d’adultes indépendante (philosophie, éthique, économie et politiques de l’environnement).
Le texte du postulat
Déposé le 4 mars 2009, rejeté par le Conseil national le 14 mars 2011, malgré un préavis favorable du Conseil fédéral, le postulat demandait que: «Le Conseil fédéral étudie les possibilités de coordonner et d’encourager dans et avec les cantons l’application des principes de l’écologie industrielle, en particulier sous forme de création de parcs éco-industriels ou de réseaux d’entreprises visant une optimisation de l’usage des ressources.»
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