Samedi à l’aube, Mark Madoff, 46 ans, qui ne voyait plus ni son père ni sa mère depuis l’arrestation du premier il y a deux ans, s’est suicidé en se pendant avec la laisse de son caniche Grouper dans son appartement de Soho, à New York. Dans la chambre à côté, le plus jeune de ses quatre enfants, 2 ans, Nicolas, dormait.
Sa deuxième femme Stephanie était à Disney World en Floride avec leur fille, Audrey, 4 ans. A 4 heures du matin, il écrivait à sa femme: «Vous seriez plus heureux sans moi. Je t’aime. Envoie quelqu’un s’occuper de Nick.»
Stephanie avait demandé l’an dernier à reprendre son nom de jeune fille, parce qu’elle et ses enfants se faisaient régulièrement insulter. Mark lui-même utilisait une adresse mail ne comportant ni son patronyme ni même son prénom. Bernard Madoff, qui purge une peine de 150 ans dans un pénitencier de Caroline du Nord pour la plus grande escroquerie de tous les temps, n’assistera pas aux obsèques de son fils par «respect pour sa belle-fille et ses petitsenfants».
Persona non grata. Sa femme Ruth, qui s’était plainte du fait que ses fils lui interdisaient de voir ses petits-enfants, les verra peut-être enfin pour la première fois depuis deux ans. Devant le cercueil de son fils, ex-petit prince déchu que plus personne ne voulait employer. C’est un naufrage familial de grande envergure où, cerise sur le gâteau, Mark et son frère Andrew avaient eux-mêmes dénoncé leur père à la police.
Il fut un temps où les banquiers honteux ne laissaient à personne d’autre le soin de se suicider à leur place. En 1929, au moins onze spéculateurs se lancent dans le vide le jour du krach. La faillite de Lehman Brothers, en 2008, en jette quelques-uns sous le train. Richard Fuld, PDG du groupe, se rate de peu. Le président du groupe Julius Bär se pend. Le banquier français Thierry de La Villehuchet, lui-même trompé par Madoff, en fait une question d’honneur.
Mais chez les Madoff, on est revenu au temps de l’Ancien Testament. «L’Eternel (...) pardonne l’iniquité et le péché, mais il ne les laisse pas impunis, et il poursuit l’iniquité des pères sur les fils, sur la troisième et la quatrième génération», menace le livre des Nombres, chapitre 14, verset 18. Pire qu’un secret de famille: une opprobre publique. Pire qu’une opprobre: un père qui survit à son fils.
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