La chronique de Jacques Pilet
Le parti des super-riches
La Neue Zürcher Zeitung flirte depuis des années avec l’UDC. Mais là, c’est la déclaration d’amour. Elle recommande aux Zurichois d’envoyer Blocher au Conseil des Etats. Alors même qu’au contraire, les radicaux, échaudés, sont entrés en bisbille avec leurs alliés d’hier.
Cette salade politicienne aurait peu d’intérêt si elle ne révélait pas un combat de fond qui engage toute la Suisse.
Deux droites s’affrontent. Non pas tant les deux partis cités, mais deux courants distincts qui divisent l’une et l’autre de ces formations. D’un côté, la mouvance des patrons et cadres industrieux, créant de la valeur, exportant leurs produits, soucieux d’un équilibre social. De l’autre, une poignée de financiers dits modernes qui n’ont qu’une double obsession: réduire le rôle de l’Etat et se barricader face à l’Union européenne.
Ceux-ci avancent leurs pions à Zurich. Thomas Matter, richissime banquier au parcours controversé, et Hans-Ulrich Lehmann, qui, grâce à son entreprise de téléphonie, compte lui aussi ses millions par centaines, sont tous deux candidats UDC au Conseil national.
Philippe Gaydoul, qui gère son pactole après la vente de Denner, roule pour la même maison. Tito Tettamanti, le financier tessinois qui racheta la Weltwoche pour en faire une feuille de parti, est un pilier de la bande. A quoi se joignent quelques journalistes économiques ultra-libéraux. Si l’on ajoute leurs amis qui ont réussi à rapprocher la Basler Zeitung du même camp, on mesure l’ampleur de l’opération politico-médiatique.
Restait un os. La NZZ n’avait pas franchement pris parti. Les discussions étaient vives dans la rédaction. Survint alors un nouveau président du conseil d’administration du vénérable journal. Le patron de la banque Wegelin, Konrad Hummler, qui se dit «banquier anarchiste», aime les paradoxes, fait de beaux discours et manie une plume vive. Depuis qu’il siège à la Falkenstrasse, les analyses économiques du journal recoupent souvent sa prose, diffusée dans les publications de la banque. Le rédacteur en chef se croit obligé de préciser qu’il ne reçoit de lui «aucune consigne». Que la précision ait paru nécessaire ne fait que renforcer le doute: c’est lui, tout l’indique, qui donne le cap, en toute discrétion.
L’habile homme, de famille radicale, se défend de toute proximité avec l’ex-conseiller fédéral: «Je ne suis jamais allé dans son château!», se justifie-t-il. Blocher, lui, est plus franc. Il ne cache pas la convergence de leurs convictions. Et il précise sur son site: «Il me semble plus profitable qu’un esprit libre comme Konrad Hummler s’applique à faire évoluer les mentalités au PLR et à la NZZ plutôt qu’il ne rejoigne l’UDC.» Côté tactique, les deux renards n’ont rien à apprendre.
Ainsi donc, comme par hasard, le rédacteur en chef Markus Spillmann, 48 ans, jusque-là réservé sur le sujet, s’engage maintenant pour Blocher. Qui compte ainsi un appui médiatique de plus.
Au nom de quoi? De ses lumières économiques, de son aversion pour l’appareil de l’Etat. Le journaliste convient qu’au chapitre des étrangers, de la critique des bilatérales, la star va un peu loin, mais sa sagesse de chef d’entreprise l’emporte sur tout.
Problème: tout un pan du patronat commence à grogner grave contre la politique de l’UDC. Demander une renégociation des accords sur la libre circulation est irréaliste, dangereux pour nos échanges. Couvrir les murs d’affiches à coup de millions pour stimuler la frousse des Suisses face aux étrangers, cela n’arrange pas les affaires.
