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Le père du M2 veut passer à la vitesse supérieure

Par Pierre-André Stauffer - Mis en ligne le 28.08.2008 à 06:00

Olivier Français. Alors que le nouveau métro lausannois opère ses derniers tests, le directeur des travaux et conseiller national radical rêve toujours d’un grand axe suisse est-ouest.

Le M2, c’est lui. Un peu aussi Daniel Brélaz, mais lui surtout, lui d’abord. Olivier Français, directeur des Travaux de la Ville de Lausanne, 52 ans, radical et homme de droite solitaire dans un gouvernement de gauche rose-vert. Français de naissance, Vaudois d’adoption, Suisse par volonté politique et goût du sport en montagne.

Il se rappelle encore le jour exact, 15 octobre 1976, où il a débarqué dans le pays, accueilli par des pluies torrentielles qui avaient bloqué l’autoroute à la hauteur de Morges. Peut-être un signe du destin pour cet étudiant inscrit au cours de mathématiques spéciales de l’EPFL, qui s’affirmera vingt ans plus tard comme un ingénieur expert en gestion des catastrophes naturelles. Avant de revenir à ses premières amours de la mécanique des sols et d’entrer en 2000 à l’exécutif de la Ville.

Un grand père qui «avait fait Verdun», un grand oncle déporté, ancien président de la Haute-Cour de Justice et membre de la délégation française au Tribunal de Nuremberg. Un père directeur général à la Compagnie française d’électricité, avant qu’elle ne se fonde dans la société Alstom, celle-là même qui a construit le M2. Et qui rêvait que l’un de ses fils au moins fasse carrière d’ingénieur. «C’est celui qui n’aurait jamais dû le devenir, parce qu’un peu cancre, qui l’est devenu», sourit Olivier Français, dont la famille, contrairement à ses craintes, a très bien réagi à la naturalisation d’un fils, avide de participer à la vie civique de son pays d’accueil.

De ses origines françaises, Olivier Français a gardé une belle réserve de mots dans son revolver mental et peut en tirer plusieurs centaines à la minute. Les phrases s’enchaînent, mais toujours très vite, trop vite sans doute, jamais vraiment terminées, comme criblées de points de suspension. La langue du technicien en ébullition permanente, dépourvue de véritable attrait, contrairement à celle du syndic, même si Olivier Français s’entend très bien avec lui: «Avec Brélaz, dit-il, nous avons un cortex qui nous permet de fonctionner rapidement et ensemble.»

Le cortex seulement. Hors le charisme naturel, il manque aussi au directeur des Travaux cette silhouette enveloppée qui rassure en politique. Mais en ce début d’automne, c’est lui que l’aventure presque terminée du M2, l’un des plus gros chantiers urbains jamais réalisés, projette sur les avant-scènes. Seul exemple au monde pour une ville moyenne de 125 000 habitants, le métro est entièrement automatisé. Reliant Ouchy à Epalinges, son inauguration officielle est prévue le 18 septembre. A côté de l’ardent Brélaz, le grand frère écrasant qu’on a de la peine à suivre et qui ne laisse aux autres que des jouets abîmés, il y a donc place aujourd’hui pour une présence un ton au-dessous.
 
Un million par mois. Techniquement, «tout marche très bien, même les pentes de 12%», assure Olivier Français. Si problèmes il devait y avoir, ce serait dans «l’exploitation», c’est-à-dire dans la gestion informatique de l’ensemble. La cause? Une voie unique sous la gare CFF, alors que tout le reste du M2 roule sur deux voies. «On peut le regretter, mais le doublement sous gare aurait coûté extrêmement cher», explique Olivier Français. Par souci de sécurité, on pourrait donc limiter le nombre de trains le 18 septembre.
«Mais nous serons proches de l’optimum, 95% semble-t-il.» Autrement dit, l’exploitation doit être «progressive». Le directeur des Travaux ne veut pas promettre «la lune», ce serait courir le risque de décevoir les gens. Il se réjouit du succès du M2, mais point n’en faudrait trop, trop tôt. En gardant à l’esprit que chaque mois de perdu dans l’exploitation coûte un million de francs.

«Mégoteur». Ses adversaires décrivent volontiers Olivier Français comme un «bricoleur», un «mégoteur», enfermé dans «les frontières archaïques de la ville de Lausanne», obsédé par «de petites idées mesquines comme celle de faire passer le futur M3», complément du M2, par l’escale du Palais de Beaulieu entre le Flon et la Blécherette.
Tout cela pour renforcer la majesté d’une place historique du radicalisme vaudois, «alors qu’un centre de congrès se développe à l’EPFL, au bas de la ville.»
On l’accuse aussi d’être un «maquignon», qui sait se montrer généreux quand il le juge utile, un club de rock ici ou là par exemple, et négocier son appui à des projets, comme le Musée des beaux-arts, pour qu’on ne nuise pas aux siens.

Une manière de dire que l’homme manquerait totalement de «vision.» Qu’il ne penserait même pas les transports publics à l’échelle de l’agglomération, mais uniquement à celle, étriquée, de la commune. En réalité, Olivier Français est bien conscient que «Lausanne ne peut rien faire toute seule». Mais comment transmettre sa vision, quand elle existe, à des partenaires souvent récalcitrants? Pour lui, le problème des villes et des agglomérations sont les mêmes que ceux posés aux cantons et à la Confédération. «Un manque d’anticipation.» On devrait aujourd’hui déjà «mettre des territoires en réserve et préparer les crousilles pour les grands projets de demain. A la limite, c’est même quelque chose que l’on pourrait imposer aux communes.»

Quant au canton, force est de constater que «le réseau express vaudois n’est toujours pas là», soupire Olivier Français. «Que fait Marthaler, chargé du dossier au gouvernement?» Que fait le conseiller d’Etat Vert, chez qui les dépenses d’infrastructure ne dépassent pas 200 millions de francs l’an, alors qu’à Lausanne elles oscillent entre 140 et 150 millions? «Ce n’est pas normal», proteste le directeur radical des Travaux. «Une société ne peut être active que si elle planifie ses infrastructures.»

La Suisse contournée. Une maxime qui s’applique aussi à la Suisse entière. Depuis dix ans, elle achète des trains qui peuvent rouler à plus de 200km/h. Mais c’est une vitesse réservée à la seule Suisse alémanique, sur la moitié du tronçon Berne-Zurich. En Suisse occidentale, on dépasse rarement 80 km/h. «Je ne dis pas qu’il faut fermer la ligne de Fribourg», affirme, prudent, Olivier Français, conseiller national depuis 2007, «mais que l’on se débrouille pour aménager un parcours qui permette d’utiliser nos trains à la vitesse pour laquelle ils ont été achetés.» Dans dix ans, la population aura augmenté de 10%, dont la plus grande partie dans les villes. «Il faudra bien relier Lyon à Genève, Zurich et Munich et à Vienne. Sans axe ferroviaire est-ouest, la Suisse sera contournée.» Une idée intéressante, mais déconnectée des enjeux politiques immédiats. Comme si Olivier Français voulait s’envoler dans le futur pour oublier les pesanteurs du présent.






Tags: Métro, tests, Lausanne, Olivier Français,

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