Le vrai visage de l’UDC apparaît crûment. La sécurité? L’immigration? Ce sont les thèmes bateau qui permettent de gagner des voix. L’essentiel est ailleurs: permettre aux jongleurs multimillionnaires zurichois de s’éclater sans entraves. Avec le moins possible de règles étatiques. Et surtout très loin de l’Union européenne.
Cette politique, si elle devait triompher, mène dans le mur. Elle promet à l’industrie, à nombre de services, des tracas qui s’ajouteront à ceux du franc surévalué. L’UDC zurichoise, avec dans son sillage une foule de sympathisants naïfs, menace l’économie. «Blocher est un poison pour la Suisse»: c’est son ex-ami et ex-partenaire, l’avocat bâlois Martin Wagner, qui l’affirme.
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Tags: Jacques Pilet, UDC,
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| Réaction de Bünzli le 14.10.2011 à 17:04 | | Je voudrais dire à Ariadne qu'il y a du vrai... Je voudrais dire à Ariadne qu'il y a du vrai dans son raisonnement. Mais, chère Ariadne, je dois vous dire que tableau que vous peignez de la politique voulue par la droite bourgeoise suisse d'affaires, me plaît beaucoup. §
Je considère que c'est une remarquable réussite, digne d'admiration, de la part de cette bourgeoisie d'affaires réactionnaire, d'avoir réussi à imposer sa conception: capitalisme sans entraves sur les marchés internationaux et à l'intérieur conservatisme traditionnaliste et patriotique sur un socle chrétien.
La façon dont vous le décrivez ne peut que renforcer l'enthousiasme de tous ceux en Suisse et dans le monde qui admirent et nous envient cette magnifique synthèse politique, économique, civique, morale, etc.
Vous ne croyez pas si bien dire: vous ne vous rendez pas compte à quel point le modèle que vous décriez est en réalité attractif, tant pour les bünzlis à l'intérieur (qui font la masse des Suissesses et des Suisses et qui donnent le ton de l'hégémonie culturelle au pays de Guillaume Tell) et pour le monde cosmopolite international, des affaires, culturel et autre, qui, même quand il n'est pas de droite et même quand il est de gauche, aime la Suisse précisément pour son côté rétrograde qui leur inspire confiance.
Compliments Ariadne! | |  |
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| Réaction de L'Europe on s'en fout! On n'en veut pas! le 14.10.2011 à 16:48 | Mon pauvre vieux Pilet. Que voulez-vous? il faut vous y... Mon pauvre vieux Pilet. Que voulez-vous? il faut vous y faire. La classe dirigeante de la Suisse c'est la bourgeoisie d'affaires zurichoise. Et c'est une bourgeoisie de droite. Voilà! Vous même, d'ailleurs, vous le savez bien puisque vous appartenez au personnel d'une grande famille bourgeoise: la famille Ringier. Il est vrai que cette famille est l'exception qui confirme la règle. C'est la seule famille de la grande bourgeoisie suisse allemnande qui soit progressiste et presque de gauche. C'est sans doute pourquoi elle vous paye votre salaire.
De toute façon ce n'est pas cet esprit mômier pleunichard et moralisant dont vous êtes un avatar moderne qui donne le ton en Suisse. Ca, ça ne marche que dans les préalpes vaudoises, et encore.
Il faut arrêter vos pleurnicheries de pro-européen déçu. Ca aussi ça commence à nous scier la caramelle. Les Suisses ne veulent pas de votre Europe en faillite. Ils veulent continuer à se gouverner eux-mêmes. Ca va imposer quelques petites contraintes aux entreprises, si on réintroduit des quotas de main d'oeuvre? Peut-être bien, et alors ? Et d'ailleurs, êtes vous devenu un défenseur acharné du grand patronat maintenant? Vous l'homme de gauche? Voyons, soyez sérieux.
D'ailleurs chacun a pu juger de l'efficacité du grand brassage, du grand mélange du melting pot et de la libre circulation-libre exploitation dans les pays qui nous entourent: un désastre! Alors que la Suisse si repliée sur elle même, si frileuse, affiche une santé économique insolente.
Alors vos chchis ça ne prend pas. Personne ne croit les bobards du PLR qui accuse l'initiative de l'UDC de menacer nos emplois. Les petites gens sont meilleurs économistes que vous et ils savent que la Suisse n'a pas besoin des bilatérales. Les accords du GATT lui suffisent pour avoir accès au marché mondial ET européen.
Alors, vous comprenez, votre discours a fini par lasser depuis quarante ans que vous nous le serinez. On hausse les épaules quand on vous entend.
Bonjour ! | | |  |
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| Réaction de Fafnir le 14.10.2011 à 00:41 | | Bientôt vous allez comparer la NZZ au bard assurancetourix? ou... Bientôt vous allez comparer la NZZ au bard assurancetourix? ou l'UDC aux Cathares? | |
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| Réaction de Ariadne le 08.09.2011 à 09:28 | Je suis en grande partie d'accord avec l'analyse de M.... Je suis en grande partie d'accord avec l'analyse de M. Pilet, sauf sur un point d'importance.
A mon sens, ce qui divise la droite n'est pas tant une ligne de clivage sur le rôle que l'état doit jouer dans le fonctionnement de l'économie que sur l'importance d'un certain conservatisme moral et réactionnaire. En effet, parmi les membres UDC qui sont en train de se rebiffer contre la direction prise par le parti, notamment dans l'initiative pour limiter la population étrangère, on ne trouve pratiquement que de partisans du toujours moins d'état. En réalité, il me semble que le parti est divisé, tout comme le reste de la droite d'ailleurs, autours de questions purement idéologiques, voir dogmatiques, concernant une certaine vision morale de la société, fondée sur des questions de souveraineté nationale, d'identité culturelle et de rôles dévolus aux uns et aux autres. La question de l'UE n'est qu'un prétexte permettant de remettre régulièrement la question sur la table, lorsqu'il n'y a pas suffisamment de faits divers spectaculaires pour faire mousser l'opinion. Les adeptes de la ligne blochérienne dure ont presque tous accompli leur carrière professionnelle. Ce qui peut arriver à l'économie ne les préoccupe que secondairement. En d'autres termes, après eux, le déluge.
Par contre, ils sont littéralement obsédés par une vision mythifiée de la Suisse, comme bastion d'un mode de vie bünsli, reposant sur la trilogie de la fameuse "famille traditionnelle" (Papa au bureau, maman à la cuisine et les deux bambins à l'école), le folklore (cor des Alpes, yoddle, lutte à la culotte et combat de vaches), posé sur un socle chrétien hyper-conservateur, et l'homogénéité sociale du genre tip top en ordre! Leur refus de l'UE et leur rejet du rôle de l'état dans l'économie n'est pas tant dûe à une soi-disant orthodoxie économique (on voit à quel point ils l'oublient quand il s'agit des payments directs et autres subventions aux paysans, pour éviter à ces milieux de devoir se soumettre aux mêmes règles de l'économie que les travailleurs de n'importe quel autre secteur professionnel), qu'à leur désire de faire de la Suisse une réserve d'Indiens, faciles à diriger, parce que constamment maintenus dans la crainte d'une invasion ou d'un changement de mode de vie imposé de l'extérieur.
Je dirais même que leur hypocrisie va encore plus loin. Comme ils appartiennent à des milieux d'affaire internationalisés, ils peuvent parfaitement continuer de faire fructifier leurs entreprises dans le cadre de la globalisation, tout en amenant les Suisse à choisir une société complètement réactionnaire et inégalitaire, sans que l'impact négatif de cette évolution sur l'économie suisse ne pose le moindre problème à leurs propres affaires, puisqu'elles se déroulent dans un espace économique qui échappe en partie aux contingences des relations inter-étatiques. | | |  |
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